La petite histoire de la Journée internationale pour que cesse la violence contre les travailleuses du sexe

En novembre 2003, Gary Ridgway, dit le Green River Killer, a plaidé coupable à 48 accusations de meurtre au premier degré. Il aurait possiblement tué plus de 90 femmes en 20 ans sans être inquiété jusqu’à son arrestation en 2001. Il avait choisi de tuer des travailleuses du sexe, parce qu’il savait qu’elles ne seraient pas déclarées disparues rapidement.

Tuer des prostituées dans l’indifférence

Plusieurs travailleuses, leurs amoureux, copines ou proxénètes, soupçonnaient pourtant que Ridgway était le tueur depuis des années. Plus d’un conjoint avait raconté aux policiers avoir vu leur partenaire monter dans la voiture de Ridgway. L’un d’entre eux avait identifié formellement Ridgway, en 1983.

Lors de son procès, le Green River Killer avait confié aux policiers qu’il croyait leur faire une faveur. « Vous n’êtes pas capable de contrôler les prostituées, moi je peux », leur avait-il lancé.

En 1984, une jeune femme, Rebecca Garde Guay, s’était plainte d’avoir été attaquée deux ans auparavant par Ridgway. Elle l’avait identifié et avait révélé son lieu de travail. L’accusé en était même venu à avouer, lors d’un interrogatoire, qu’il avait bien étranglé cette femme. Elle avait toutefois retiré sa plainte. Et Ridgway avait continué à tuer des travailleuses du sexe.

Lors de son procès, le Green River Killer avait confié aux policiers qu’il croyait leur faire une faveur. « Vous n’êtes pas capable de contrôler les prostituées, moi je peux », leur avait-il lancé.

Hommage aux victimes

Horrifiées devant l’inaction des forces de l’ordre et le caractère haineux des crimes de Ridgway, Annie Sprinkle, une sexologue et actrice pornographique, et Robin Few, la fondatrice de l’organisation Sex Workers Outreach Project-USA, ont organisé une journée pour rendre hommage aux victimes.

C’est dans ce contexte qu’a été créée la Journée internationale pour mettre fin aux violences faites aux travailleurs et travailleuses du sexe. Cet événement a lieu chaque année, depuis 2003, et prend la forme de vigiles, de manifestations, de spectacles, de lectures ou de veillées aux chandelles.

Des tueurs en série rarement inquiétés par les policiers

La série de meurtres qui a déclenché cette initiative rappelle d’autres cas où des dossiers de violence contre des travailleuses et travailleurs du sexe sont tombés dans l’indifférence.

Plus récemment, en Russie, le policier Mikhaïl Popkov a été condamné pour 22 meurtres en 2015, puis 56 meurtres supplémentaires en 2018. Il désirait purger sa ville des femmes qui vivaient, selon lui, de façon immorale.

En Angleterre, Peter Sutcliffe a tué 13 femmes avant d’être arrêté en 1981, même si, un an auparavant, une lettre anonyme envoyée à la police mentionnait son nom comme possible tueur. La plupart de ses victimes étaient des prostituées qu’il mutilait à la Jack l’Éventreur. Il croyait que Dieu lui demandait de débarrasser le monde de ces femmes jetables, à la sexualité qu’il jugeait dépravée.

Plus récemment, en Russie, le policier Mikhaïl Popkov a été condamné pour 22 meurtres en 2015, puis 56 meurtres supplémentaires en 2018. Il désirait purger sa ville des femmes qui vivaient, selon lui, de façon immorale. La majorité de ses victimes étaient des travailleuses du sexe.  

Au Canada, la GRC a dû présenter des excuses en 2012 pour ne pas avoir arrêté plus rapidement Robert Pickton, le tueur en série qui a fait le plus de victimes au pays. Il avait enterré sur sa ferme, en Colombie-Britannique, plus de 49 travailleuses du sexe, dont plusieurs femmes autochtones.

Pour en finir avec la banalisation de la violence contre les travailleuses du sexe

Jamie Lee Hamilton, une ex-travailleuse du sexe et politicienne qui défend les droits des autochtones, avait déjà déposé une quantité de souliers sur les marches de l’hôtel de ville de Vancouver, en 1997, pour protester contre l’inaction de la ville face aux nombreuses disparitions de femmes. En 2018, elle a réitéré, lors des audiences publiques de l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, que les travailleuses du sexe autochtones étaient vues comme des biens remplaçables.

Car ce n’est pas la nature du travail qui est violente en soi. C’est plutôt le contexte social, politique et juridique qui alimente le sentiment que la vie des travailleuses du sexe ne compte pas. Les études sur la victimisation, comme le rappelle l’essai Mais oui c’est un travail !, publié en 2010, prouvent que les jugements moraux et la stigmatisation alimentent le mépris envers les travailleuses du sexe. Et ce mépris fait tourner la roue de la violence.

Le 17 décembre, la communauté des travailleurs et travailleuses du sexe se réunit pour dénoncer les violences auxquelles elle fait face. Qu’elles proviennent de clients qui retirent des condoms, de gens qui insultent les prostituées, ou de ceux qui blâment le travail du sexe pour la fin des familles.

Car au-delà des tueurs en série, les travailleurs et travailleuses du sexe souhaitent surtout que la journée du 17 décembre serve à rappeler qu’aucune raison ne peut justifier la violence sexuelle, physique et économique à leur égard.

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