Le Nouveau-Mexique en trois arrêts pour geeks et nerdettes

« Mettre son cerveau à off » est probablement une des expressions que je déteste le plus. Oui, les vacances sont faites pour décrocher, voire pour faire du taï chi au lever du soleil et espérer se défaire de tous les nœuds d’anxiété et d’aliénation que le travail aura sournoisement déposé en nous. Mais s’évader sans nourrir son cortex, faire jeûner sa curiosité ? Ce serait comme voyager en se privant de toute cette bonne bouffe bien épicée et dépaysante !

Il y a presque cinq ans, mon geek de chum me faisait une proposition un peu weird : « Eille, j’ai eu un flash. Je veux aller là avec toi au jour de l’an. On atterrit à Albuquerque, on se loue un char et on trippe 4-5 jours. » Ceux qui ont dévoré les épisodes de Breaking Bad avec l’avidité de Jesse Pinkman qui tire sur sa pipe savent que la plus grande ville du Nouveau-Mexique ne correspond tout pas tout à fait à l’idée qu’on peut se faire de la destination romantique par excellence. Comme dans la série, certains coins d’Albuquerque sont trash à souhait. On peut même les explorer grâce à des tours guidés dédiés aux fans de Walter White.

Mais nous n’étions pas là pour apprendre à fabriquer du crystal meth : le Nouveau-Mexique est un petit paradis pour les nerds introvertis qui cherchent à éviter les foules des gros circuits touristiques. Après une première journée très excitante car passée sans bobettes dans nos jeans (American Airlines ayant égaré nos valises), nous avons enfilé nos plus beaux sous-vêtements pour cheminer vers Los Alamos. La petite ville cachée au fin fond d’un paysage lunaire infini avait accueilli les laboratoires du projet Manhattan durant la Deuxième Guerre mondiale. Il y a là toute l’histoire du développement des premières armes nucléaires et un musée des sciences aussi fascinant qu’il donne froid dans le dos.

À 300 km de Los Alamos se trouvait notre destination principale : le Very Large Array, un radiotélescope titanesque. Imaginez : au fond d’un énorme lac asséché à 2000 mètres d’altitude, une plaine à perte de vue sur laquelle sont installées 27 antennes paraboliques de 200 tonnes chacune, disposées sur un Y qui fait une vingtaine de kilomètres de diamètre. On a trouvé qu’il n’y avait pas grand-chose de plus poétique qu’un champ de radiotélescopes géants qui écoutent l’univers. On se sentait comme Jodie Foster et Matthew McConaughey dans Contact.

Les coquillages qui ramassent la poussière dans les salles de bain, j’ai toujours trouvé ça un peu quétaine comme souvenirs de voyage, mais l’autre jour, j’ai retrouvé les petites roches que j’avais cueillies sur une plage en Gaspésie dans les poches de mon imperméable… C’est drôle comme on cherche souvent à ramener chez soi des petits bouts de la géologie des endroits qu’on explore. Comme ce sac d’ananas séchés que je n’avais pas pu m’empêcher de remplir avec un peu de sable blanc du parc national White Sands, le plus grand désert de gypse au monde, lui aussi caché au fond d’un lac asséché du Nouveau-Mexique. Une formation géologique unique, constituée de dunes de sable blanc si fin qu’on y fait du crazy carpet à l’année, sur une étendue de plus 700 km carrés dans laquelle on doit éviter de perdre son chemin : de jour, la chaleur est mortelle et la lumière réverbérée est plus éblouissante que celle de toutes les vedettes d’une saison entière des échangistes réunies.

White Sands est aussi un terrain de recherche pour les scientifiques. La semaine dernière, une équipe publiait dans Science leur analyse d’empreintes laissées dans une des plaques blanches du désert, il y a plus de 10 000 ans, par un animal et ses prédateurs. Selon eux, ces traces montrent que les paresseux géants de plusieurs tonnes, qui foulaient le sol des Amériques au pléistocène, auraient été chassés par les humains de l’époque. Un énième indice qui montre que les humains ont vraisemblablement poussé les espèces de la mégafaune vers l’extinction… et si ça continue comme ça, le plus gros animal terrestre qui restera d’ici 200 ans pourrait bien être la vache domestique.

Choisir un itinéraire de voyage en fonction de son potentiel de nerditude, c’est un excellent moyen de planifier des vacances originales (et de séduire un ou une sapiosexuel.le). Et même pas besoin de brûler tout ce kérosène en parcourant des milliers de kilomètres en avion pour chasser les étoiles filantes au Mont-Mégantic, les fossiles au parc National de Miguasha, aller se perdre dans la grotte à la Patate d’Anticosti ou encore dans la caverne de Saint-Léonard. Comme le dit Julie Payette, la science est partout… y compris dans notre cour!

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