Ville de la semaine  : Louvain-la-Neuve

De septembre 2000 à juin 2007, j’ai pris le train tous les matins pour me rendre dans mon école secondaire qui se trouvait à Louvain-la-Neuve. C’est une ville que beaucoup découvrent vers 18 ans en tant qu’étudiants, mais moi, j’y ai passé toute mon adolescence… J’y ai vu des trucs bizarres. Puis, j’y ai vécu les émotions les plus fortes de mon existence (aaah la fougue de la jeunesse). Aujourd’hui, je vais tenter de vous expliquer en dix points le pourquoi du comment Louvain-la-Neuve est une ville unique au monde…

Un peu d’histoire

Louvain-la-Neuve, (LLN pour les intimes) a été construite au début des années 1970 à cause du Walen Buiten (les Wallons dehors en français). En gros, depuis longtemps, les nationalistes flamands exigeaient la fermeture de la section francophone de l’Université catholique de Louvain, située en Région flamande (la Belgique a trois régions : flamande, wallonne, et Bruxelles-Capitale). Bref, les Flamands ont gagné et on a séparé l’université catholique de Louvain en deux. La partie néerlandophone est restée à Louvain  et il a fallu trouver un endroit pour la partie francophone… On a donc construit une nouvelle ville en Région wallonne : Louvain-la-Neuve.

Ville d’étudiants (mais pas que)

Vous l’aurez compris, Louvain-La-Neuve a comme première vocation d’être une ville universitaire. Mais avec le temps des « vrais gens » s’y sont installés pour de bon. Et oui, on naît, on vit et on meurt à LLN comme partout ailleurs (même si, il faut l’avouer, la plupart des gens n’y passent que quelques années.) Louvain-la-Neuve abrite une population d’environ 20 000 personnes, dont 10 970 domiciliés et plus de 9 000 résidents non permanents, essentiellement des étudiants. Pendant la journée, 45000 personnes foulent les pavés néolouvanistes.

Quand tu essayes d’expliquer aux gens que des vraies familles y habitent aussi

Place aux piétons

Ce qui est drôlement cool c’est que les voitures ne peuvent pas circuler dans la ville. Il y a plein de parkings souterrains, mais la plupart des gens arrivent en train. Et même que tu finis par reconnaître les mêmes têtes à force d’attendre ta correspondance à Ottignies (la grosse gare des environs). Les vendredis et les dimanches, on voit défiler des tonnes d’étudiants armés de leurs gros sacs de linges qu’ils ramènent chez papa-maman.

La ville labyrinthe

Louvain-la-Neuve est un exemple architectural tout à fait unique en Belgique. Avant la construction de la ville en 1970, le site ne comptait que quelques fermes, le reste c’était surtout des terrains couverts de champs de betteraves et de marécages. Le centre urbain est construit sur une gigantesque dalle de béton qui supporte les bâtiments et les rues piétonnes remplies de passages secrets. En dessous de cette dalle se trouvent les parkings et les artères pour automobiles. Cinq quartiers principaux s’articulent autour du centre urbain : le Biéreau, Lauzelle, l’Hocaille, les Bruyères et la Baraque. À la Baraque, on trouve des vieilles maisons historiques et des roulottes. Ce quartier plus alternatif a refusé la programmation urbaine imposée par l’université. (Moi, j’aime bien la Baraque).

La guindaille

En septembre 2000, j’avais 12 ans et je portais un sac à dos trop grand… Ma toute première image de la ville a été trois étudiants titubant et vomissant leur vie au coin d’une rue. *ByeByeMonJoliMondeDel’Enfance*

Définition : – Guindaille est un belgicisme qui est utilisé pour désigner diverses activités festives dont le point commun est la consommation de bière et les chants paillards. – Voilà. Très chic, n’est-ce pas? En vrai, c’est très drôle. Pour bien guindailler, il faut avoir une bonne tenue : un vieux jeans qu’on remet à chaque soirée (à force d’avoir été arrosé de toutes les substances possibles (il devient complètement cartonné), des vieilles baskets et le pull de cercle. (Les cercles sont des sortes de confréries. Chaque cercle a son propre folklore, sa propre salle où il organise les fameuses guindailles et son jour attitré de festivité.)

