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Je me rappelle d’être dans le vide, le souffle coupé, un mélange de peur et de contemplation face à l’immensité qui m’entoure.
Les larmes coulent sur mes joues. J’entends ma voix intérieure me dire : « Wow, c’est pour ces moments-là que je vis. »
Quatre ans plus tôt, je n’aurais jamais cru me retrouver ici.
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Venant des Laurentides, j’ai passé ma vie dehors. Quand j’étais jeune, j’entendais sans cesse parler des grosses montagnes par les gens autour de moi. J’essayais de me les imaginer, mais je n’y arrivais pas. Ma seule référence, c’était les vieilles photos de voyage de mon père dans les Alpes. Dans ma tête, c’était presque un mythe. Comment quelque chose d’aussi grandiose pouvait-il être réel?
En 2019, à mes 18 ans, j’ai pris la décision de partir dans les Rocheuses canadiennes pour deux mois – qui se sont finalement transformés en trois ans. Je ressentais alors un fort désir de me découvrir seule, indépendante, dans un contexte où je n’avais aucun repère.
Je suis partie en avion, seule avec mon sac à dos. Là-bas, je louais une chambre dans une maison et je partageais un lit avec une amie, mon budget étant plutôt mince. Quelques mois plus tard, je déménageais dans un appartement avec mon copain de l’époque et notre petit chat, Luna.
J’ai été frappée par l’ampleur du paysage, par l’abondance. Les lacs et les rivières, d’un bleu que je n’avais jamais vu, accessibles en tout temps. Les sommets enneigés qui s’étendent à perte de vue, les champs de fleurs sauvages en été, les forêts denses qui semblent infinies. Les animaux sauvages que je n’avais pas l’habitude de croiser. Ici, j’étais sur leur territoire.
J’ai aussi été frappée par à quel point on est petit. Le ciel étoilé paraît encore plus immense quand aucune lumière ne l’obstrue. La grandeur des montagnes impressionne davantage quand on les voit en vrai. Impossible de ne pas tout prendre en photo. Cette beauté méritait de rester figée, d’être partagée. La photographie est rapidement devenue ma façon de retenir ces moments qui semblaient presque irréels.
Le rythme de vie des gens que j’ai croisé dans cet environnement était tellement plus doux, plus contemplatif. Ici, tout le monde est dehors. Ça inspire à sortir de sa zone de confort, à essayer de nouvelles choses.
Je ressentais une liberté que je n’avais jamais connue auparavant.
Je me sentais à la maison dans un endroit où je n’avais pourtant jamais mis les pieds.
C’était impossible de partir de d’ici. Je me sentais trop bien. Je me sentais moi-même. J’ai donc décidé d’y rester pour les prochaines années.
En habitant à proximité des montagnes, j’ai ressenti le besoin de connecter avec mon environnement autrement qu’en l’observant. J’avais envie de mieux les comprendre, alors je me suis lancée dans des sports qui la touchent. Ski, randonnée, alpinisme…
Mais l’escalade est ce qui m’a le plus interpellée.
Ça ne s’est pas fait d’un coup. Au travail, ce sont des ami.es qui m’en ont parlé. Je regardais tous les films d’aventure que je trouvais. J’allais souvent au magasin de sport à côté de chez moi me renseigner sur l’équipement.
Un an après mon arrivée, mes ami.es m’ont initié pour la première fois à l’escalade d’extérieur. Je me rappelle avoir été complètement déstabilisée, mais aussi émerveillée et fière de m’être surpassée et de pouvoir admirer une telle vue grâce à mon corps. J’avais hâte de recommencer.
Je me suis équipée et j’ai commencé à grimper chaque jour. Je travaillais en restauration le soir, donc j’avais le luxe de passer mes journées sur la montagne.
Avec le temps, ma vision pour ce sport a changé jusqu’à ce que je me rende à l’évidence : ce que j’aime, c’est l’aventure. Lorsque je grimpe, j’ai tendance à être difficile envers moi-même, à me comparer avec les autres ou avec une version de moi qui a déjà été plus « forte ». Tandis qu’en escalade d’aventure, je ne me mets aucune pression de performance ; ce qui compte, c’est l’expérience que je vis.
Être entourée de montagnes, l’impression d’être seule au monde, me procure un sentiment que je peine à décrire. Là-haut, ma marge d’erreur est mince et le risque omniprésent. Cette position m’oblige à être entièrement dans l’instant présent, ce qui rend le tout encore plus extraordinaire. Ça me pousse à me faire confiance, ce que je transpose dans ma vie de tous les jours. C’est fou comme on est capable de plus que ce qu’on croit.
Ce qui m’a marquée tout autant que l’escalade elle-même, c’est les gens qui gravitent autour de ce monde. Quand j’ai commencé ce sport en 2021, je n’aurais jamais pu imaginer qu’une telle communauté existait et qu’elle continuerait à me nourrir encore aujourd’hui.
Passer un été à grimper dans l’Ouest, c’est un peu comme partir en camp de vacances pour adultes.
On vit tellement de choses, on croise tellement de gens, on ressent tellement d’émotions. Le temps ralentit. Enfin, on peut profiter.
Il n’y a plus d’étiquette, plus de hiérarchie. Peu importe ce qu’on fait dans la vie, on dort tous dans nos voitures, on se douche tous au même gym, on se retrouve toujours aux mêmes endroits. Que vous soyez expert ou que vous grimpez pour la première fois, tant que vous avez eu du plaisir, les gens seront contents pour vous. Il n’y a pas de compétition de statut social, juste de l’humanité et un réel désir de connexion.
Aujourd’hui, cette passion m’a menée vers une vie que je n’aurais jamais pu imaginer à mes 18 ans. Une vie à suivre le rythme des saisons, entre les couleurs du Québec et les montagnes de l’Ouest.
Je continue de grimper, de partir à l’aventure, mais aussi de documenter ces moments à travers la photographie. Pour la grande nostalgique que je suis, la photo est une façon de garder en mémoire ce que je vis là-haut : les paysages, les plaisirs simples, les gens.
C’est aussi une façon de partager un peu de ce monde qui m’a tellement marquée. De continuer à suivre ma passion et de me fier à mon instinct.
Je ne sais pas exactement où tout ça me mènera, mais je sais pourquoi je continue de partir.
Pour cette sensation d’être exactement à la bonne place.
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Pendant quatre mois, on vit dans nos voitures. On est avec les mêmes personnes tous les jours, et on ne fait pas que grimper ensemble. On se fait des pancakes le matin avec les baies de saison qu’on vient de cueillir. On rit, on pleure, on danse, on se baigne dans les rivières, on prend le thé, on regarde les étoiles. On peut passer des heures à se raconter la journée de la veille — parce qu’en une seule journée, c’est comme si une semaine venait de s’écouler. C’est comme si on se connaissait depuis toujours.
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