Dorian Danielsen

Dis-moi la couleur de ta peau, je te dirais à quoi tu penses

Ah les années 90! Époque bénie où les bagues qui révèlent les émotions étaient à la mode. Leurs cristaux changeraient de couleurs selon vos émotions. On sait évidemment (soyez sans crainte pour votre jardin secret) que ces bagues étaient davantage un indicateur de la température de vos mains que de vos pensées ! Mais si vous y avez échappé belle, ce n’est pas le cas de tous les animaux : chez la seiche, cousine du calamar et de la pieuvre, la couleur de la peau reflète ce qui lui passe par la tête !

Maîtresse dans l’art d’altérer son apparence, la seiche imite son environnement, mais opte parfois pour des motifs flyés comme des rayures ou des pois. Ces changements de couleur pourraient être des indices de ce qui se trame dans son cerveau. En zoomant avec des caméras sur la peau des seiches, il est possible de l’étudier une cellule à la fois, comme si on regardait les milliers de pixels d’une photo un par un. Filmées en permanence, tous comme les candidats d’Occupation Double, les seiches finiront bien par révéler leurs pensées secrètes!

La pro du camouflage

Chez les humains, la coloration de la peau, des cheveux et des yeux vient des mélanocytes, des cellules qui produisent des pigments de couleur. Cependant, chez les as du camouflage comme le caméléon ou la seiche, ce sont des cellules différentes, les chromatophores, qui leur permettent de changer de passer d’une couleur à l’autre.

Ces petites cellules colorées disséminées dans sa peau des seiches changent de couleur lorsqu’elles sont écrasées ou étirées par les muscles. Sous la pression, la poche de granules de pigments du chromatophore se déforme et enclenche le changement de couleur. Les chromatophores n’agissent pas individuellement, mais en groupe. C’est grâce à un organe situé dans la peau que la seiche contrôle ses groupes de chromatophores et modifie sa couleur rapidement.

Un raccourci jusqu’à la peau

Les biologistes savent depuis les années 60 comment les seiches changent de couleur. Après toutes ces années, ce qui continue d’intriguer c’est la façon dont l’animal arrive à transformer ce qu’il voit pour se rendre moins visible et tromper l’œil d’un prédateur. Cette information visuelle est si imposante qu’il faudrait un super ordinateur pour la traiter en entier !

Mais comment font les seiches sans ordinateur ? Elles ont mis au point un raccourci neurobiologique : elles arrivent à faire le pont entre ce qu’elles voient et l’information qu’elles envoient aux chromatophores. Ce tour de passe-passe a probablement lieu dans le cerveau qui arrive à digérer l’information provenant des yeux avant d’envoyer ses instructions par l’entremise des neurones aux organes qui supervisent les chromatophores.

En filmant un à un les chromatophores qui se déforment en changeant de couleur, les chercheurs espèrent remonter la piste par les neurones et au cerveau. En suivant la trace des chromatophores, on pourra découvrir ce que la seiche perçoit autour d’elle en temps réel sans même avoir à la toucher. Autrement dit, nous sommes sur le point de lire leurs pensées !

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