El Alvi

Je ne suis personne

Je me réveille toujours vers 7:30. Je ferme mon alarme, je me lève, je me tire une pisse. Je me pèse, j’ai pris 5 livres de masse. Fuck yeah! J’ai encore une bonne bédaine, mais mes bras grossissent pas pire. Les femmes aiment toutes ça la chair anyways, pas les petits maigrelets. Je sors de la salle de bain, mais je déjeune pas tout de suite, je vais me prendre un petit Tim avant la shop.

Je m’habille. J’me casse jamais vraiment la tête pour ça. Un t-shirt de la shop, des jeans pis ma calotte DeWalt avec la palette curvée. Ça fait des années que j’porte la même, mais j’ai pas vraiment le goût d’en acheter une autre, elle fait la job. Ça arrive que j’porte une belle chemise du Pentagone quand j’vais sur une date avec une petite, un beau carotté turquoise, quelque chose de tape à l’oeil pour l’impressionner un peu, avec un peu de parfum. Mais à part ça, j’garde ça ben simple, le linge de job.

J’ouvre la télé pour regarder Salut, Bonjour! avant de partir avec un petit café instantané. Ils parlent de Gabriel Nadeau-Dubois. Le tabarnak. Si tu me donnais juste quelques heures avec c’te maudit gauchiste là, ce serait le supplice de la goutte d’eau. Oh non, misère. Là c’est Xavier Dolan. Lui j’suis juste pas capable. Un autre tartiste subventionné qui fait des films pas écoutables que personne va voir, tout ça avec MES taxes. Lui pis sa gang de BS deluxe peuvent ben aller s’étouffer à Cannes. Bon, ENFIN quelqu’un qui a de l’allure. IMA. Elle je l’aime. Une chanteuse qui chante des bonnes tounes qu’on connait. Que sera sera, Laisse-moi t’aimer, ça c’est de la bonne toune classique. D’habitude, j’aime mieux du Pantera ou du Black Sabbath, du rock comme à l’émission de Babu, mais elle je l’aime ben dans son genre.

Toute sauf de l’esti de musique triste de hipster du plateau.

En plus IMA, est chaude que l’crisse. Un vrai cul de championne.

Je sors de mon bungalow de Lévis et j’embarque dans mon pick-up. J’ai de la misère à le partir à cause du froid, température ressentie -31 ce matin, au mois de mars. De quoi mettre ça dans la pipe des petits enverdeurs qui nous cassent les oreilles avec le maudit réchauffement de la planète…

Bon. Je réussis à le partir. La radio est déjà au 98,1. C’est Carl Monette à l’émission du matin de CHOI FM. Lui je l’aime ben, il dit les vraies affaires comme qu’elles sont. Récemment, il s’est fait suspendre une journée parce qu’il avait dit quelque chose de supposément sexiste. M’as te dire, c’est de la bullshit. Y’a dit que les femmes étaient meilleures que les hommes dans le ménage. Comme je disais, il dit les vraies affaires. Ma mère a fait le ménage toute sa vie chez nous, pis mon père, lui, il travaillait.

C’est de même que c’est, les femmes sont bonnes dans des affaires pis les hommes dans d’autres affaires. Tu peux pas changer la nature.

Pis Carl Monette, lui, se fait suspendre parce qu’il en parle. Gang de tout croches du câlice.

Là il parle de la grève étudiante. Les sales. Gang de petits chialeux avec la couche pleine. Pendant que moi je me fends le cul à travailler pour payer leurs études, eux autres y se payent des belles petites vacances en allant se plaindre devant le Parlement. Ils peuvent toute crever tant qu’à moé. Pis la petite qui s’est fait tirer du gaz fumigène à bout portant dans la face par un policier, c’est ça que tu récoltes quand tu fais chier le monde. C’est drôle, MOI, je me suis pas fait tirer dans la face ce jour là parce que MOI, j’étais en train de travailler pour mon argent. Pis j’sais même pas pourquoi ils chialent de toute façon. Couillard est pas si pire comme gars, y’est solide. C’pas Harper, mais y’est sharp. Quand c’était la crisse de Marois par exemple, elle là… à peut ben être du bord des étudiants. On est en train de devenir une belle république de bananes. Les grèves, les syndicats, les enverdeurs, PU CAPABLE. J’suis à veille de déménager en Alberta. Là bas au moins, ils ont de la job dans le pétrole. C’est là qu’il est le gros cash.

C’pas en voyageant en écolobus qu’on va aller quelque part certain.

J’arrête au Tim à la commande à l’auto. Je demande un ordre de toasts pain blanc avec du creton, un grand café 2-2 pis une roussette. Je fais un clin d’oeil à la petite caissière, est cute. Elle ressemble un peu à chose Vanasse, la petite qui est rendue dans les séries américaines là. Elle, elle a comprit où est-ce qui est le vrai cash. C’pas en jouant dans des petits films québécois indépendants de marde que ça devient payant…

J’arrive à la shop. Je punch, je vais dire salut aux gars dans l’atelier de peinture. Ils sont en train de te faire une maudite belle job sur une Harley. Moi j’ai choisi la soudure, parce que mon père faisait ça. J’ai toujours trippé sur les courses de char, mon rêve c’était d’être Jacques Villeneuve quand j’étais jeune. J’suis pas un conducteur de la mort, j’ai vite laissé tomber le projet.

