Ville de la semaine : Natashquan, édition historique

Un p’tit voyage dans l’temps.

URBANIA et Hydro-Québec s’associent pour explorer le passé de ce petit bijou de la Côte Nord.

Natashquan, beau nom de ville n’est-ce pas? Ça veut dire « Là où on chasse l’ours ». C’est la terre mère de Gilles Vigneault, c’est 263 habitants sur la Côte-Nord, un bord de l’eau, et l’impression d’être arrivé au bout du monde.

Léonard Landry, directeur général de la municipalité, nous parle avec affection de l’évolution du village qui l’a vu grandir. Il commence par se présenter, il a 71 ans et a toujours vécu à Natashquan sauf lorsqu’il est parti étudier de 1962 à 1965. « Ma mère était femme à la maison et mon père travaillait sur les bateaux. Il partait à Québec en février, commençait à naviguer fin mars et revenait à la maison en décembre. Ensuite il a travaillé sur les chantiers de Manic 5 quand ils ont construit le barrage. On était pas riche, mais on était dans la bonne moyenne! On manquait de rien et j’ai réussi à faire mes études. Dans ce temps-là, on n’avait pas de bourse, c’est mon père qui payait et moi qui travaillais l’été », nous raconte-t-il. Ils étaient 11 garçons à partir étudier à Rivière-du-Loup. « Les filles allaient à Havre-Saint-Pierre, précise-t-il. Sur 11, je suis le seul qui est revenu. J’avais de l’ambition je voulais participer au développement de mon village, ça faisait partie de ma passion. »

Au fil des années, le village s’est lentement mais sûrement connecté au reste du Québec. C’est en 1958 que l’électricité arrive graduellement à Natashquan, ce qui modifie les conditions de vie de ses habitants : « Je me souviens très bien avant 1958, c’était le fanal à gaz qu’on allumait la nuit venue. Il n’y avait pas de lumière dehors non plus. Ma corvée c’était d’aller chercher des bidons d’essence pour la lampe à gaz et la lampe à l’huile. Il y avait beaucoup de commodités qu’on n’avait pas, des frigidaires entre autres. Ça ne nous empêchait pas de bien vivre pareil! » Il raconte avec humour que l’hiver, ça rendait les gens de « meilleure humeur » parce qu’il faisait moins froid dans la maison le matin. Les gens chauffaient au bois quand même, mais c’est devenu biénergétique. La plainte électrique venait à la rescousse, lorsque nécessaire.

« Les filles allaient à Havre-Saint-Pierre, précise-t-il. Sur 11, je suis le seul qui est revenu. J’avais de l’ambition je voulais participer au développement de mon village, ça faisait partie de ma passion. »

Étant une communauté tissée serrée, les gens qui choisissent de passer leur vie à Natashquan ont à cœur le développement du village : « [l’arrivée de l’électricité] c’était dû! On avait un peu de retard, mais on avait vu ça ailleurs! La coop qui a installé les premières génératrices, c’était une initiative des gens de la place! » Mais malgré l’évolution technologique, le village n’échappe pas à l’exode rural des jeunes générations. Léonard fait remarquer que depuis ses jeunes années, la population a presque diminué de moitié. « Les gens partent étudier et ne reviennent pas », nous dit-il.

L’année 1996 marque l’arrivée de la fameuse route qui relie Natashquan au reste du Québec. Oui oui, jusqu’en 1996, il n’y avait pas de route. Les gens prenaient le bateau pour traverser le fleuve, ou encore l’avion qui n’était « pas aussi cher qu’aujourd’hui! ». « Il y avait des avions tous les jours de la semaine sauf le samedi et le dimanche. Quand je suis parti aux études, ça prenait trois jours de bateau se rendre à Rimouski! La route, on en parlait en 65 quand je suis parti. On nous l’a promis pour 85, puis pour 92, et finalement on l’a eue en 96. Mieux vaut tard que jamais! » nous raconte Léonard.

« On travaille avec la communauté autochtone pour faire rayonner notre bout de pays.»

Léonard est sorti de sa retraite à quelques reprises pour travailler à la municipalité. Il y a occupé plusieurs fonctions et a même travaillé pour le développement touristique pendant quatre ans. Il attend toujours que quelqu’un le remplace à son poste de directeur général pour qu’il puisse prendre une retraite bien méritée, mais en attendant il continue de vouloir faire rayonner Natashquan. La montée du tourisme, il voit ça « comme un élan ». Les Natashquanais « ont l’esprit de la culture » et chaque année, un festival est organisé pour la célébrer : « On travaille avec la communauté autochtone pour faire rayonner notre bout de pays. On organise le Festival l’Innucadie. Innu pour les Innus ou les Montagnais et cadie pour les Acadiens. C’est un festival de contes et légendes et on fait ça depuis 2008-2009, ça dure trois jours. Il y a un intérêt on le voit, plus on fait de la promotion plus les gens se rajoutent! »

À une époque ou tout va toujours trop vite, où on instagramme tous les endroits du monde à la recherche de la déconnexion parfaite, il est rare d’avoir un tel endroit à proximité. Un petit village à l’image de notre culture et qui reste lui-même, même s’il se développe avec une communauté qui l’investit au complet. Comme l’a si bien dit Léonard : « ce n’est pas nous qui sommes loin des gens, c’est les gens qui sont loin de nous! »

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Natashquan, passée ou contemporaine, est une ville attachante. On l’a d’ailleurs choisie comme ville de la semaine parce que c’était le point de départ de Caroline Côté, une ultra marathonienne qui s’est donnée pour mission de parcourir les 2000 kilomètres qui séparent Montréal de Natashquan en 80 jours. Ces 2000 km, elle les a fait à pied, en skis de fond et à vélo. Ce n’est pas rien comme défi sportif. Nous on trouve ça loin de se rendre à La Ronde en métro.

Vous pouvez découvrir l’aventure de Caroline Côté sur le site web de l’expédition .

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