Elie Chap

Je vais hocher la tête au lieu de te mentir…

Novembre sous la neige, sous le signe du célibat.

C’est la thématique du mois sur URBANIA et, pour plusieurs, c’est la thématique d’une saison : l’automne.

La solitude, le froid, l’odeur du chauffage dans la maison, l’attrait des soirs de semaine sous une couverte chaude au lieu d’un 5 à 7 bruyant.

Novembre, c’est la dernière chance de faire une rencontre chaleureuse, amoureuse, dans l’espoir de ne pas passer le temps des fêtes seul. L’espoir d’avoir quelqu’un à embrasser pour le Nouvel An. L’espoir de se sentir obligé de s’acheter une chemise neuve pour ne pas trop faire honte à une nouvelle flamme devant ses amis.

L’espoir, freiné par l’obligation de faire des nouvelles rencontres.

Ressasser les mêmes anecdotes avec des personnes différentes, revivre les mêmes souvenirs, sourire, hocher la tête positivement, ne pas trop se dévoiler pour ne pas effrayer l’autre, mais ne pas trop en cacher pour ne pas jouer un jeu malhonnête non plus.

Hocher la tête au lieu de mentir, parce que les nouvelles rencontres se conjuguent mal avec la lourdeur des angoisses quotidiennes.

Tom Waits disait ceci dans une chanson que j’affectionne particulièrement : «I’ll tell you all my secrets but I lie about my past, so send me off to bed forever more»

En bref, je peux t’avouer plein de choses gênantes sur ma personne, comme mon affection pour les comédies romantiques ou mon plaisir à peine camouflé d’acheter du café avec des saveurs pour faire plus « festif ». Par contre, je ne vais pas te parler de ma vie familiale, de mon passé, du poids que je traîne au quotidien et qui explique ma posture pas toujours parfaitement droite.

Je ne vais pas te mentir, mais je ne vais certainement pas tout te dire.

L’omission devient la clé pour une nouvelle rencontre réussie.

Je vais donc hocher la tête quand tu me parleras de tes Noëls heureux, de tes anniversaires joyeux, de ta famille aimante et des opportunités qu’elle t’a offertes.

Dans mon silence, tu entendras une certaine forme de réciprocité, parce que je n’ai pas envie de te dire que pour moi, Noël c’est un paquet de mauvais souvenirs, du gris sur un tapis de neige, de la solitude en vrac.

Ne rien dire sans mentir, c’est un piège. Oui, ça facilite les rapprochements, mais c’est aussi la cause de l’éloignement quand on finit par se dévoiler un peu plus. On développe une certaine amertume envers l’autre parce qu’on se sent brimé, dans l’obligation de ne pas être soi-même. Mais on lance la relation sur une base qui, sans être mensongère, ne patauge pas dans la vérité non plus.

On se rapproche avec un bras de distance, de peur d’être jugé, rejeté, ou pire ignoré. On accepte de l’affection sans amour, des rencontres sans intérêt, des sourires sans bonheur et on finit par se chercher dans nos relations parce qu’on ne prend plus le temps d’être honnête avec ce qu’on voudrait réellement dès le départ.

On hoche de haut en bas pour ne pas dire non de la tête devant la nouveauté.

Novembre, c’est l’espoir de retrouver des bras accueillants, même si l’envie d’en essayer plusieurs avant de trouver les bons n’est pas au rendez-vous. On se résigne à s’ouvrir à plusieurs personnes en même temps, pas pour jouer un jeu, mais pour s’offrir la chance de trouver.

S’offrir le luxe de choisir.

C’est ça aussi novembre: s’offrir le luxe de choisir même si l’envie de ne plus être seul se manifeste de plus en plus fort. Regarder vers l’autre avec un espoir qu’on alimente du mieux qu’on peut – avec des flirts, des anecdotes, des sourires… des hochements de tête pour ne pas dire non trop souvent.

Tout ça ressemble drôlement au témoignage d’un « serial dater », mais ça se vit surtout avec un bras de distance, à la maison, à regarder les autres se trouver entre eux et se souvenir qu’à une certaine époque, on jouait le jeu de débiter les mêmes anecdotes jusqu’à ce qu’on trouve « la bonne ».

Le seul point commun c’est l’espoir d’entendre « Bonne année » après un baiser sur la bouche dans la nuit du 31 au 1er

Pour le reste, il y a Netflix, la musique, les couvertures, le café et Charlie Brown.

Pour lire un autre texte de Stéphane Morneau: « Top 5: L’ex que tu ne veux pas être »

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