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Pendant plus de 2 ans, j’ai occupé un poste permanent dans une agence marketing qui a malheureusement fermé ses portes en décembre 2025. Quand j’ai appris la nouvelle, mon réflexe a été de me trouver un autre emploi temps plein. Sauf que trouver une job en décembre… bonne chance.
Donc, j’ai mis en place une solution temporaire : je me suis tournée vers mon side hustle en tant que graphiste et illustratrice, que j’exerçais en parallèle depuis 5 ans. J’ai pris plus de contrats qu’à mon habitude pour combler mes heures et mon salaire. Puisque j’avais déjà une base de clients fiables et que le bouche-à-oreille fait bien les choses, je me suis rapidement retrouvée travailleuse autonome à temps plein.
Si vivre de son art peut paraître un véritable rêve devenu réalité, la vérité, c’est que mon syndrome d’imposteur a rapidement pris le dessus.
En réalité, c’est vraiment difficile de travailler à son compte, surtout quand on est seul. Cette montagne russe, entre fierté professionnelle et insécurité financière, m’a beaucoup appris, autant sur la réalité d’être entrepreneure que sur moi-même.
C’est en parlant avec ma communauté en ligne que j’ai réalisé que je ne suis pas la seule à vivre ça. Voici donc 4 choses que j’ai apprises (souvent un peu à la dure) lors de mes premiers mois comme travailleuse autonome à temps plein.
J’ai toujours eu le réflexe de fixer mes taux de pigiste pour que ça s’additionne à l’équivalent d’un salaire annuel en agence. Mais ce calcul ne fonctionne pas du tout.
Comme travailleuse autonome, se verser un salaire, ça doit aussi tenir compte de tous les avantages d’une personne salariée. Il faut penser à tout : les vacances, les assurances, le matériel, l’espace de travail, le temps non facturable… En résumé, tous les éléments que je ne prenais pas en compte lorsque j’étais employée.
J’ai dû faire beaucoup plus de recherches pour comprendre où me situer là-dedans. Et aussi accepter que, oui, mon travail vaut ce prix-là.
Avec le temps, j’ai réalisé que fixer ses prix n’est pas seulement une décision personnelle. Nos tarifs contribuent aussi à définir un standard. Lorsqu’ils sont trop bas, ils influencent les attentes des clients et rendent plus difficile, pour tout le monde, le maintien d’une valeur juste.
Travailler seule ne veut pas dire tout faire seule. Mon support, autant émotionnel que pratique, a été essentiel pour m’aider à trouver un rythme et une certaine rigueur.
Que ce soit pour des conseils en gestion, pour prêter l’oreille au chaos de mes remises en question, ou simplement des moments de co-télétravail, chaque personne de mon entourage joue un rôle important.
Il y a aussi toute la crédibilité que j’ai de la difficulté à m’accorder. Malgré les contrats et la stabilité, j’ai encore tendance à penser que vivre de mon art à temps plein, ce n’est pas vraiment « viable ». Les encouragements et les constats plus rationnels de mon entourage m’aident à ramener un peu d’équilibre là-dedans.
J’ai rapidement compris que bien s’entourer, ce n’est pas un luxe. C’est une nécessité.
Même si j’avais déjà travaillé en mode hybride, je n’étais pas prête à la réalité de l’absence de séparation entre le travail et la vie personnelle. Quand tout se passe au même endroit, la ligne devient floue. Il m’est déjà arrivé de me lever et de répondre à un courriel directement de mon lit à 22h. Ça peut sembler anodin, voire efficace… mais je réalise de plus en plus que ces habitudes-là s’accumulent.
C’est un équilibre que j’essaie encore de saisir, mais une chose est claire : la discipline, ce n’est pas seulement au travail. C’est aussi savoir quand s’arrêter.
Avant mon départ de l’agence, on avait souvent des discussions sur la place que l’IA allait prendre dans notre industrie. La grande question qui revenait tout le temps : est-ce qu’on est remplaçable ? Avec le recul, je constate que j’ai non seulement sous-estimé l’impact de l’IA sur mon travail, j’ai aussi mal compris sa place.
Même si l’IA est capable d’exécuter certaines tâches, elle ne peut me remplacer à titre de graphiste. Il y a une différence entre produire quelque chose et comprendre un besoin, proposer une direction, créer avec intention.
Là où l’IA a vraiment changé mon quotidien, c’est ailleurs. Je la vois un peu comme un collègue qui prend en charge les tâches que j’avais tendance à repousser particulièrement tout ce qui est de nature administrative. Des tâches qui me ralentissaient, sans nécessairement nourrir ma créativité.
Aujourd’hui, l’IA fait partie intégrante de ma façon de travailler. Et ça, ça a été un gros changement de perspective pour moi : au lieu de percevoir l’IA comme une menace, c’est à moi de l’intégrer à mon travail comme ça me convient.
Je ne regrette aucunement mon choix de travailler à mon compte, mais c’est loin de ce qu’on voit sur Instagram. C’est un peu messy, un peu stressant, souvent confrontant… mais aussi vraiment gratifiant.
Il ne s’agit pas juste d’apprendre à travailler le soir. Être travailleuse autonome, c’est apprendre à composer avec un quotidien où travail, vie personnelle et même espace de vie finissent par se mélanger.
Le travail prend beaucoup plus d’espace mental que je ne l’aurais pensé. Comme je suis seule toute la journée, j’ai tendance à en parler constamment, même en dehors de mes heures, comme si je ne sortais jamais vraiment du mode « travail ». Je remarque aussi que tout finit par se mélanger dans la même liste de tâches du quotidien : laver la salle de bain, répondre à tel courriel, faire à souper, envoyer tel livrable… Tout se retrouve au même endroit, avec le même poids.