On est où?

Petites mexico-frousses

Chroniques d'un (pas si vieux) « camper van ».

Avec les chroniques d’un (pas si vieux) « camper van », Mélanie Leblanc vous amène sur la route, la vraie. Des chemins sans filtres Instagram, pas toujours glam, souvent bordéliques, mais ô combien divertissants. À bord de John Mel & Camper, son truck de 21 ans (pas de rouille, pas de trou), c’est un départ vers la liberté… et le chaos.

C’est drôle de constater à quel point les Étatsuniens nous mis en garde sur les dangers mexicains. Les cartels et tout… Un Texan nous a même offert de nous prêter une arme et de lui rapporter à notre retour vers la maison. Puis, les Mexicains nous ont bien avisés de faire trèèèèèèèès attention au Guatemala. Les cartels et tout… Et que nous ont dit les Guatémaltèques, sur le Salvador, vous pensez… ? Voilà ! On s’est toujours fié à notre instinct et jusqu’à maintenant, je touche du bois, ça nous a bien servis. Cela dit, on a vécu de petites frousses mexicaines. Je pensais en faire un top 5, mais finalement on a seulement quatre anecdotes à raconter et c’est bien tant mieux.

La Pesca, Tamarulpas : le vol plané

Deuxième journée sur les routes mexicaines. Tout est encore nouveau, on s’habitue peu à peu à la conduite ici (un conseil : roule dans l’accotement sinon tu te fais klaxonner par ceux qui veulent dépasser sur les lignes doubles, même dans les courbes, en montant). On est seuls au monde dans le vrai Mexique profond de carte postale : du désert, des cactus, des rochers. Road Runners style. Et là, sorties de nulle part. Des vagues DANS l’asphalte. Deux, pis trois pis cinq. Le camion plonge là-dedans comme il peut, mais il peut pas tant. Les chucks font leur possible, mais c’est pas assez. On vogue sur un dauphin. Le nez du truck pique pendant que son cul est dans les airs. Bis et re-bis . J’ai lâché le plus gros FREEEEEEEEEIIIIIINNEEEEEEEE de l’histoire du Mexique, pis on a fini la run à 10km heure, ben traumatisés.

León, Guanajuato : un petit feeling de fin du monde.

Armageddon près de León

On était au courant qu’une sévère crise de l’essence sévissait au pays. En rentrant au Mexique via le Texas, on a rapidement longé la côte est du Golfe du Mexique. Les vents ont eu raison de nous et de notre patience, ce qui fait qu’on s’est retrouvés à traverser le pays, par son centre, sans que ce soit prévu. La crise de l’essence frappait davantage le centre économique, les grosses villes, on pensait être OK, ayant décidé d’éviter de rouler dans Mexico City. En traversant, on s’est donc approchés de León et de Guadalajara. D’un côté il y avait les files de cinquante voitures qui attendaient de mettre de l’essence, sans même savoir si les pompes fonctionnaient, mais ils attendaient. D’un coup qu’il y en aurait quelques gouttes. De l’autre, des milliers de migrants marchant vers les États-Unis. En plein la semaine où Trump a remis sur les rails sont projet de mur. Deux scénarios catastrophes de blockbuster qui donnent froid dans le dos.

Zihuatanéo, Guerrero : le « fisc » aux mitraillettes

C’est notre baptême dans l’état de Guerrero, un des plus dangereux du pays. Le Gouvernement canadien dit de ne pas y aller et mon assureur, lui, me dit que je ne serai pas « couverte » si je suis victime d’une balle perdue. On arrive à Zihuatanejo, on sait que ce sera difficile de se stationner pour la nuit. C’est un endroit très touristique, très prisé des Québécois entre autres. Le seul camping de la place est bondé, on décide donc de dormir dans la rue, après s’être informés aux employés d’hôtels aux alentours qui nous assurent que la rue est paisible. Je pars me baigner, Antoine reste dans le truck. Pendant mon absence, un pick-up arrive en trombe. Il est écrit « fisc » sur le côté. Trois gars bedonnants descendent de la boîte du pick-up, armés jusqu’aux dents. Leurs  mitraillettes sont tout sauf subtiles. Leurs t-shirts pas frais frais et leurs jeans fatigués font d’eux de bien drôles de comptables.  Les « agents du fisc » analysent le numéro de série d’une voiture noire, confirment que c’est la bonne et se stationnent derrière, en diagonale, empêchant toute manœuvre. Une heure passe. Puis deux. La nuit tombe, ils sont toujours là. Nous sommes seuls avec eux dans la rue. Dix mètres nous séparent. On ne le sent pas, on décide de partir. « Fais comme si de rien n’était ». Je passe à côté d’eux, tombe yeux dans les yeux avec un des « comptables ». Le frisson qui m’a parcouru l’échine confirme mon doute : on est peut-être pas les bienvenus ici finalement. On s’est stationnés dans une petite rue à côté, tout a bien été. Nous retrouver au beau milieu de scène de crime, non pas tant.

