Je viens de perdre la voix de ma jeunesse : Dolores O’Riordan, chanteuse des Cranberries

Au-delà de la musique, la poésie de Dolores O’Riordan est venue me chercher très jeune.

La nouvelle est tombée comme un couperet aujourd’hui – la chanteuse Dolores O’Riordan est décédée soudainement à l’âge de 46 ans.

Comme plusieurs, ma réaction initiale était de pousser un « ben non » assez fort pour faire sursauter un collègue assis devant moi. Quelque chose comme une complainte viscérale, instinctive, à l’image de la musique des Cranberries popularisée en grande partie grâce au magnétisme et à la voix unique d’O’Riordan.

À 33 ans, j’ai vécu l’ascension des Cranberries en parallèle de ma propre éclosion musicale. Pour moi, c’est une partie intégrale des années 1990 et de mon adolescence. La musique des Cranberries est indissociable de cette décennie charnière.

Longtemps, j’ai caché ma grande affection pour le groupe irlandais.

En 1994, quand l’album No Need to Argue a explosé sur les palmarès, je n’avais que dix ans. À l’époque, il n’y avait de place à La Tuque que pour le grunge et le punk, Nirvana, et l’album noir de Metallica. Tout le reste n’était pas assez cool pour être sur le radar du jeune garçon que j’étais avec ses jeans fripés et ses t-shirts de The Offspring portés en geste de rébellion à l’école.

Pourtant, j’ai toujours conservé une place spéciale pour la musique très cinématographique du groupe même si, à l’époque, c’est ma mère qui m’avait acheté No Need to Argue et que le réflexe initial d’un enfant de dix ans est de systématiquement rejeter toutes les suggestions parentales.

Je n’étais pas capable de ne pas écouter ce disque.

Oui, le succès Zombie avait une guitare accrocheuse pour rallier l’amateur de Nirvana en moi, mais c’est surtout la chanson Ode to my Family qui a marqué mon imaginaire, comme au boulet rouge en plein cœur.

Malgré ma compréhension approximative de l’anglais, je ressentais toute la mélancolie de cette composition, ce désir d’exister dans le regard de l’autre, de s’affranchir d’une identité qui nous est propre. Au-delà de la musique, la poésie de Dolores O’Riordan est venue me chercher très jeune et depuis, je dois l’avouer, j’ai toujours tendance à m’accrocher aux textes des chansons que j’affectionne plus qu’au rythme.

Puis il y avait les autres chansons fortes de l’album comme Ridiculous Thoughts, I Can’t be With You et la titulaire No Need to Argue. J’avais aussi découvert à rebours Everybody Else Is Doing It, So Why Can’t We? — un premier album coup de poing pour le groupe qui transporte les succès Dreams et Linger en plus d’une irrévérence contagieuse.

Je me souviens avoir pédalé très vite avec mes économies jusque chez le disquaire à la sortie de l’album suivant, To the Faithful Departed, qui arrivait sur les tablettes avec un son résolument plus rock grâce à la chanson Salvation qui tournait en boucle sur les ondes de MusiquePlus avec un clip particulièrement marquant.

Ce n’était pas un grand disque, mais ça en était un que j’avais particulièrement hâte d’acheter même si, avec mes amis, on ne se parlait que de la mort de Kurt Cobain et de la performance boueuse de Green Day à Woodstock.

J’ai un peu honte d’avoir longtemps caché cet amour pour les Cranberries et le nombre incalculable de fois où j’ai fait jouer leurs disques clandestinement dans ma chambre, pas trop fort, juste au cas.

En vieillissant, j’ai aussi réalisé l’ampleur de l’influence du groupe sur les films de ma jeunesse. Oui, Linger et Dreams ont peut-être été sur-utilisés, mais il y a une raison pour ça. Les gens sont interpellés par ces chansons, les textes, l’harmonie et la voix envoûtante.

Avec le triste décès de Dolores O’Riordan, je tenais à partager mes plus sincères condoléances à la famille, aux amis, aux proches et aux fans du groupe. J’en suis, même si j’ai longtemps tenté de me convaincre du contraire.

Et je vous laisse sur les paroles de la femme à la voix d’or, pour une dernière fois, parce qu’elle ne glissera pas dans l’oubli.

And I remember all the things we once shared,
Watching T.V. movies on the living room armchair.
But they say it will work out fine.
Was it all a waste of time.


‘Cause I knew, I knew,

I’d lose you.
You’ll always be special to me,
Special to me, to me.

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