La vérité sur ma chronique « La vérité sur »…

Le dernier chapitre : mea culpa.

En 1999, Hugo Mudie a décidé de lâcher l’université pour partir en tournée non-stop avec The Sainte Catherines. Depuis ce temps, il a sorti 36 albums et brûlé plus de 10 moteurs de camions sur la route à travers le monde.

Il est monté sur scène des milliers de fois, organisé des shows même en dormant, démarré des compagnies de disques, fondé des festivals, booké des rappers, géré des chanteuses, pogné deux fois la bactérie mangeuse de chair, pleuré dans des loges, envoyé chier la moitié de la planète et fait le party avec l’autre moitié.

Il veut aujourd’hui démystifier les dessous de l’industrie musicale telle qu’il l’a connue et la perçoit.

Cette semaine, pour le dernier chapitre de cette série coup-de-poing, il s’excuse auprès de ceux qu’il aurait pu offenser.

Chers lecteurs, amateurs assidus de mes chroniques ou jumpeux de gun de la diagonale facile. Je m’excuse. J’ai pêché et je dois me repentir.

Depuis des mois j’écris des chroniques pour le très crédible URBANIA, qui se nomment « LA VÉRITÉ SUR… » où je décris de façon plus ou moins humoristique les dessous de l’industrie de la musique telle que je l’ai connue et la connais aujourd’hui.

J’arrête aujourd’hui cette chronique pour la seule et unique raison que j’ai choqué et dérangé des gens et je ne peux plus vivre avec ce fait sur la conscience.

J’ai compris après plusieurs flèches plus ou moins pointues que je n’étais pas qualifié pour cette chronique. J’ai compris cher peuple, que pour être bien et vivre en harmonie avec le reste de la société et des membres de l’industrie musicale, je devais faire l’unanimité sans jamais aller à l’encontre de la majorité pesante, même par humour. Comme le faisaient remarquer certains lecteurs de la diagonale bienveillante, je n’ai pas les qualifications pour jouer dans la grande cour des grands de l’humour et de la chronique made in Québec. Je n’ai pas fréquenté un établissement postsecondaire dont le coût d’inscription dépasse celui d’une petite voiture de plaisance fiable, pour apprendre les stratégies fines de l’ironie, du sarcasme, de la moquerie en tout genre. Je n’ai pas passé avec succès, le sourire aux lèvres et le cahier de notes bien rempli, avec propreté, un cours sur les rudiments de la satire. J’ai sauté les étapes. J’ai voulu raconter mes expériences saupoudrant mes récits d’une sauce cocasse qui oscille entre la généralisation et la grossièreté, mais j’ai blessé des gens concernés et je veux m’en excuser. J’ai fait mes classes dans la lecture de livres, l’écoute inattentive et l’expérience, mais j’ai compris que j’aurais dû apprendre dans un établissement officiel ou avec des pairs reconnu et aimé de mes pairs. D’eux-mêmes dans le fond.

Je ne suis que crachat, cuir et whiskey sur un vieux t-shirt blanc, une poutine à 4 heures du matin, une orgie dans un squat Allemand.

La police de la morale cathodique m’a remis à ma place avec raison. Je n’avais pas mêlé mon sang lors d’une cérémonie fraternelle en arrière-scène d’un stage de loterie artistique avec les bons joueurs. Mon sang était impur. Je suis un Serpentard. Je ne l’ai pas choisi. Le chapeau a fait le call. Je dois vivre avec, mais trop longtemps j’ai senti le besoin de crier dans les douces oreilles de la maison des Gryffondor que j’étais down avec les serpents et que mon venin pouvait les tuer d’une seule mélodie. Ma voix n’était pas la voix, ni celle qui pouvait en juger. Je ne suis que crachat, cuir et whiskey sur un vieux t-shirt blanc, une poutine à 4 heures du matin, une orgie dans un squat Allemand.

C’était une erreur. Il faut laisser les forts et les beaux à leur place et suivre le trafic. Sans jamais klaxonner. Il faut tous en même temps, regarder son iPhone et appuyer sur le même pouce vers le haut. D’un coup que ça me permettrait de m’envoler. Vers les cieux des subventionnés. Vers la fraîcheur calculée. Vers la laine bien rasée. Mon impact était de trop courte durée. Mon coup était trop vite passé. J’ai compris que les propos n’étaient même pas nécessairement le problème, mais bien de quels doigts ils proviennent pour frapper habilement sur un clavier. Mais sur rien d’autre. Dieu non.

Je m’en excuse profondément. Dans le futur, je vous sourirai, je vous suivrai et je feindrai un intérêt commun. Pour le bien de votre communauté. Entre vous.

Je veux aussi m’excuser au nom des autres chroniqueurs digne de ce nom. Je ne suis qu’un imposteur parmi vous. Comme vous l’avez si bien noté, je suis qu’un improvisateur. Mort à moi qui a voulu ajouter des cordes à mon arc en acceptant l’offre de crier ailleurs que dans un micro. Encore une fois, je ne suis pas qualifié. J’ai dû quitter l’école dans la première année de ma vie adulte pour parcourir les routes, les faussés de highway et les maisons du vice de la planète souterraine, mais aucune de ses expériences n’auraient pu faire autre chose que réaffirmer ma position permanente de porte-étendard de la vitesse et la distorsion. L’anarchie et la haine du système qui m’habitait à 18 ans ne peuvent me quitter et mon émergence est à l’infini. Je l’accepte aujourd’hui avec beaucoup d’humilité. Je resterai sur la ligne verte.

J’ai toujours pensé que la vérité n’existait pas. J’ai toujours pensé que chaque personne avait la sienne. Qu’on pouvait s’en inspirer ou la laisser couler.

D’est en ouest, mais surtout de Berri à Honoré. J’ai compris que pour plaire et traverser avec habileté la margarine des douces journées, il faut rester bien agenouillé sur le même banc d’église, priant avec force, mais sans jamais fermé totalement les yeux, un Dieu qui est plus véritable que toute parution musicale à avoir bercé notre quotidien télévisé des 60 dernières années. La vérité sur mon milieu de travail. Je ne suis pas qualifié pour la révéler.

J’ai toujours pensé que la vérité n’existait pas. J’ai toujours pensé que chaque personne avait la sienne. Qu’on pouvait s’en inspirer ou la laisser couler. Qu’on pouvait lui tendre la main ou la laisser se noyer. J’ai toujours pensé que chaque opinion était valable et que même totalement à l’encontre de la mienne, je pouvais que l’ignorer et la laisser se cogner le bout du nez. J’ai voulu participer à cette parade lunaire avec ma chronique.

Mais j’avais tort.

La vérité existe. C’est celle qui ne dérange personne. Celle qui n’a aucun effet sur rien. Qui ne fait avancer aucune cause. Qui ne fait pas réfléchir. Qui est ronde et souple. Douce et légère. Celle qui passe dans le beurre. Celle qui parait belle au-dessus de l’eau. Des belles grandes vagues faciles à surfer. La vérité de l’élite. Celle qui existe sans réflexion. Le temps d’une mode. D’une scène, d’un screenshot. Le plus beau des contenants. Une vérité si douce et parfaite qu’elle ne goûte absolument rien. Je me suis totalement trompé, je m’en excuse.

Hugo Mudie continuera ses critiques d’albums et culinaires pour URBANIA jusqu’à nouvel ordre.

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