La Punta, Guerrero : donne du gaz, mais fais ça smooth

On a dormi deux nuits à Puerto Escondido, mais on devait absolument aller à La Punta. « La petite sœur de Puerto », dit notre amie. Trente minutes plus tard, nous y voilà. Le village est vraiment cool. Ça chill sur un moyen temps, ça surfe, ça relaxe, ça a l’air facile. Y a même des bols smoothie pour déjeuner et des vegan burgers un peu partout. Don’t get me wrong : j’aime les tortillas et mets typiques, mais des fois le changement, ça fait changement ! On dirait qu’on ne sera jamais capables de se décoller les pieds d’ici. On visite l’unique camping de la place, il donne sur un resto en bord de mer, les terrains sont aménagés à même le sable. Y a même des lumières dignes de tous les shows de musique de groupes hipsters des années ’10.

On jase avec le proprio, il nous montre notre terrain, tout va bien, ils sont habitués aux vans comme la nôtre. Faut voir la scène : la rue (large comme une ruelle de Montréal) est bondée, un gros camion de livraison de liqueur bloque l’entrée, on réussit à se faire un chemin et moi je fais le trafic dans mes gougounes, au beau milieu des hippies qui s’en vont manger des burgers vegans. Antoine amorce son entrée dans le mini camping. Il s’enligne dans l’espace pointé par le proprio, ça rentre, mais ça rentre serré. Y’a des bébés palmiers partout, c’est beau, mais ça nuit. Comme 1000 fois depuis notre départ, Antoine avance pour se replacer et recule dans l’espace. Pis là, pus rien. On s’enlise. Big. Fuckin. Time. Encore une fois, Antoine actionne ses réflexes hivernaux : « avance, recule, avance, recule, donne une swing ». Mais on n’est pas l’hiver, pis ça a pas donné de swing.

On est enlisés à moitié des roues.

Le proprio demande à ses employés du resto adjacent de venir nous aider, lire : de faire toute la sale job, parce qu’on comprend rien de ce qu’ils disent et on n’est visiblement pas les bienvenus pour sortir NOTRE truck.  Des pelles apparaissent de toutes parts, ils creusent, mettent des bouts de bois, des briques sous les roues. Et se mettent à pousser. On fait 2,5 tonnes, t’as ben beau pousser le plus fort que tu peux ça changera rien. Mais c’est beau l’espoir. On arrive à se déprendre, la van est maintenant tellement collée sur l’autre à côté qu’on ne peut même pas ouvrir les portes. Heille ça va être le fun.  Le proprio HURLE après ses employés et après Antoine, lui dit qu’il est un mauvais conducteur… Pis là, je débarre : «Wooooooo. Toi, la première fois que tu as conduit une van de quatre tonnes (ouin, j’ai mis ça pire) dans la neige, comment ça s’est passé ? », que je dis en français. Il se calme, n’a rien compris, je rebaragouine en espagnol et là, il comprend. C’est la première fois qu’on roule dans le sable, donne-nous un break. On recommence le même manège : creuse, bouts de bois, briques, roches et on finit par sortir. Les quarante-cinq minutes les plus longues de 2019.

On finit par sortir. On sacre notre camp, mais Monsieur veut qu’on reste ! Ben oui toi, pis on va tout refaire ça demain que je lui demande? « Non, je serai pas là demain et mes gars non plus ». Faque c’est ça Monsieur, je que je dis. BYE.  Il nous a chargé le double de la nuit de camping et on est partis. En sueur, en shakant. Antoine, désemparé, me regarde : « mais là, on fait quoi ? » On se pousse d’icitte, on va caller une bière et on réfléchit. Je finis par trouver un camping (pour tentes seulement) et m’arrange avec la serveuse pour pouvoir y passer la journée, profiter de la piscine et du site, mais dormir dans la rue, dans la van. Tout est sous contrôle, on est heureux, on est soulagés. Pis là, elle nous dit : « la nuit passée j’étais en prison parce que j’ai enlevé mon top de bikini sur une plage et y a un policier corrompu qui nous a amenées de force mon amie et moi. Il nous a demandé 1000 pesos ou la prison. On n’avait pas l’argent, alors on a dormi en prison. Les policiers sont fous à La Punta. Le pire qui peut vous arriver cette nuit c’est qu’ils viennent cogner, qu’ils vous obligent à leur donner tout votre argent et vos appareils électroniques. Mais ils ne vous tueront pas, c’est sûr ». On a re-sacré le camp en re-shakant ! Bye La Punta, je t’ai presque aimée.

Aussi enlisés que désemparés

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