.jpg.webp)
Le web est bien habile pour nous faire croire que notre tout-petit a un problème qui se réglera facilement en lisant un article. Ces temps-ci, la mode est au strong-willed child : l’enfant à la tête dure. Plus qu’une simple passe, certains articles affirment que ce phénomène s’observe autant chez les tout-petits que les ados !
L’expression « strong-willed child » a fait son apparition en 1978, dans la première édition du livre The Strong-Willed Child : Birth Through Adolescence du très chrétien Dr James Dobson. Ce dernier préconisait allègrement amour, contrôle et fessée pour élever un enfant au fort tempérament. En 2004, le livre a été réédité sous le titre The New Strong-Willed Child (avec quelques claques aux fesses en moins), et s’en sont suivi une importante offre de programmes en cinq semaines, d’ateliers et de publications spécialisées visant à aider le pauvre parent d’enfant tannant.
Mais c’est quoi, un strong-willed child, au juste? Voici comment il est décrit par l’un de ces supposés experts :
En lisant ça, je me remémore des crises de bacon de mon trois ans après qu’on ait refusé qu’il saute sur sa petite sœur, ou le nombre de fois qu’on doit lui répéter de ranger ses livres avant qu’il daigne tendre l’oreille. Alors, ai-je moi-même un strong-willed child ? À l’aide !
Le strong-willed child, ou l’enfant à forte volonté, « c’est une espèce de nouveau terme pour nommer quelque chose qui existe déjà », estime le Dr Benoît Hammarrenger, Ph. D., neuropsychologue spécialisé notamment en enseignement de méthodes parentales pour gérer les comportements d’opposition chez les enfants.
« Quand je vois passer de nouveaux termes un peu construits, comme strong-willed, je trouve qu’il y a une forme de marketing derrière ça qui sert à attraper le parent qui se dit : “Ah, c’est peut-être ça qu’il a mon enfant. »
Au fond, le strong-willed child est comme un sac fourre-tout dans lequel on garroche divers aspects de l’enfant opposant.
Toujours selon le Dr Hammarrenger, la réalité est beaucoup plus complexe. Les comportements d’opposition envers les parents peuvent être une manifestation de ce que l’enfant vit à l’intérieur : de l’intimidation à l’école, des problèmes académiques, des parents qui se séparent.
« L’enfant aura beaucoup plus tendance à être dans des comportements négatifs ou difficiles parce qu’il n’a pas la maturité pour gérer ces émotions-là », explique le neuropsychologue.
On peut aussi être face à un enfant impulsif qui a un trouble de l’attention et qui peine à filtrer ses réactions, par exemple lorsqu’il a très envie d’une boîte de Smarties pour déjeuner. « Là, l’émotion explose parce qu’il n’a pas de filtre, expose le Dr Hammarrenger. C’est très momentané, et ensuite, il le regrette. »
Sinon, on a le classique trouble de l’opposition.
« C’est un enfant qui, de naissance, a tendance à vouloir s’opposer et à vouloir contrôler, indique notre spécialiste. On peut le voir comme un trait de personnalité. »
Dans ce cas-là, l’enfant veut généralement prendre ses décisions lui-même plutôt que de vouloir plaire au parent à tout prix. Avec ces enfants-là, le renforcement positif de type : « Bravo, maman est fière de toi, mon grand ! » fonctionne moins bien, parce que l’enfant ne recherche pas la reconnaissance, mais plutôt un contrôle de sa situation.
Bien sûr, certains enfants ont de graves troubles de l’opposition, des difficultés d’apprentissage ou de comportement ou encore un trouble de déficit de l’attention/hyperactivité (TDAH). Si on sent en tant que parent que les conflits sont trop fréquents et qu’on perd souvent le contrôle, on peut consulter auprès d’un médecin de famille ou d’un expert du domaine.
Sachez toutefois que tous les enfants passent par une phase naturelle d’opposition, connue généralement sous les termes de terrible two ou de fucking four. Le Dr Hammarrenger nous apprend toutefois qu’il s’agit de la même phase et qu’il n’y a pas nécessairement d’apaisement à trois ans.
Si cette phase de la petite enfance peut être désagréable ー par exemple quand on essuie une crise monumentale parce qu’on a refusé que notre petit goûte à un ver de terre ー, elle a un but précis et utile : créer l’autonomie.
Alors, attachez-vous, les parents, ça ne finit pas à quatre ans : « Le même gain d’autonomie doit survenir à l’adolescence », prévient le Dr Hammarrenger. Yé.
Il n’existe pas de solution facile, sinon tous nos problèmes parentaux pourraient se régler grâce à des articles sur le web ! Cependant, le spécialiste en neuropsychologie a un truc pour nous aider à gérer l’enfant à tête dure.
Il s’agit d’éviter d’argumenter ou d’expliquer nos demandes, ce qui aurait pour résultat de « mettre des bûches dans le foyer », illustre le Dr Hammarrenger.
Quand on demande à notre enfant de se brosser les dents, et qu’il refuse parce qu’il n’a pas fini de faire rentrer de la pâte à modeler dans son bloc Lego, mieux vaut réitérer calmement notre demande plutôt que de l’expliquer en disant qu’il risque d’avoir des caries s’il ne se brosse pas les dents.
« Ça paraît comme une bonne explication pour le parent, logique, et basée sur de la bonne volonté, mais on vient de mettre une bûche dans le foyer, met en garde le neuropsychologue. On vient de mettre quelque chose de nouveau contre quoi s’opposer. »
Le bon moment pour expliquer les pourquoi de nos demandes à l’enfant, ce n’est pas quand il s’oppose à celles-ci, mais bien le lendemain, quand on déjeune tranquillement.
« Là, on peut revenir et jaser, indique le neuropsychologue. On peut expliquer pourquoi c’est important de brosser ses dents. On peut trouver ce qu’on pourrait faire pour ne pas être en chicane le soir, quand c’est l’heure d’aller se coucher. »
« La réalité, c’est que ce qui fait vraiment du bien, quand on vit quelque chose, c’est de se sentir entendu et compris, souligne le Dr Hammarrenger. Beaucoup plus que d’avoir une résolution, en fait ! »
Au final, est-ce qu’on a besoin de programmes qui coûtent cher pour nous aider à gérer note strong-willed child ? Pas vraiment.
D’abord, parce que ce terme n’est pas un diagnostic scientifique, mais plutôt une étiquette large qui mélange plusieurs réalités : une phase normale d’opposition, un tempérament plus affirmé ou, parfois, des difficultés qui méritent d’être évaluées.
Oui, certains enfants ont un caractère plus intense ou plus opposant. Mais ça ne veut pas dire qu’ils entrent dans une catégorie magique inventée par Internet.
Si les conflits deviennent trop fréquents ou trop difficiles à gérer, le mieux reste d’en parler à un professionnel. Notre (précieux) argent risque d’être mieux investi là qu’avec une coach Instagram.
Tous les jeudis, Mollo vous envoie une infolettre remplie de contenus informatifs, amusants et décomplexants remplie de contenus inclusifs et instructifs qui devraient vous aider à prendre votre parentalité à la légère… et au sérieux en même temps. Abonnez-vous juste ici!