Des escortes expliquent comment elles ont choisi leur nom de sexpertes

S'inspirer de personnages qu’elles admirent pour mieux vendre leurs services.

J’ai eu plein de noms dans ma vie. Un étudiant au cégep me surnommait Cassiopée, comme dans les nouvelles de Bukowski. Comme monitrice de camp de jour, j’ai porté les noms d’Arthémis et de Circée, soit le nom d’une déesse et d’une sorcière.

Et quand j’ai décidé de sucer des queues plutôt que de vendre des livres et des sous-verres dans une librairie, j’ai pris le nom de Marissa. C’était le nom d’un personnage de The O.C. et c’était comme une reine de nulle part. Je me sentais souvent comme ça, coincée dans l’illusion que je donnais d’être une étudiante parfaite. Marissa me donnait l’impression de pouvoir devenir qui je voulais être.

Avoir la possibilité de se choisir un nom, c’est vivre une deuxième vie, sans changer de pays, sans subir une métamorphose à la télévision, sans tomber enceinte de quintuplés. C’est aussi essentiel pour réussir dans l’industrie du sexe et protéger sa vie privée.

Patrick Sénécal et Virginie Despentes ont influencé le destin d’escortes

Certaines escortes dévoilent leurs intérêts culturels et artistiques avec leurs choix de noms.

«Aliss de Patrick Sénécal a changé ma vie», indique Aliss.

Virginie a choisi le sien en l’honneur de l’écrivaine Virginie Despentes. Un de ses livres lui a donné le courage de se lancer dans l’industrie du sexe.

«J’ai choisi Noah, c’est non genré, donc ça ne fait pas trop pitoune. Comme nom de famille, j’ai pris Floyd parce que Pink Floyd c’est le band de ma vie.»

Une autre convient qu’elle voulait un nom qui ne sonnait pas générique comme Bunny, Jenny ou Kelly: «J’ai choisi Noah, c’est non genré, donc ça ne fait pas trop pitoune. Comme nom de famille, j’ai pris Floyd parce que Pink Floyd c’est le band de ma vie.»

Comme le recommande Entreprises Canada, Noah a trouvé un nom distinctif et simple, qui n’existe pas déjà sur le marché, afin de se démarquer de la concurrence. 

Choisir sa clientèle avec son nom de sexperte

Plusieurs travailleuses du sexe gardent l’aspect marketing en tête lorsque vient le moment d’adopter un nom de travail.

Par exemple, Kyla trouvait que ce nom sonnait aussi bien en français qu’en anglais, ce qui lui permet d’attirer des clients dans les deux langues. Les anglophones et les touristes peuvent donc se tourner vers elle, sans crainte de se retrouver devant une escorte qui ne pourra s’exclamer «oh it’s so big» dans la langue de Shakespeare.

Après avoir travaillé sous le nom de Charlie dans une agence, Florence Langevin a voulu projeter une image de girl next door sophistiquée lorsqu’elle est devenue escorte indépendante. «Je voulais aller chercher une clientèle plus classe, tout en demeurant la fille qui a deux pieds sur terre», dit-elle.

Par ailleurs, elle ne trouve pas un nom plus vendeur qu’un autre, tant qu’il représente bien l’escorte. «Moi je ne pourrais pas assumer un Jennifer Star ou un Candice Love. J’admire les femmes qui prennent un nom qui sonne plus pornstar et qui portent des grandes bottes et qui assument leur sexualité à 110%. Mais ce n’est pas moi», conclut-elle.

Choisir sa marque de commerce

Gabrielle Laliberté croit aussi à l’importance du nom pour donner une idée de sa personnalité. «Je voulais un nom qui sonne réel, accessible et joli, dit-elle. J’ai choisi le mien, parce que ça répondait à tous ces critères, mais aussi parce que c’était le nom d’un de mes personnages fétiches dans la série Omertà. Et Laliberté, c’est pour clamer haut et fort mon indépendance.»

Son nom constitue la base de sa stratégie d’affaires. C’est une façon d’attirer des clients qui partagent sensiblement la même vision des rencontres coquines.

«Je voulais un nom qui sonne réel, accessible et joli, dit-elle. J’ai choisi le mien, parce que ça répondait à tous ces critères, mais aussi parce que c’était le nom d’un de mes personnages fétiches dans la série Omertà

Semble-t-il que beaucoup d’hommes se sentent d’ailleurs interpelés par Laliberté. La travailleuse du sexe croit que c’est parce qu’au-delà du sexe, les clients cherchent un instant de liberté. Avec une petite fin joyeuse et crémeuse comme un yogourt. Son nom est donc devenu sa marque de commerce, à laquelle elle a pris soin de porter beaucoup d’attention.

«La chanson Le blues du businessman de Starmania représente bien mes clients, dit-elle. Ils ont techniquement tout réussi. Grosse job, belle maison, famille modèle puis toute la patente, mais il leur manque quelque chose. Nos rencontres leur permettent de garder le cap, ou encore, de réaliser qu’il n’est jamais trop tard pour changer de vie.»

Un nom inspirant, c’est un nom qui vend

Entreprises Canada explique aussi qu’un nom devrait bien refléter les valeurs de l’entreprise, et bien décrire les services offerts.

Même si l’apparence physique et les services offerts par les travailleuses du sexe sont probablement des facteurs plus importants qu’un nom pour déterminer leur succès, il reste qu’un nom d’escorte peut inspirer bien des désirs et attentes.

Cybèle Lespérance voulait répondre à ces exigences et montrer les besoins qu’elle tentait de combler, tout en annonçant qu’elle était francophone (même si ça lui amène des clients français qui sont persuadés qu’elle adore Linda Lemay).

«J’ai cherché l’émotion et le réconfort. Ça m’a donné l’idée de Lespérance, parce que j’ai véritablement l’espoir d’aider les autres à s’épanouir», dit-elle, avant de noter qu’elle ne savait pas au départ qu’il y avait une déesse mère qui s’appelait Sibel. «Ses prêtres sont tous des castrats. Ça m’a enchantée, puisque je me considère comme une féministe castratrice», rigole celle qui travaille également comme accompagnante sexuelle pour personnes handicapées.

S’assumer avant tout

Pour Gabrielle Laliberté, peu importe si le nom est vendeur ou pas, l’important c’est d’être bien dans ce qu’on fait, et d’y croire. «Si tu as le nom le plus vendeur du monde, mais que tu n’es pas bien dans ce personnage, tu risques de ne pas faire beaucoup d’argent. Le marketing, c’est important, mais le travail du sexe, c’est surtout une question de savoir-être. C’est notre humanité, notre sens de l’écoute et d’humour, notre fougue, cette façon bien à nous de nous envoyer en l’air qui fait en sorte que les clients reviennent.»

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