Les baptêmes

On continue dans l’univers bière/vomi/pipi. Le baptême, c’est une sorte de cérémonie initiatique qui permet au nouvel étudiant (le bleu) de se faire baptiser pour devenir membre d’un cercle. Pour ce faire, il y a une série d’épreuves plus ou moins humiliantes à réaliser et beaucoup BEAUCOUP de bières à affoner (encore un mot belge! ça signifie boire d’un seul coup). Il y a aussi le charmant « gueule en terre », qui revient comme son nom l’indique à coller son doux visage sur le sol. Adoré par certains, détesté par d’autres, le baptême fait polémique à chaque rentrée académique. Il n’est bien sûr pas obligatoire et on peut très bien vivre son cursus universitaire sans être baptisé. Perso, ce n’est pas mon truc de me faire hurler dessus et de vomir mes tripes, mais j’ai plein de potes qui l’ont fait et qui en parlent encore, les étoiles plein les yeux. Bref, chacun fait ce qu’il veut.

Les jeunes cools

Bon, moi j’ai quitté LLN en 2007 donc ça date un peu, mais de mon temps, il y avait plus de baba cool au mètre carré à LLN que dans n’importe quelle ville belge. Et j’en faisais partie. (Oui, j’ai même eu quelques rastas, mais ça va j’étais jeune, ça compte pas.) On zonait près de la maison des jeunes qui a d’ailleurs été détruite pour accueillir la construction du musée Hergé. On fumait des joints en parlant de Bush et de l’Irak (je ne connaissais pas encore grand-chose au Proche-Orient, mais je me sentais très engagée). Aussi, en 2005, on a manifesté contre la construction du centre commercial « l’esplanade » et l’aménagement de la rue Charlemagne. Mais nos cris n’ont pas servi à grand-chose et la ville a changé de visage pour devenir un lieu de commerce en noyant au passage les petits magasins indépendants.

Le lac

Le lac de LLN, c’est toute une histoire. Les sportifs en ont fait leur place-to-be , les hippies (encore eux) y jonglent autour d’un feu et les autres y prennent l’apéro. Les pires murges de ma vie ont eu lieu autour de ce lac. Aujourd’hui, rien qu’à y penser, je sens la vodka remonter. (Une murge = une brosse). Mais le lac c’est aussi l’une des faces bien glauques de la ville, il y a régulièrement des accidents mortels, ouais, c’est directement moins marrant.

La vie en kot

Encore un nouveau mot de vocabulaire… Un kot est une collocation, mais spécialement conçue pour des étudiants. Le confort y est parfois sommaire. Il arrive que les étudiants vivent à dix (ou plus) dans un kot. Chacun a sa chambre et les kokoteurs partagent une cuisine et une salle de bain. Pour beaucoup « les années kot » restent les plus belles années de leur vie. Particularité de LLN, les kots à projets, les Kap. Ce sont des logements communautaires dans lesquels vivent huit à vingt étudiants motivés par un projet ciblé (culturel, sportif, humanitaire…) leur tenant à cœur. Tout au long de l’année académique, l’association poursuit son but. C’est une super école de la vie.

Les bonnes (vieilles) adresses

– L’adolphinus. Un marchand de bonbons qui n’existe plus depuis des années. Il se situait juste à côté de la gare. 3 pains au chocolat + 1 gratuit = fournisseur officiel de glucose pour nos corps adolescents.

– Le goldway. Un fast food gras et crasseux (mais paraît qu’il a été rénové). Quand on était ado, on passait nos midis au milieu des effluves de frites en regardant des clips nazes sur MTV. Le bonheur, le vrai. Pour les étudiants, depuis des années, c’est le rendez-vous de fin de soirée pour se mettre une bonne brique dans le ventre après les 20 bières affonées. Burp.

– Le nulle part ailleurs. Un vrai bon restau avec des aliments qui font pas mal au ventre.

– Le brasse temps. Une micro-brasserie cool et sympa. On y déguste notamment  la bien connue Cuvée des Trolls.

La ferme du biereau. Un espace culturel de qualité qui se bat au quotidien pour proposer une belle programmation. En plus, le cadre est canon. Gros like.

Voilà, Louvain-la-Neuve c’est tout ça et même beaucoup plus. En écrivant, ce billet, j’ai eu droit à pas mal de madeleines de Proust, ça m’a fait des trucs bizarres dans le ventre puis dans le cœur. Big Up aux potos avec qui j’ai traversé ces folles années.

1348 reprezent !

Voici LA chanson qui clôture toutes les soirées, c’est véritablement l’hymne de la ville. Un clip du Kap Signes. Les images reflètent plutôt bien l’ambiance de la ville, aaaah nostalgie quand tu nous tiens.

Pour découvrir une autre ville de la semaine: « Ville de la semaine: Drummondville ».

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