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Pour voyager, il y en a qui paient le gros prix, quitte à s’endetter, et d’autres qui ne le font jamais, faute de budget. Et puis, il y a un troisième groupe, légèrement obsédé par les tableaux Excel, qui transforme l’achat d’une piscine creusée en voyage presque gratuit. Voici le pouvoir du travel hacking.
Le principe ? Utiliser des cartes de crédit à points de manière stratégique pour réduire, parfois considérablement, les coûts associés au fait de voyager. Billets d’avion, nuits d’hôtel, assurances voyage, frais de conversion : parfois, presque la totalité de ces frais, peut être couverte grâce aux points accumulés avec des dépenses du quotidien.
« Ce n’est pas une raison pour dépenser plus. C’est une façon de faire travailler l’argent qu’on dépense déjà », résume Léa Nadeau, 37 ans, fondatrice du blogue Sparks and Bloom et créatrice de contenu. Avec son conjoint, elle pratique le travel hacking depuis une dizaine d’années. Entre 2019 et 2020, ils ont fait le tour du monde en compagnie de leurs deux enfants, profitant notamment de 30 nuits d’hôtel gratuites. Nouvelle-Zélande, Asie, États-Unis : des établissements qu’ils ne se seraient « pas nécessairement payés autrement ».
Au cœur de la stratégie : les primes de bienvenue des cartes. Lorsqu’on s’inscrit à une carte de crédit, certaines offres de bienvenue permettent d’obtenir un volume important de points en échange d’un seuil de dépenses dans un délai donné, par exemple, 80 000 points pour 6 000 $ dépensés en six mois. Des montants à dépenser qui peuvent sembler élevés, jusqu’à ce qu’il y ait une piscine à installer.
« On faisait concorder nos grosses dépenses avec les ouvertures de carte. La piscine allait nous coûter 10 000 $, on s’est assuré que ça coïncide avec une nouvelle carte. Au final, ça nous a coûté moins cher en points convertis, et ce sont des nuits d’hôtel qu’on n’a pas eu à payer. »
Audrey-Rose Rivest-Audy, stratège numérique de 34 ans, a commencé différemment. En pleine pandémie, sans grosses dépenses prévues, elle s’est tournée vers ses achats quotidiens pour faire fructifier ses points. Elle gère aujourd’hui six cartes de crédit, choisissant systématiquement la plus avantageuse selon le type d’achat, et met à jour un tableau Excel chaque mois.
« Au moins un vol sur deux, je ne le paie pas. » Son dernier exemple : un week-end improvisé à Paris en décembre. « L’hôtel et le vol étaient chers. J’ai presque tout remboursé avec mes points. Autrement, ça m’aurait été impossible à ce temps-là de l’année. »
Le travel hacking peut donner l’impression d’un système gagnant à tous les coups, mais évidemment, il ne l’est pas.
Les deux adeptes insistent sur le même point d’entrée : bien gérer ses dépenses. Les primes de bienvenue exigent d’atteindre des seuils précis dans des délais serrés. Trop peu de dépenses, le bonus est perdu. Trop d’enthousiasme, et le risque de surconsommation augmente, jusqu’à ne faire aucun gain, voire carrément s’endetter.
« Est-ce que je suis assez responsable pour gérer une carte de plus ? » Voilà la question qu’Audrey-Rose pose à quiconque veut se lancer et qui est, à ses yeux, fondamentale. Même prudence du côté de Léa : « Le message n’a jamais été de remplir des cartes de crédit sans avoir l’argent. Surtout pas. »
Il faut aussi s’assurer de définir ses objectifs avant même de choisir une carte. Que cherche-t-on à réduire? Les billets d’avion, les nuits d’hôtel ou les frais de conversion ? « Si tu préfères louer un Airbnb, ça ne sert à rien de prendre une carte qui donne des nuits d’hôtel gratuites », illustre Léa Nadeau.
Certaines cartes facturent des frais annuels qui peuvent aller de 120 à 800 $ par année. À cela s’ajoutent les oublis de résiliation après un bonus, ou les intérêts accumulés si le solde n’est pas payé en totalité. Dans ces cas-là, les calculs basculent vite et ne sont rentables que si les points ont été utilisés.
« C’est un peu comme un jeu et les institutions bancaires le savent », dit Audrey-Rose. Si vous ne connaissez pas vos habitudes de consommation sur le bout des doigts, vous risquez de jouer… et de perdre.
Les deux femmes s’entendent sur un point : se limiter à une seule carte pour commencer.
Il existe des sites comparateurs de cartes de crédit comme Milesopedia, référence québécoise en la matière, qui permettent de s’y retrouver. « Les points ne sont pas une raison de dépenser », rappelle Audrey Voisine, vice-présidente chez Milesopédia. « Il faut de la discipline et une stratégie. Mais toute personne qui s’y intéresse apprend, au fil du temps, à mieux suivre ses dépenses, et à faire des économies. »
Peu importe la carte choisie, une règle demeure non négociable : payer son solde chaque mois, sans exception. « C’est de la discipline », résume Audrey-Rose. « Mais c’est de la discipline payante. »
Finalement, le travel hacking repose sur une réorganisation de ce qu’on dépense déjà. À condition de bien se connaître et de rester en contrôle, bien sûr.
« On a tous des dépenses obligatoires. Tant qu’à les faire, autant les faire travailler », résume Léa Nadeau.