Monter un plan d’affaires quand on est travailleuse du sexe

Les travailleuses du sexe investissent autrement qu’en silicone pour payer leur loyer.

Quand j’avais dix-huit ans, je m’étais mise en tête de devenir dominatrice. J’étais allée dans un sexshop et j’avais acheté des bas rouges en latex, une robe en latex noire et des bottes qui me donnaient l’impression d’être Brigitte Bardot et d’attendre qu’un motard m’apprenne à faire semblant de jouir sur une moto. Les bottes étaient en rabais, mais une pointure trop petite. Et les bas, je les ai brisés après un essai.

Ma carrière de dominatrice s’est arrêtée là. Beaucoup trop d’investissement pour un rêve non réalisé. J’aurais dû tenir compte, comme bien des travailleuses du sexe qui ont choisi la profession, des dépenses engagées et de ce que je pourrais vraiment être capable d’obtenir comme revenu.

Car pour plusieurs travailleuses du sexe, c’est semblable à gérer une entreprise, et ce n’est pas, contrairement à l’idée populaire, de l’argent gagné facilement. Il n’y a pas que l’hygiène des poils pubiens dont il faut tenir compte, mais de tout ce qui est nécessaire à la réussite d’une business hors de l’ordinaire.

Des meubles de torture faits sur mesure

Dans l’industrie du sexe, être dominatrice est sans doute la profession qui implique le plus d’investissements. Une amie m’a appris qu’elle fabriquait d’abord elle-même ses accessoires, mais ce ne sont pas toutes les reines de la suprématie féminine qui cherchent des vidéos sur Youtube pour apprendre comment confectionner leur propre flogger.

Dans l’industrie du sexe, être dominatrice est sans doute la profession qui implique le plus d’investissements.

Alexxa a suivi une formation pour savoir comment jouer psychologiquement et physiquement avec ses clients soumis. Elle s’assure d’ailleurs en tout temps de respecter leur intégrité physique autant que leurs fantasmes. Elle commande des meubles faits sur mesure pour ses besoins. Qu’elle travaille dans un donjon ou chez elle, elle a besoin d’autre chose que de sa resting bitch face pour satisfaire sa clientèle.

Établir une ambiance et un environnement propices à toutes sortes de scénarios de domination professionnelle, c’est dans son plan d’affaires. Ça lui sert à fidéliser sa clientèle et à répondre aux exigences diversifiées. Elle paie aussi pour des séances photo et vidéo qui lui permettront de publiciser son travail. Ça arrive qu’elle offre ses photos à ses soumis, car son travail ne se résume pas qu’à leur offrir des orteils parfaits à lécher.

Et c’est pour tout ça qu’un client paie quand il débourse 700 dollars pour trois heures de mamelons pincés et de massage de prostate. 

Rabais étudiants et promo de Saint-Valentin

Roane prévoit aussi plusieurs séances photo pour se promouvoir sur les réseaux sociaux. Elle est escorte indépendante depuis trois ans et elle a appris à adapter ses tarifs à la situation. « Je reçois chez moi, mais je me déplace aussi parfois. Quand je me rends à l’hôtel, j’accepte de diminuer mon tarif, parce que je sais que payer pour mes services et une chambre, ça représente une grosse dépense. Je préfère garder un client, plutôt que d’avoir à le convaincre de payer le prix que je demande habituellement », explique-t-elle.

« Je reçois chez moi, mais je me déplace aussi parfois. Quand je me rends à l’hôtel, j’accepte de diminuer mon tarif, parce que je sais que payer pour mes services et une chambre, ça représente une grosse dépense. »

Elle s’est déjà retrouvée dans une situation financière plus difficile et elle a alors joué avec ses honoraires, pour voir si ça attirerait de nouveaux clients. Ce qu’elle en retient : « Je n’offre plus de tarif pour les étudiants, qui ont souvent plus d’argent que moi grâce à leurs parents. Quand la personne qui me contacte précise avoir un handicap ou être dans une situation plus ou moins confortable, comme un retraité, je m’adapte parfois. C’est aussi selon mon humeur et si le client a l’air sympathique ou pas trop. Tout le monde a besoin de tendresse et de sexe, mais je ne vais pas me transformer en Mère Teresa parce que je reçois le courriel d’un client qui semble croire que tout lui est dû et qui se plaint de mes prix. » 

Ça arrive aussi qu’elle propose des spéciaux thématiques, comme pour la Saint-Valentin ou pour célébrer le début du printemps.

Sur son site web, Roane ne détaille pas ses pratiques sexuelles, mais propose un prix global. Pour une heure et demie, deux heures, trois heures, une nuit ou simplement un accompagnement social. Elle remarque que ses tarifs ressemblent à ceux des autres escortes indépendantes. Pour elle, c’est normal de s’ajuster selon ses besoins, mais aussi selon la ville de travail et la concurrence.

Baiser pour payer ses études et Netflix

Quand elle a commencé à travailler dans l’industrie, Lara voulait tout simplement payer ses études et son loyer. Elle a commencé par proposer des spectacles sur le web en demandant à ses fans de lui acheter des jouets sexuels et de la lingerie. Ça lui a permis de donner un meilleur spectacle avec un minimum d’investissement. « C’est dur la webcam parce que tu dois être présente constamment et qu’il y a plein de filles de 20 ans, minces, blanches et blondes typiques. J’ai un physique différent. Ça m’a aidée à me démarquer, mais je n’ai jamais été super populaire », dit celle qui est maintenant escorte. 

«Je travaille avec des mères, des filles qui ont un mari ou un chum. Je pense qu’on apprécie toutes de ne pas avoir à faire notre propre publicité et à répondre aux textos des clients.»

Lara travaille aujourd’hui dans une agence et elle garde 60% de ses revenus. Le reste revient à la gérante et à une réceptionniste qui s’occupe des appels, du site web, de la publicité et du logement que se partagent Lara et ses collègues. « Je travaille avec des mères, des filles qui ont un mari ou un chum. Je pense qu’on apprécie toutes de ne pas avoir à faire notre propre publicité et à répondre aux textos des clients. Je sens que notre confidentialité est plus protégée. Et ça me permet de faire vraiment une coupure entre le temps que je passe comme escorte et le reste de mon temps. C’est moins envahissant. »

Ce que Roane, Lara et Alexxa remarquent toutes, c’est que c’est difficile de prévoir la somme d’argent qu’elles feront pendant un mois. Roane économise dès le premier client pour payer ses factures habituelles : le loyer, l’électricité, le chauffage, l’épicerie, internet, Netflix. Ensuite elle s’autorise des cadeaux. Autrefois elle allait jusqu’à mettre des billets dans de gros pots de yogourt, mais aujourd’hui elle ne conserve presque plus d’argent comptant chez elle, et elle va plus souvent à la banque. « Une collègue s’est déjà fait voler des enveloppes qu’elle cachait dans son congélateur », se rappelle-t-elle avec horreur. 

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