Les verbatim extraordinaires de Guillaume Lambert : cette semaine, Julianne Côté

Guillaume et Julianne discutent de timidité, de La Promesse et de dégustations d'épicerie

Guillaume Lambert est comédien et scénariste. Il est de nature angoissée et il adore entrer dans l’intimité d’autrui pour se rassurer sur ses propres inquiétudes. Les verbatim extraordinaires de Guillaume Lambert sont la transcription exacte d’échanges entre Guillaume Lambert et des gens qu’il trouve… extraordinaires.

Vendredi 17 novembre – 19 : 15

Guillaume et Julianne se sont déjà parlé pendant 10 minutes alors que Julianne allait rapporter une toile que son ami artiste – Jonathan Plante — lui avait prêtée, mais malheureusement, l’enregistrement de l’appel n’a pas fonctionné. Après avoir rapporté ladite toile à l’ami artiste, Guillaume et Julianne poursuivent la discussion au téléphone, alors qu’elle retourne chez elle, bravant le froid de novembre.

GL :… Hey je pense que là je vais enregistrer le FaceTime audio avec mon iPhone, parce que l’application que j’ai achetée a pas enregistré l’appel de tantôt. Je me sens vraiment comme un espion russe dans années 70, mais pas bon.

JC : Oui. Là, je dépose pu de cossins. Je suis toute là. Quand je vais arrêter, c’est pour aller à l’épicerie. Pis ça, c’est dans un petit boutte, faque on a le temps.

GL : OK. Mais là, tu me sembles pas à l’extérieur, t’as plus l’air d’être à l’intérieur…

JC : Pourtant, je suis totalement à l’extérieur.

GL : Mais oui, mais y fait frette, c’est vendredi. Tu sentiras pu tes doigts.

JC : Ah. Mon. Doux… qui fait frette mon gars. Je m’habille mal, mais j’ai chaud.

GL : Voyons, tu t’habilles mal. Impossible : t’es une icône de beauté. Y’a eu Audrey Hepburn pis toi.

JC : VRAIMENT PAS. Mais je te remercie.

(…)

GL : Tsé, on se connaît pas tant que ça, mais chaque fois qu’on se croise dans un party ou dans une première, on est comme un peu des petits chats sauvages, on se tient ensemble parce que le monde nous agresse.

JC : C’est très paradoxal en même temps. Parce qu’on a un numéro UDA pis ça vient avec… on a besoin d’attention… J’ai un rapport bizarre à ça, les lancements, les soirées… J’aime pas ça, tout le temps me faire couper. On dirait que tu te fais tout le temps couper du monde avec qui tu voudrais vraiment parler.

GL : On se ramasse toujours finalement à pas faire ce qu’on veut.

JC : Ouin, tu te ramasses toujours à parler avec quelqu’un dont le regard balaie toujours la place pour trouver quelqu’un de plus intéressant que toi.

GL : Moi mes sens deviennent comme trop saturés. Un moment donné, y’a comme trop de sons, pis trop de gens autour. Pis je fais juste faire des blagues parce que je deviens anxieux…

JC : Moi aussi je fais ça! Le couvert de l’humour… Ça me sert constamment. C’est bien connu : les gens gênés vont comme…

GL :… se cacher derrière une joke. T’es une fille gênée toi dans vie?

JC : Oui, quand même. Mais j’ai comme évolué au courant de ma vie. Quand j’étais jeune, j’ai comme eu une passe où j’étais vraiment pas du monde. J’étais vulgaire. J’étais effrontée.

GL : Ben voyons donc, c’est donc ben surprenant comme affirmation.

JC : J’étais vraiment une petite tabarnaque! J’allais dans la cour d’école de mon grand frère pis j’envoyais chier tout le monde. Pis là, tout le monde disait comme : « hein, c’est qui elle. Est tout petite pis a comme du tork ». Pis là, je suis comme déménagée de Québec à Belœil pis j’ai comme toute perdu ma confiance… J’ai été super déstabilisée, pis je suis comme devenu l’inverse. Vraiment introvertie.

GL : T’as comme la même affaire que Benjamin Button, mais toi, c’est pas la vieillesse, c’est la gêne.

JC : (rires), Mais tsé, c’était quand même bon que je me calme les nerfs.

