Lettre aux futurs parents d’enfants trans

Et si c’était une bénédiction ?

Vous êtes parents? Futurs parents? Vous réfléchissez parfois à ce que ça impliquerait, avoir un enfant trans, et ça vous inquiète? Attendez, Florence Ashley (activiste transféminine et étudiante à la maîtrise en droit et bioéthique) est là pour vous rassurer… 

Chers futurs parents,

On entend de plus en plus parler d’enfants trans. D’enfants qui, au primaire, reviennent à l’école après un été de vacances dotés d’un nouveau nom et des nouveaux pronoms. Vous vous souvenez d’Olie Pullen sur la couverture de MacLean’s, en 2014? Des mots de Florence Ens — quel nom magnifique — cette année, dans La Presse?

Peut-être que ça vous inquiète. Peut-être que vous craignez que votre enfant vous dise, un jour, ne pas s’être fait assigner le bon genre. Qu’est-ce qu’on fait si ça arrive? Comment on gère ça?

Ça fait peur. Et notons que, souvent, les médias n’aident en rien cette crainte. On peut lire des articles expliquant comment les activistes trans forcent leur idéologie sur des jeunes innocent·e·s, ou encore que la majorité des jeunes trans finiraient par abandonner leur identité de genre trans plus tard.

Ça fait peur. Ça me fait peur aussi, même si je suis trans. C’est beaucoup à gérer, surtout avec l’école et les papiers, et tout. Sans oublier la crainte que notre enfant se fasse intimider. C’est tough. Je vous comprends.

Ok, alors on fait quoi?

Ce que de plus en plus de parents font, c’est consulter un·e psychologue spécialiste en variance de genre, ou alors ils se rendent dans un centre spécialisé comme le Centre de santé Méraki à Montréal. Souvent, ils participeront aussi à des groupes de soutien et de ressources comme Enfants transgenres Canada.

Maintenant, peut-être que vous vous demandez comment tout ça se déploie, concrètement. Eh bien il faut savoir qu’il y a deux grandes familles d’approche en psychologie pour les enfants trans. La première, celle privilégiée par la vieille garde et le Journal de Montréal, c’est l’approche négative. Selon celle-ci, on ne peut pas faire confiance aux enfants et leur identité de genre n’est probablement qu’une phase. Alors on ne fait rien. Ou on tente de décourager l’enfant : « Tu es un garçon, alors tu n’as pas le droit de porter de robe. » L’idée, au fond? C’est mieux de ne pas être trans… Vous ne serez probablement pas très surpris d’apprendre que selon plusieurs groupes professionnels spécialisés en santé trans et en santé mentale, cette approche est contraire aux meilleures données scientifiques et qu’elle serait donc contraire à l’éthique.

La deuxième approche, c’est l’affirmative. C’est pas mal celle qui fait consensus parmi les thérapeutes. Plutôt qu’essayer de prédire si l’enfant est vraiment trans ou non (et de l’empêcher de l’être), il faudrait se demander comment on peut soutenir, et ce, du mieux possible, notre enfant à travers l’exploration de son identité et l’expression de son genre. La maxime qui guide cette approche, c’est : « Suivons l’enfant ». S’ille veut utiliser un certain nom et certains pronoms à la maison, on obtempère. On lui donne les jouets voulus, les vêtements désirés.

Et après?

Éventuellement, il sera peut-être question de changer de nom et de pronoms à l’école. Il n’y a pas de ligne claire au niveau de l’âge : le changement et son moment dépendant de l’enfant et du plan thérapeutique établi avec le·a spécialiste. C’est néanmoins une étape importante, et des études récentes démontrent que les enfants trans ayant transitionnés socialement ont des taux de dépression et d’anxiété similaires à la moyenne, alors que des études révèlent des taux de tentatives de suicide de plus de 30% chez l’ensemble des jeunes trans. Vous voyez? L’impact de la transition sociale chez les jeunes trans est remarquable!

Maintenant, est-ce que l’enfant va grandir trans? Les thérapeutes sont plutôt bien outillés pour différentier les jeunes trans des jeunes qui sont seulement non-conformes dans le genre. Par exemple, si l’enfant dit « je suis un·e fille/garçon » à la place de « je veux être… », c’est un signe important. Mais attention, ça ne garantit rien. L’âge de l’enfant importe beaucoup, aussi : vers la puberté, un·e enfant qui a une identification trans va fort probablement grandir trans. En fait, c’est presque garanti. Avant la puberté, là, c’est moins certain.

D’ailleurs, à la puberté, on atteint une seconde ligne importante. Quand l’enfant atteint la deuxième étape de l’échelle de Tanner du développement pubère — typiquement vers 11-12 ans — il a la possibilité d’avoir des bloqueurs d’hormones. Évidemment, seulement si l’enfant le veut! Et soyons réalistes : à cet âge, l’enfant sait assez bien ce qu’ille veut.

Les bloqueurs d’hormones, ce sont des injections qui permettent de faire une pause dans la puberté. Selon le Groupe canadien d’endocrinologie pédiatrique, les bloqueurs sont entièrement sans danger et parfaitement réversibles. Suffit d’arrêter de les prendre pour que la puberté reprenne son cours. Avez-vous un peu moins peur, maintenant?

En fait, les bloqueurs, ça sert à donner un plus de temps avant de débuter la deuxième étape d’hormones, composée notamment d’œstrogène ou de testostérone. Cette deuxième étape, elle, est partiellement irréversible. En prenant des bloqueurs, on se donne un peu plus de temps pour penser et pour prendre de la maturité, tout en évitant les changements très troublants que la mauvaise puberté cause aux jeunes trans. Même si les médecins commencent à prescrire des hormones de deuxième étape un peu plus tôt, on attend habituellement la barre des 16 ans. Pour tout ce qui est chirurgie, ça doit encore attendre à 18 ans.

Même si le processus peut faire peur, c’en est un qu’on réalise un pas à la fois. En restant à l’écoute des enfants, en leur faisant confiance, et en allant chercher les ressources existantes, l’aventure devient bien moins épeurante.

Et au fond, est-ce si pire que ça?

Être trans, c’est loin d’être la fin du monde. Je suis trans, et j’ai transitionné à l’âge adulte. J’ai pourtant une vie merveilleuse, remplie de bonheur, d’amour et de succès. Je ne m’imagine même pas si j’avais eu la chance de transitionner à l’adolescence!

Loin d’être amère du fait que je suis trans, je me sens chanceuse d’avoir pu connaître tant d’autres personnes trans extraordinaires. Les parents et partenaires de personnes trans que je connais en diraient autant. Ça n’a pas besoin d’être une malédiction. Au contraire, ça peut être une bénédiction. Faut juste avoir la bonne attitude et aller voir les bonnes personnes.

Si on aime nos enfants et on les laisse être elleux-mêmes, tout va bien aller. C’est promis!

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