Ville de la semaine : Tadoussac au jour de l’An avec pas de baleines

La vérité, et on ne le dira jamais assez, c’est que le Québec n’a rien à envier à l’Europe.

18 décembre 2017, quelques verres dans le nez et la fin de session à fêter, une amie et moi décidons de partir à Tadoussac pour le jour de l’an. Pas pour célébrer, mais pour profiter de la nature. Malgré l’hiver, malgré la vague de froid qu’ils annoncent, malgré le fait que je ne suis pas une fille de plein air. Vous savez la fille habillée en Patagonia de la tête aux pieds qui fait du ski de fond, du ski tout court, de la luge, des randos-camping, du canot-camping et de l’escalade été comme hiver? Et bien ce n’est pas moi. J’aimerais vraiment ça par contre. Mais je dois avouer qu’outre la rando sporadique et le vélo que je pratique depuis cinq minutes à peine, mes activités physiques se passent à l’intérieur, au gym ou dans une piscine, avec du reggaeton.

Reste que nous avions besoin de respirer pour de vrai. De prendre une grande respiration qui glace les poumons mais qui remet toutes tes idées en place. S’éloigner du cocon de la ville pour s’autoriser un peu de perspective face à l’année qui se termine et celle qui s’en vient. Même si… l’hiver (je l’ai-tu dit?)!

Le départ

On part le 28 décembre au matin, arrêt obligé dans la région de Charlevoix pour s’acheter du fromage et des charcuteries locales qu’on déguste à la mitaine tout en conduisant. Sept heures plus tard, on arrive à L’Eau-berge, la principale auberge de jeunesse de Tadoussac qui est un monument historique en soi (peut-être pas officiellement, mais ça devrait l’être tellement elle est remplie d’histoires). La famille qui s’occupe de sa gestion vient de Nouvelle-Calédonie. D’ailleurs, beaucoup de voyageurs venaient de cette région du monde. Notre réaction était toujours la même : « HEIN? Et vous venez ici L’HIVER? » (accompagné d’une face qui dit « je questionne sérieusement votre gros bon sens »). Pour certains, c’était leur première neige et ils étaient unanimement fascinés par la beauté des paysages québécois d’hiver.

Après une soirée à siroter du vin et à jouer au billard avec les gens du coin dans le bar annexé à l’auberge, on se dit qu’il sera temps d’aller explorer dès le lever du soleil. Il fait — 35 avec le facteur vent. On enfile plusieurs épaisseurs de tout ce qu’on peut se mettre sur le corps, on prend nos raquettes et on fonce. Deux heures à marcher autour de la baie, à moitié dans la forêt et à moitié sur le bord de l’eau pour terminer dans la baie principale du village. On marche tellement qu’on arrive à avoir chaud. Je peine à croire que les vieilles bottes trouées empruntées à ma mère (pas une fille de plein air d’hiver j’ai dit) ne prennent pas l’eau. « La chance est avec moi », me dis-je. On se pose un instant sur la plage. C’est spécial une plage en hiver. C’est magnifique à un autre niveau.

Le plus beau dans tout ça, c’est qu’on n’a croisé presque personne. On était, pour ainsi dire, seules avec la nature.

Le « traditionnel party du jour de l’an »

Le jour de l’an s’y célèbre en deux temps : le party du hangar (le 30) et le traditionnel party du jour de l’an (le 31). Le 30 au soir, on se fait donc amener au « hangar », en fait c’est plutôt un party shack en bonne et due forme comme dans le temps de mon secondaire. Il y a des musiciens, un immense feu de camp et un arbre de guimauves (oui oui, ils ont mis des guimauves dans un arbre pour de vrai). Un homme posté près d’un poêle à bois à l’entrée, servait des verres de « ponce qui défonce », un drink traditionnel à base de gin chaud et de citron. Malheureusement, il faisait beaucoup trop froid pour qu’on puisse y rester bien longtemps. Après quelques tounes, on est repartie à l’Eau-berge pour tenter notre revanche au billard. Perso, j’ai perdu… encore. Mais mon amie a fini par battre tous les habitués de la place. Ce fut un succès.

Le soir du 31, c’est la grande fête. L’auberge est surpeuplée. Il n’y a plus de place où dormir, mais les gens s’organisent : on fait de la place pour tout le monde. La soirée débute par un immense souper. La salle commune est transformée en salle de banquet. Des musiciens se produisent sur scène, les gens dansent, chantent, montent sur chaises. Le vin coule à flots, l’esprit de la fête est à son comble. On célèbre le coup de minuit avec Céline et son « fallait pas commencer, m’attirer, me toucheeeerrr… ». Tout le monde chante, les Français aussi, parce qu’il n’y a rien de plus québécois et international à la fois que notre Céline nationale. Ce qu’il y a de beau, c’est que tout le monde est différent. Il y a des familles, des gens du village, des touristes, des voyageurs solos, des habitués, etc.

Tadoussac m’a réconciliée avec la saison froide. C’est vous dire à quel point c’était magique.

On se couche un peu pompettes, mais correctes pour partir en randonnée le lendemain. Au lever, on se fait couler un bon espresso et on part à la conquête de l’hiver. Oui oui, on avait amené notre machine. Vous pouvez nous juger, mais on dira ce qu’on voudra, du bon café, c’est nice.

Cette fois, on fait une petite rando en raquettes sur le lac d’à côté et on se trouve un beau point de vue sur une petite montagne. C’était à couper le souffle et pas juste parce qu’on gelait. On était encore plus seules que le jour d’avant (lire : tout le monde était hungover sauf nous).

Les légendes de « la place »

Lors de notre dernier soir à l’auberge, on a joint une conversation entre un artiste multidisciplinaire qui vit à Tadoussac et quelques voyageurs. Il nous a raconté qu’André, le propriétaire de l’auberge, est un de ceux qui auraient commencé les tours de bateau sur le fleuve pour voir les baleines. Il nous a aussi raconté la fois qu’André s’est rendu à Woodstock en auto à partir de Tadou’. Il faut préciser qu’André est en chaise roulante. Apparemment, il pesait sur le gas avec un bâton. On raconte qu’étant dans la soixantaine très avancée (je ne me souviens plus de son âge exact), il serait le plus vieux paraplégique du pays. C’est beau à voir comment tout le monde l’aime et parle de lui avec une admiration contagieuse.

Le séjour était parsemé d’histoires comme celles-là. Le genre d’anecdotes qui te peignent un portrait tellement vivant d’une communauté que t’as envie d’y déménager sur le champ. Là-bas, tout le monde se connaît et c’est le cas de le dire, en hiver, il n’y a que les Tadoussois qui y vivent : on parle d’une population d’environ 850 personnes.

Je n’étais jamais allée à Tadoussac. Shame on me, hein? Pour vrai oui. La vérité, et on ne le dira jamais assez, c’est que le Québec n’a rien à envier à l’Europe, ni à l’Asie, ni à l’Amérique du Sud. Grâce à des joyaux comme Tadoussac, il tire bien son épingle dans le grand jeu de la quête de l’authenticité touristique. Ce petit village à l’autre bout du monde, que vous cherchez pour bien vous déconnecter? Ça peut tout aussi bien être Tadoussac en été… mais surtout en hiver!

Chose certaine, Tadoussac m’a réconciliée avec la saison froide. C’est vous dire à quel point c’était magique.

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