L’heure du lunch. On s’est callé une pizz aux côtes levées du Normandin, faisait longtemps. Esti qu’est s’a coche. Moi pis les gars on jase de VTT, pis de mini-putt. On a hâte en s’il-vous-plait que l’été revienne pour ça. Pour moi, la vraie vie, c’est ça. Une journée de VTT, une bonne petite bière froide pis une bonne petite game de mini-putt entre bons chums. Je demande pas ben plus que ça pour être heureux honnêtement. À part peut-être une bonne femme pour laver mes bas pis salir mes draps, hehehe. Mon oncle me disait toujours: “Fais pas comme moi, choisis une femme belle et cochonne.” Y’avait toujours des bons conseils. Le shift recommence, j’me branle dans les toilettes en checkant un Summum avant de recommencer. Je fais ça de temps en temps, je fais semblant d’aller chier pis j’me passe un well’ en regardant des pitounes. Ça me détend pis j’suis relax pour le reste de la journée.

Shift enfin fini. Une bonne journée productive, comme je les aime.

Je m’en vais au gym, question de faire un peu de bench pis travailler mes triceps. Je me check dans le miroir en le faisant, je m’en viens pas pire pantoute. Je finis et je me lave, faut que j’me grouille parce que j’ai une date ce soir.

J’me suis fait matcher, j’haïs ça pour mourir d’habitude, mais j’fais confiance à mon chum Yan. C’est une amie de sa blonde, y parait qu’elle a de l’allure pas mal. Elle enseigne le droit au cégep et elle est avocate à temps partiel aussi, elle a une bonne job pis une tête sur les épaules. Ça fait longtemps que j’suis célibataire, me semble qu’y serait temps de me caser avec une belle petite. Du cul régulier chaque semaine et quelqu’un pour faire mes lunchs ce serait pas pire.

Je l’ai invitée au Savini, pour moi c’est le top des restos de Québec, sur la Grande-Allée. L’animateur Sylvain Bouchard du FM 93 mange tout le temps là, y connait son affaire lui. D’la bonne bouffe italienne pis une pas pire ambiance. Une place ben sharp. J’ai mis ma chemise carottée turquoise, pis j’ai fait un effort, j’me suis mis un peu de gel dans les cheveux.

J’ai même mis mes souliers propres blancs pointus.

Quand elle arrive, je suis déjà assis. Elle est cute. Elle manque un peu de formes à mon goût, mais est pas pire pareil. Je me lève et j’y donne 2 becs, je tire sa chaise. Les femmes aiment ça les hommes galants, mais pas trop et pas trop souvent, sinon ça fait un peu homme rose. On commande du vin, je le choisis, même si j’connais rien là dedans. Les femmes aiment ça être prises en charge. On jase un peu. Elle me parle de sa job, de ses projets, ses passions, elle commence à me parler de littérature, de poésie, de féminisme, ouf. Elle me parle de Gaston Miron, de groupes folk quétaines, de ses convictions politiques progressistes, d’à quel point elle méprise la position du Canada sur la question environnementale, ayoye, un peu rushante la fille.

Si j’voulais une date avec Manon Massé, j’me ferais pousser une plotte pis une moustache.

Le souper devient long en esti. Elle semble pas trop intéressée par ce que je dis, pis tout ce qu’elle dit maintenant lui donne l’air d’une féministe enragée. Je demande la facture, je paye, je lui dis adieu et je décâlice. J’vais te dire que Yan va entendre parler de moi sur un esti de temps demain matin, me matcher avec une folle de même…

Je reviens chez moi, y’est juste 9h30. J’vais me mettre un petit film avant de me coucher. Le Transporteur 2 avec Jason Statham. Je le check en mangeant un chip sel et vinaigre. Je check mon film en grignottant, pis j’suis ben. Je ne pense à rien. Je suis juste ben. J’ai pas besoin de remettre quoi que ce soit en question. Jamais.

Mes affaires. Mon truck. Ma moto. Ma maison. Mes économies. Mes muscles. Mes taxes. Mon Summum. Mon mini-putt. Mes chums. Mes films. Mon cul. Ma bière. Mon Tim.

Je suis confortablement engourdi, installé dans mes certitudes, comme dans un énorme Lay-Z-Boy duquel je n’ai aucunement envie de me lever. Pas question de m’étirer pour aller chercher la manette, le film de la vie est devant mes yeux, et c’est exactement ce que je veux voir. Un film dans lequel je ne suis qu’un figurant méconnu et sans aucune envergure, parce que mon petit confort serait mis en danger si je prenais le risque d’être un peu plus grand que ce que je suis. Aucune chance que je prenne le moindre risque.

Je ne suis rien. Je n’ai pas de visage.

Je ne suis personne.

Et c’est ben correct de même.

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