GL : Mais comment ça t’étais en crisse de même quand t’étais jeune?

(…)

GL : J’adore tout ce que tu fais.

JC : J’adore TOUT ce que tu fais.

GL : Incluant… quand j’étais chocolatier sur La Promesse, mettons? Tu respectais-tu mon travail à ce moment-là de ma carrière?

JC : Travaillais-tu à la chocolaterie?

GL : J’ai travaillé à chocolaterie tellement longtemps, là! J’ai toute fait mes permis UDA là quand je suis sorti de l’école.

JC : Tu parlais j’espère?

GL : Non! Je faisais juste des passages en arrière d’Évelyne Brochu.

JC : Oh mon dieu que c’est drôle.

GL : Un moment donné j’ai juste dit : « Luc, y’a quelqu’un pour toi en avant » pis je suis jamais revenu parce que là j’étais rendu un rôle parlant. J’étais dans la bible de personnages. C’était juste ça le punch avec mon personnage, après trois-quatre ans de tournage : y’avait quelqu’un en avant pour Luc.

(…)

GL : Y’a un gars qui a fait un story sur Instagram de moi qui mange seul dans un restaurant. C’est super déprimant.

JC : Je suis toujours toute seule. J’ai déjà dit à un petit gars dans le bus qui me filmait qu’il était mal élevé.

GL : Au final, c’est les seules images qui vont rester de nous.

JC : On a passé 27 ans de toute façon. Nous ne serons jamais des rockeurs.

(…)

GL : T’es tu capable d’aller au cinéma toute seule?

JC : Mmmmmm…. N…. (…) C’parce que je vais tchequer mon cel. Faut comme que je sois en équipe. Quand je suis seule, c’est comme quand le plat de bonbons est devant toi.

(…)

GL : T’es tu le tout temps honnête? Mettons je te prête un DVD ou un livre, tu le remets-tu ou tu le voles à long terme, genre?

JC : C’t’une bonne question. Des fois je peux être voleuse sur certains trucs, mais… pas ça. Pas ça. Mais tsé mettons, des Tupperware à mon chum là, ça j’en ai volé un pis deux. Mettons je me dis « wow, ce Tupperware-là, y’é t’écœurant »… ben là, je le vole, tsé.

GL : Ah, c’tu vrai?!? (rires)

JC : Ben en fait, ce qui va arriver c’est que je vais mettre de quoi d’dans, comme ça, ça va avoir rapport, pis là, tranquillement, y va devenir à moi. Pis là, mettons y me dit : « hein, c’est pas à moi ça? ». « Hum… peut-être »… Mais tsé, je le sais vraiment que c’est à lui.

GL : Tu t’attaches pis tu te l’appropries.

JC : Tout à fait. Mais si tu me le prêtes par exemple, je le rends. Je le lave, pis je te le rends.

GL : T’es vraiment une bonne personne, je trouve.

JC : Non, non, non, non, non. Non. Je suis vraiment potineuse. J’hais ça.

GL : Ben non, mais ça c’est le fun.

JC : J’ADORE ÇA… quand j’ai un potin sous la dent… j’aime ça un peu bitcher… J’aime ça colporter…

GL : Ben là, tu dois capoter ces temps-ci avec Giovanni /Jean-Claude et compagnie.

JC : J’étais tellement contente de cette affaire-là!

GL : (rires)

JC : C’est excitant. C’est comme quand t’apprends que quelqu’un est mort. C’est super tragique, mais en même temps c’est historique. Tsé, Heath Ledger, Michael Jackson, quand c’est arrivé j’étais comme… « ben voyons donc, c’est immense ».

(…)

GL : Tu marches donc ben longtemps.

JC : Là, je viens tout juste de pénétrer dans une épicerie. Oh mon dieu! Je suis rentrée, pis là, y’a des petites dégustations. Ça, j’adore ça!

GL : À cette heure-là? Un vendredi soir, 19 h 22, des petites dégustations?

JC : (…)

GL : Allô? Allô?!? T’es tu encore là?

Bien plus tard, Julianne confia à Guillaume par texto que la batterie de son cellulaire était morte, qu’elle s’en excusait, et qu’elle avait trouvé ce bref échange bien plaisant.

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