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Violences sexuelles : sommes-nous en sécurité sur nos campus ?
Les choses ont-elles changé depuis l’adoption de la nouvelle loi en 2017 ?
À moins de vivre dans une grotte, vous avez assurément été témoin de la vague de dénonciations d’agressions sexuelles sur les médias sociaux à l’été 2020. Scoop : la parole des victimes de violences à caractère sexuel se libère et le milieu universitaire n’y fait pas exception.
Par chance, l’adoption d’une loi en 2017 a forcé les institutions d’enseignement supérieur à s’outiller pour venir en aide aux victimes. Est-ce suffisant? Le Guide des universités URBANIA s’est entretenu avec Laurie Fradette-D., sexologue et professionnelle de recherche à la Chaire de recherche sur les violences sexistes et sexuelles en milieu d’enseignement supérieur, afin de faire le point sur la situation.
Sommes-nous en sécurité sur nos campus?
Difficile à dire, malheureusement. Les statistiques ont démontré que plus du tiers des personnes qui fréquentent un cégep ou une université ont été victimes de violence à caractère sexuel depuis leur entrée au sein de leur institution. Plus d’efforts doivent être faits : la solution se trouve dans la prévention et l’éducation. Encore aujourd’hui, très peu de victimes signalent leur agression (on parle d’environ une sur dix). Mais il faut qu’il y ait un sentiment de confiance par rapport à l’institution pour que la victime se sente à l’aise de témoigner et puisse aller chercher de l’aide.
Quelles sont les mesures concrètes prises par les universités pour lutter contre les agressions sexuelles?
Depuis 2017 au Québec, la loi 22.1 force les établissements d’enseignement supérieur à se doter de mesures pour prévenir les violences sexuelles au sein de leur campus et pour venir en aide aux victimes. Elles doivent se doter d’une politique institutionnelle pour préciser ce qu’elles vont faire pour que leur milieu de vie soit le plus sécuritaire possible. Plusieurs campus ont donc mis en place des bureaux d’intervention et des ressources disponibles pour les victimes. Mais parfois, c’est une seule intervenante qui s’occupe de tous les dossiers sociaux au sein d’une institution, c’est donc à géométrie variable.
Qu’est-ce que les vagues de dénonciations ont changé dans l’approche des campus envers les violences sexuelles?
Elles n’ont pas nécessairement accru les ressources, mais elles ont accru le dialogue. Elles ont permis de reconnaitre qu’il existe plusieurs formes de violences sexuelles, pas juste le stéréotype du viol par un inconnu dans une ruelle. Il y a des questions de rapports de pouvoir, de consentement. On en a beaucoup plus entendu parler grâce aux mouvements de dénonciation.
Dans un monde idéal, quelles mesures adopterait une université véritablement proactive qui veut lutter contre ce fléau?
Elle devrait adopter une définition large et inclusive de ce que sont les violences sexuelles au lieu de se cantonner à la définition légale de l’agression sexuelle. Elle devrait aussi reconnaître que certains groupes sont plus à risque d’être victime de telles violences, comme les personnes issues de la diversité sexuelle ou de genre ainsi que les personnes racisées et autochtones.
La pandémie a-t-elle réduit le nombre d’agressions commises sur les campus?
Nous n’avons pas de données spécifiques sur le taux de victimisation pendant la période de confinement et de cours en ligne. Mais pour réduire les violences sexuelles sur les campus, ce qu’il faut, c’est inculquer aux individus dès un jeune âge les notions de respect, d’égalité et de consentement. Ça doit se faire tant par les parents que par l’éducation à la sexualité, mais il y a d’importantes lacunes aux niveaux primaire et secondaire.
Un ancien professeur de géographie à l’UQAM, Benoît St-Onge, a été arrêté en 2020 puisqu’il se masturbait en public devant des adolescentes. Traduit en justice, il a échappé à la prison. Quel message cela envoie-t-il aux victimes de violences sexuelles qui hésitent à dénoncer?
Un très mauvais message. En fait, chaque fois qu’un accusé d’agression sexuelle est déclaré non coupable, ça envoie le message que ça ne vaut pas la peine de témoigner. Ça fait en sorte que le sentiment de justice est très dur à aller chercher. Ça explique aussi pourquoi il y a eu tant de dénonciations sur les réseaux sociaux. Les victimes essaient de retrouver un peu de pouvoir et de justice, alors elles passent par les médias sociaux parce que si elles s’engagent dans un processus judiciaire, elles savent que ça risque de ne pas aller en leur faveur…
Il faut donc croire que la loi adoptée en 2017 et les vagues de dénonciations sur les réseaux sociaux ont permis d’accroître le dialogue et d’instaurer certaines mesures pour aider les victimes. Malgré tout, un énorme travail reste à faire pour que les campus soient sécuritaires pour tous et toutes. En dépit de toutes les mesures et les politiques que les universités pourraient adopter, si celles-ci n’inspirent pas confiance aux étudiants et aux étudiantes, les victimes ne se sentiront pas à l’aise de témoigner. Et le problème perdurera.
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