Vouloir crisser son camp tout le temps

J’ai toujours envie de crisser mon camp. Pas juste dans le sens de: «J’aimerais tellement m’en aller de Montréal, si seulement je pouvais donc gagner une croisière». Pas non plus dans le sens de l’éternel voyageur qui se plait à revenir à Montréal seulement pour mieux planifier son prochain trip outremer.

Pour moi, c’est différent. Quand je dis que j’ai envie de crisser mon camp, tout est dans l’idée: rien dans la réalisation. C’est systématique, à chaque fois que je me retrouve avec quelques jours libres à l’agenda, je commence à aller browser sur Expédia. C’est ainsi que j’ai découvert que «last minute deals» ça ne veut pas dire des deals de dernière minute pour partir DEMAIN, non, ça veut dire partir dans deux, trois semaines. Il faut croire que j’ai le «last minute» vraiment très dernière minute.

Quand je vivais la vie de bureau 9 à 5 du lundi au vendredi, c’était toujours la même histoire: dès qu’on avait un weekend de trois jours, je déclarais haut et fort que «je crissais mon camp à New York». En vérité, c’est arrivé peut-être trois fois en deux ans. Pourtant, chaque vendredi après-midi précédant une longue fin de semaine, je googlais frénétiquement le prix des vols en direction LGA, JFK, ou EWR. J’appelais au Discount pour savoir combien il m’en couterait louer un rutilant bolide. Je vérifiais sur le site web de Via Rail le prix d’un aller-retour Montréal-Penn Station.

C’est comme si la venue de quelques jours de congé m’obligeait à sortir de la ville. Mon cerveau se met automatiquement en mode de recherche frénétique pour trouver un plan pas cher et semi-réalisable. Le trois quart du temps, je finis par rester bien tranquille à Montréal à manger des toasts au beurre de peanut en regardant The Mindy Project, comme c’est d’ailleurs le cas cette semaine: je me suis retrouvée avec quatre jours de congé et zéro plan. Après avoir exploré en profondeur Expedia.ca et Amtrak.com, j’ai cherché des compagnons impulsifs-voyageurs via un status Facebook: «HEY GUYS, qui veut venir voir les palmiers à Las Vegas la semaine prochaine, j’ai du temps, j’ai de l’argent, et j’ai surtout vraiment envie de crisser mon camp!»

J’ai obtenu quelques réponses, mais rien de sérieux: des gens comme moi qui sont grands parleurs et petits faiseurs, côté plans de voyage. J’ai finalement abandonné et je suis retournée à Netflix. Le lendemain, j’étais encore habitée par l’envie de tout laisser tomber pour partir avec mon bagage à main vers un monde meilleur où les palmiers abondent. Mon inbox Facebook comportait quelques messages d’amis curieux, se demandant: «Pis, t’es-tu partie finalement?» En me faisant un pichet de café, je répondais: «Ouais, peut-être pas finalement, je checke encore» même si la réalité m’explosait dans la face: si j’avais vraiment voulu partir, ce n’était pas dans ma cuisine que j’aurais dû être, mais bien les deux fesses assises dans le chic autobus 747 me menant à YUL. Mais bon, je suis un peu bonne actrice, je suis même bonne pour me convaincre moi-même, alors jusqu’à la dernière minute j’aime bien me dire que oui, peut-être, sans doute, plus tard, tantôt, je vais crisser mon camp.

J’ai ouvert Google Maps et je me suis promenée. Je suis allée voir le Château Marmont; belle place, pareil. Je suis allée voir le Flamingo Hotel à Vegas; c’est donc beau les néons sous le soleil, quand même, hein. Je suis allée faire un petit tour de 360 degrés de clics à Coney Island; une ben belle place aussi. J’ai regardé l’heure. J’étais définitivement encore pognée à Montréal, malgré mon escapade touristique à l’intérieur de ma propre tête.

Je ne sais pas pourquoi ça finit toujours comme ça, mes idées de voyages piquent du nez dans la réalité. En fait, oui, je sais pourquoi: un voyage, ça se planifie. Ça demande de la préparation, que ce soit pour louer des chambres d’hôtel, pour réserver des billets d’avion/d’autobus/de train pas chers, pour déterminer quels musées/restaurants/quartiers on va visiter. C’est sûr que c’est attirant, l’idée d’un voyage de dernière minute. Je pense qu’on est plusieurs à rêver de YOLO et d’impulsivité belle comme un film hollywoodien. Mais dans les faits, c’est toujours mieux de s’organiser. Et il y a aussi le côté financier à considérer: à moins d’avoir un compte de banque sans fond, il faut se faire un budget de voyage.

Lundi matin, je reviens au travail, la tête encore hantée par des plans de voyages imaginaires. Une collègue me demande: «Hey, au fait, es-tu partie à Las Vegas finalement?» Je lui réponds que oui, que c’était ma-la-de, super beau: particulièrement les palmiers et le reflet du soleil dans la caméra de Google Street View.

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