Jurassic Park ou Blair Witch Project ? Surprenant Guatemala

Chronique d'un (pas si vieux) camper van.

Avec les chroniques d’un (pas si vieux) « camper van », Mélanie Leblanc vous amène sur la route, la vraie. Des chemins sans filtres Instagram, pas toujours glam, souvent bordéliques, mais ô combien divertissants. À bord de John Mel & Camper, son truck de 21 ans (pas de rouille, pas de trou), c’est un départ vers la liberté… et le chaos.

PANAJACHEL → ANTIGUA, GUATEMALA

Si on a eu un peu la chienne sur les routes guatémaltèques à notre arrivée au pays, c’était rien comme de partir de Panajachel. Le GPS dit qu’il y a deux routes possibles. À gauche on retourne sur la route-de-la-frousse (a.k.a. « la-route-de-la-mort », si je me fis au nombre de croix qu’on y retrouve). Prendre à droite semble un choix plus judicieux. En plus, google maps nous dit que c’est plus rapide de 30 minutes. Ah ah. Les beaux naïfs. On roule à vitesse de marche sur cette route que j’aimerais mieux faire sur les mains. Ça serait plus facile. Trois heures et 90 kilomètres plus tard, on retrouve cette sublime invention des Dieux : l’asphalte.

On pensait qu’on l’avait baptisé au Mexique, pauvre John, il n’avait encore rien vu. Il fait des nouveaux bruits de partout. Des « skoui skoui » dans la roue avant droite, des couinements dans l’auvent (à qui je dois donner des petits coups de ‘vis’ régulièrement, sinon il se déroule). Nous imaginez-vous,  l’auvent-cerf-volant accroché après le camion ? Ça va être ben beau, merciiiii.

On finit par arriver dans un « camping » d’Antigua. « Stationnement dans un cimetière de vieux chars » serait plus approprié. Il y a trois gars dans le fond de la cour à scrap qui se mettent à chuchoter quand on arrive et rire très fort juste après les chuchotements. Il y a aussi deux filles qui nous disent qu’on doit payer à l’heure. Ben voyons, on es-tu dans un parking de passes ? Finalement on fait comme tous les vaners à Antigua (ou à peu près) : on se stationne sur le terrain de la police touristique, où c’est gratuit. Magnifique idée. À mon grand soulagement, ma belle Antigua que j’avais tant aimée il y a 15 ans  n’a pas changée d’un poil. Au contraire de Panajachel qui m’a laissé un petit burp surette dans la gorge.

Les réseaux sociaux : capable du pire, mais des fois du meilleur.

On m’a contactée sur ma page Facebook, me disant qu’un groupe d’étudiants en voyage au Guatemala serait intéressé à nous rencontrer pour qu’on discute de notre voyage.  ¡ Claro que si ! En plus c’est le Collège Esther-Blondin : là où j’ai fait tout mon secondaire et grâce à qui j’ai fait mon premier grand voyage sans mes parents. Joie ! Ils nous invitent à aller monter un volcan avec eux.

On est touchés de voir ces beaux jeunes-ados-semi-jeune-adultes ouvrir leurs ailes sur l’inconnu et la découverte. Même s’ils m’ont allégrement ouvert leurs ailes dans la face tout au long de la montée, en courant et en riant lors des dépassements. Courir et rire. Deux activités que je ne suis même pas proche de pouvoir faire en même temps sur ce volcan. Déjà que j’ai un bâton de marche. Oui. Un bâton de marche. Je suis née en 1912.

Dans leur regard, on sent que les Guatémaltèques qu’on croise sont un peu plus méfiants face aux touristes. Évidemment, le réflexe est de comparer avec les Mexicains, ce qu’on essaie de faire le moins souvent possible. Mais suffit d’un sourire pour voir leur visage s’illuminer. En partant d’Antigua, on était très heureux : les gens nous parlent et nous font  des signes de la main. Comme on roule si peu vite, les fenêtres ouvertes, on les entend tous nous dire « pinchazo, pinchazo ». On est à la sortie de la ville et on les trouve cutes de nous dire « au revoir » alors on sème des « pinchazo a tu también » (pinchazo à toi aussi !) aux quatre vents. Pis là un petit coco de 8 ans débarque de la moto de son père, me fait signe de le suivre, je sors et il me pointe le « pinchazo ». C’est là qu’on a compris que « pinchazo » veut dire « crevaison » pis qu’on avait le pneu arrière sur le flat. Un peu crampés, un peu découragés, la main dans face comme l’emoticon, on a réussi à faire réparer le pneu en aussi peu de temps qu’il en faut pour dire « pinchazo ». C’est juste moi ou ça a l’air d’un éternuement mal camouflé comme bruit quand tu dis « pinchazo » ? À la question : vous n’avez rien senti sur la conduite ? Je répondrais qu’au poids qu’on fait, sur les routes en pavé de la ville, non, on n’a rien vu aller.

Être aussi petit et avoir tant de pouvoir sur mon avenir.

ANTIGUA → FLORÈS, GUATEMALA

Sur nos quatre roues en santé, on poursuit notre route vers le Bélize et en chemin, on arrive dans un parc national qu’on a spotté pour la nuit. La pénombre tombe et les trois gardiens nous accueillent avec un petit sourire en coin, nous disant qu’on arrive juste à temps. On entre, on est SEULS dans tout le parc, ils barrent la barrière derrière nous. Heureusement, Antoine et moi avons été départis de nos appendices il y a belle lurette, donc on n’aura pas à sortir d’urgence en pleine nuit. Oui, je sais, les AVC et tout, mais j’ai touché du bois, donc rien ne vas arriver. Pas folle la fille.

On est là, tranquillous à manger nos tacos quand des bruits sortis de la jungle se font entendre. Et là, tout ça en même temps : « C’est quoi ça ? Arrête de niaiser, tu fais jouer une vidéo ? Non, je niaise pas, je fais rien ! On dirait un dinosaure qu’on égorge. On rentre dans le truck ! On laisse tout dehors ! Dépêche-toi, j’ai la chienne ! Je vais au moins rentrer nos assiettes et la bière ! Non, pas le temps ! Fuck c’est quoi ? Je sais pas, mais ça s’approche. Je vais pas mourir les cheveux aussi sales que ça certain. On rentre et on réfléchit. On es-tu dans Blair Witch Projetct ? On n’a même pas de réseau si y’arrive quelque chose. »  C’est au doux murmure des singes hurleurs qu’on s’est (pas vraiment) endormis, son qu’on a su identifier seulement le lendemain. La nuit a été courte, mais instructive.

Merci, fermez vos yeux et imaginez entendre ça, dans la totale noirceur.

Hasta luego amigos.

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