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Visiter le Japon avec son fils de 18 ans, sans se ruiner (ni se taper sur les nerfs)

Mode d'emploi pour réussir l’impossible.

Par
Bénédicte Brocard
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Quand on dit que ce n’est pas tant la destination que le voyage qui compte, je confirme, c’est vrai.

Mon fils a eu 18 ans en septembre 2018. Il est l’ainé d’une famille de trois, de parents séparés, mais suffisamment en accord pour s’entendre sur un cadeau commun. En septembre 2018 mon fils demande pour ses 18 ans une contribution pour un voyage qu’il planifie de faire en Asie avec des amis durant les congés d’hiver. Il s’y prend tard pour l’organiser, le projet «capote», aucun ami n’est finalement prêt ou n’a de budget pour entreprendre un tel voyage en hiver.

«Maman, tu viendrais avec moi ?» Je ne suis pas quelqu’un de rapide en général dans mes décisions, j’aime peser le pour et le contre longtemps et être sûre de moi avant de répondre. Là, comment vous dire…, je n’ai évidemment pas réfléchi. Pas besoin de Dolto pour répondre à mon ado, c’était un «oui» d’emblée sans condition ou presque. Un « oui » sage, expression d’un youppi intérieur bien plus débridé.

Un étudiant et une mère séparée depuis peu, aucunement assurée de son avenir, photographe de surcroit… on était mal partis pour pointer le Japon comme destination de vacances, pays qui pour nous tous est synonyme de richesse, de capitalisme à l’extrême, de mégalopoles inaccessibles, de niveau de vie de fou, etc… Et pourtant, il y a un an exactement, j’embarquais dans un avion avec mon fils, direction Tokyo.

L’envie était claire, l’intérêt limpide, mais le projet n’allait pouvoir se faire qu’à une condition : ne pas dépenser plus que si on allait au fin fond du Vietnam, notre alternative initiale.

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L’envie était claire, l’intérêt limpide, mais le projet n’allait pouvoir se faire qu’à une condition : ne pas dépenser plus que si on allait au fin fond du Vietnam, notre alternative initiale. Il y a des moments dans la vie où rien ne peut plus vous arrêter, les avez-vous vécus ces moments-là ? Je vous le souhaite, car la conscience aiguë que ce moment est unique vous donne non seulement des ailes, mais aussi une énergie motrice qui enjolive votre vie le temps du projet. Moments merveilleux qui déclenchent chez vous un sourire banane sur le visage de jour, et de nuit, un sommeil facile, enfin retrouvé.

Mais il faut s’entendre sur tout. Où va-t-on dormir, combien de villes on va visiter, quel rythme va-t-on se donner sur place ? Comment concilier notre budget avec cette folle idée ? Cela donne lieu à des discussions, des recherches sans fin sur le web, à des échanges riches et constructifs. Enfin un projet concret, l’fun, que vous partagez juste à deux, qui vous rapproche et qui vaut de l’or.

Puis viennent les doutes. Va-t-on vraiment s’entendre pendant 18 jours ensemble? A-t-on assez de choses à se dire pour meubler nos diners, nos soupers, nos longues marches ? Trop tard pour réfléchir, les billets sont pris, on a liquidé les «miles» accumulés dans un compte familial qui se fermera quelques mois plus tard, tout cela pour faire un Montréal-Tokyo direct, merci Air Canada!

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Tokyo : Tokyo, ville foldingue, inaccessible. C’est cette idée que j’en avais avant de poser les pieds dans le quartier de Shibuya où nous avions réservé notre premier ‘hostel’. Arriver là, y être, se savoir arrivés au Japon. Une sensation tellement intense. Je l’ai fait, j’y suis, avec mon fils. Je capote !

La suite… les photos de voyage vous en donneront une idée, mais quelle image est capable d’illustrer à ce point le bonheur infini d’une mère aux yeux des autres ? Aucune. Et pour le budget? Voilà comment nous y sommes arrivés.

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La clef de la réussite #1 : réduire ses frais d’hébergement

Première bonne idée : suivre les conseils avisés de globe-trotteurs postés sur des forums internet avec les mots clefs «le japon sans se ruiner».

Motivés par l’idée de réduire notre budget durant ce voyage, nous avons d’emblée fait le choix de séjourner dans des auberges de jeunesse (Hostel). Oubliez toutefois vos souvenirs de séjour dans des auberges de jeunesse occidentales à la propreté douteuse. Ici certaines auberges sont organisées de façon à vous offrir une option «séjour 4 étoiles». Vous aurez souvent le choix entre un dortoir mixte ou non mixte, parfois dans des «lits-capsules» qui préservent ce petit je-ne-sais-quoi de vie privée, et d’autres types d’hébergements comme des chambres privées, à 2 ou 4 personnes, idéales pour des groupes et des familles.

