La bibliothèque idéale : 5 polars immortels

Le crime ne paie pas, mais il y en a qui ne s'oublient pas non plus.

Y’a pas à dire, le crime a la cote, ces temps-ci. Les séries télé Breaking Bad, Justified, Sons of AnarchyTrue Detective et plus récemment Mindhunter ont captivé les audiences durant plusieurs années et les documentaires tels que Making a Murderer et The Confessions Tapes ont aussi énormément fait jaser lors de leur sortie.

Mais, vous savez quoi? Aussi satisfaisant que ce soit, de regarder une bonne série, ça ne battra jamais un bon polar. C’est un genre littéraire hyper-accessible, qui donne le goût de lire et, qui plus est, vieillit magnifiquement bien. Je vous ai donc préparé une liste d’excellents polars qui occuperont fièrement les étagères pendant plusieurs années et qui deviendront graduellement meilleurs au fil des lectures.

Anges déchus, par Gunnar Staalesen

Le mal-aimé de la très populaire scène Scandinave. Traduit pour le marché américain bien après les Stieg Larsson, Camilla Läckberg et autres, Gunnar Staalesen n’en est pas moins talentueux. Dans Anges Déchus, son personnage de détective privé Varg Veum (protagoniste de seize romans, dont quatorze traduits en français), retrouve plusieurs amis d’enfance suite à la mort prématurée d’un proche. Alors qu’il se remémore le bon vieux temps avec ses copains, un deuxième incident survient.

Empreint d’une mélancolie et d’une sincérité qu’on retrouve peu souvent dans le polar, Anges Déchus offre beaucoup plus qu’un simple mystère. C’est un voyage au sein des années formatrices d’un personnage avec un coeur d’or, qui vous rappellera votre propre jeunesse. Et non, pas besoin de lire les romans qui viennent avant pour apprécier.

Wonderland, par Jennifer Hillier

Le dernier opus de l’auteure canadienne (elle en sort un nouveau en juin et j’en suis très excité) est une espèce d’hybride entre le polar classique à la Dashiell Hammett (Le Faucon Maltais) et le roman d’horreur. Imaginez-vous un peu ce que ça donnerait si Rob Zombie réalisait une saison de Veronica Mars et vous avez le feeling de Wonderland. Mais c’est quoi l’histoire, au juste? La policière disgraciée Vanessa Castro se retrouve une job dans une petite communauté riche avec les connections de (feu) son époux et retrouve un corps brutalement mutilé dans un parc d’attraction indispensable à l’économie de la ville. C’est pas mal ça.

Wonderland, c’est l’ambiance sombre et unique que le roman Joyland, de Stephen King, aurait dû avoir, jumelée à une fantastique enquête criblée de personnages fourbes et torturés. La lecture culmine d’ailleurs dans une séries de scènes si brutales qu’elles risque de vous en coûter quelques heures de sommeil.

Gravesend, de William Boyle

Gravesend, c’est beaucoup plus qu’un polar. C’est l’exploration de la vie d’un quartier ouvrier de New York dans les années 90. On y trouve des personnages en quête de rédemption, d’autres en quête de vengeance et de sensations forte, qui s’affrontent au coeur des rues d’un quartier où personne n’en n’a plus rien à foutre. La mince ligne bleue des forces de l’ordre n’est peu ou pas présente dans ce roman et ce sont les valeurs morales des personnages qui dictent leur sort lors des affrontements.

Même si vous n’aimez pas les polars, vous risquez très fortement d’adorer Gravesend, un roman où chaque lecture révèle de petits détails sur les personnages, qui vous auraient autrement échappé. On peut également en faire une lecture différente dépendant du mood dans lequel on se trouve. Définitivement une expérience émotionnelle.

A Purple Place for Dying, par John D. MacDonald

Un classique des romans de détectives. Certains d’entre-vous le savent peut-être d’ailleurs, il y a le script d’une adaptation qui se promène depuis plusieurs années dans l’industrie du cinéma et qui ne semble pas prendre preneur. Mais qui en voudrait aux studios? La subtilité de John D. MacDonald est tout simplement inadaptable. L’attrait de son personnage Travis McGee est simple: ce n’est pas un détective privé. C’est un particulier qui vous aide à retrouver quelque chose qui vous a été pris, à condition qu’il en reçoive la moitié. C’est comme ça qu’il finance son existence autrement très oisive.

McGee est plus qu’un fin limier, cependant. Il est psychologue, philosophe et tombeur à ses heures, bien qu’il ressente rarement le besoin de séduire. John D. MacDonald n’est pas un styliste, mais je le qualifierais sans hésiter de «Michael Jordan des raconteurs». Il est maître dans l’art de garder son public en haleine lors des scènes tendues et encore plus maître dans l’art de créer des personnages auxquels on s’attache beaucoup trop. La série compte 21 romans alors si vous aimez ça, y’en a plusieurs!

La théorie du panda, par Pascal Garnier

Terrifier par l’ordinaire… c’est là une mission que l’écrivain français Pascal Garnier a mené à bien plus souvent qu’autrement au long de sa trop courte carrière. Dans La Théorie du panda, il crée un engouement malsain autour d’un personnage charismatique qui, somme toute, ne fait pas grand chose, mais qui altère la nature même des interactions sociales dans une petite municipalité par son charme et sa personnalité.

Garnier était un minimaliste, mais également un fin psychologue. Il avait compris quelque chose de très important à propos de la nature humaine: rien n’est plus épeurant que de ne pas savoir et rien n’est plus épeurant que de spéculer sur la nature des événements qui se déroulent. Dans La théorie du panda, vous spéculerez en tabarouette. Il se peut que ça vous rende bête envers les étrangers charismatiques aussi.

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