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Ces auberges sont ouvertes à tous les âges : il ne sera pas rare d’y croiser des familles de 2, 3 ou 4 enfants, des couples des étudiants, des retraités globe-trotteurs, mais aussi de jeunes professionnels japonais que le travail pousse à rester en ville pour la nuit. C’est donc dans cette atmosphère très multigénérationnelle et multi culturelle que les «lobbys» s’animent de jour et de soir faisant le plaisir de ceux que l’anonymat des hôtels traditionnels rebute. Ici, comptez plutôt sur les petites soirées et sorties organisées au profit des voyageurs, la mise à disposition de vélos pour visiter la ville, des jeux de société et un personnel anglophone, disponibles, toujours là pour vous trouver des idées et vous donner des conseils sur mesure.

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Après Tokyo, nous avons décidé de séjourner 7 jours à Kyoto, de quoi prendre le temps de connaitre la ville, de la ressentir, à pied, à vélo, de s’éloigner du centre pour rejoindre très rapidement les limites géographiques naturelles de cette grande cité, composées de montagnes et de forêts. Parmi les différentes adresses, je ne saurais trop recommander le Mosaic Hostel.

L’ élément clef #2: choisir des activités peu couteuses !

Ce n’est pas le choix qui manque, constatez par vous-même!

Nous avons eu la chance d’avoir les conseils d’une amie japonaise qui a validé avec nous l’ensemble des visites intéressantes que notre budget nous permettrait de faire. Mais taper la discut’ avec nos hôtes d’auberge, souvent étudiants par ailleurs, fut aussi gagnant pour compléter la liste des bons tuyaux…

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Évidemment un bon guide en poche (Routard, Lonely Planet) et un bon tri des activités proposées par des japonais sur Airbnb est l’incontournable.

1- Savourer un thé à Maison des thés du jardin Hama-Rikyū à Tokyo, et se balader dans ce parc spectaculaire au milieu des immeubles flamboyants de Tokyo

2- Vue imprenable et gratuite sur Tokyo du haut de bibliothèque de Roppongi Hills

3- Activité d’Ikebana (d’arrangement floral) organisée à l’auberge Mosaic Hostel Kyoto

4- Pour une quinzaine de dollars, barboter à l’extérieur, nus dans une eau de source chaude soufrée au milieu d’une forêt de cèdres japonais. Nous avons testé le Onsen de Kurama, le plus prisé des étudiants de Kyoto à 30 minutes du centre-ville.

5- La location de vélo par les auberges de jeunesse permet pour quelques dollars par jour de rejoindre les pistes cyclables de la rivière Kamogawa et d’accéder à tous les quartiers sympas de Kyoto.

6- Le pass Grutto qui donne un accès à tarif réduit ou gratuit à une liste de musées (chers par ailleurs) est un must pour visiter plus d’une exposition durant le séjour.

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7- Pour une dizaine de dollars, assister à l’une des représentations de théâtre traditionnel japonais (Théatre Kabuzika à Tokyo) truc : aller directement sur place pour prendre 1 billet pour une partie du programme seulement, suffisant quand vous n’êtes ni connaisseur ni japonophone.

L’ élément clef #3: la bouffe !

Saviez-vous que le Japon est le pays avec plus grand nombre de restaurants per capita ? Cela devient une évidence une fois sur place. Que de choix! de style, de spécialités et de prix. On peut très bien manger pour pas cher. Pari tenu : notre budget ambitieux de 30 CAD en moyenne par personne et par jour a été respecté, sans faire l’impasse jamais sur un cappuccino des plus délicieux au petit-déjeuner !

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Oubliez la lecture des menus, vous n’y comprendrez pas grand-chose … Il suffit de repérer quelle est la spécialité du restaurant (les meilleurs n’en n’ont généralement qu’une, le plus souvent Ramen, Soba ou Gyoza). Il ne peut pas s’agir que de chance… nous avons vraiment toujours été contents de ce qui arrivait devant nos yeux et la plupart du temps nous sommes régalés de la fraicheur et des saveurs des mets servis. Je ne parle pas du service qui nous faisait réellement sentir comme des rois même dans la plus modeste des petites cantines de quartier. L’envie de laisser du pourboire nous a démangés plus d’une fois, mais sachant que ce n’est pas bienvenu, nous nous sommes abstenus et j’avoue que cela réduit la note sensiblement.

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Épilogue

De quoi sont faits ces moments magiques au final ? Pas de grandes révélations, pas de petits secrets placés entre deux sushis, surtout pas de longs commentaires partagés sur les visites qui s’enchainent. De longues marches, silencieuses parfois, mais toujours sans le moindre malaise. Car la connexion est là, tout simplement, dans le moment présent et partagé.

À refaire ? Je le referais 10 fois. Seulement voyez-vous, il n’y aura surement pas de redite et c’est justement cela qui est beau. Cela fait désormais partie des souvenirs merveilleux de ma vie. Il y a un an, je partais avec mon fils au Japon. Je lui dédie cet article. S’il ne sait pas encore comme je l’aime, j’espère qu’il le saura maintenant. Merci mon fils pour cette idée de génie!

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Bénédicte Brocard est photographe, on peut suivre son travail ici!