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Créer et vendre de la lingerie pour tous les corps de femmes

L’image du « corps parfait » est-elle sur le point de ne plus exister?

Par
Mali Navia
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Née à la fin des années 80, j’ai grandi avec des catalogues qui montraient un seul genre de femme : très mince, poitrine moyenne, thigh gap, estomac très plat, petites épaules. Il n’y avait que quelques marques qui mettaient en valeur des « tailles plus ». C’était tout aussi problématique : grosse poitrine, bonnes cuisses, estomac moins plat, mais toujours sans bourrelets, le tout parfaitement proportionné en forme de guitare.

Parce qu’au-delà de la taille, il y a la forme, la physionomie complète de la femme.

Où sont les femmes moyennes? Les femmes plus filiformes? Les corps musclés? Celles qui ont des petits seins et des bonnes hanches? Celles qui ont des plus gros seins, mais peu de hanches? Celles qui ont une bonne poitrine, un bon ventre et des bonnes cuisses? Où est la diversité des formes de corps? Parce qu’au-delà de la taille, il y a la forme, la physionomie complète de la femme.

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Le confort et la beauté faussement aux antipodes

Passer son adolescence à feuilleter un catalogue de Victoria’s Secret, c’est aussi acheter des dizaines de soutiens-gorges à motifs, en dentelle, décorés avec des pierres du Rhin, qui soutiennent semi et qui sont trop rembourrés. C’est à croire qu’on fait des brassières qui servent plus à être montrées qu’à être portées. Oui, il faut se sentir bien et le sentiment de bien-être peut aussi passer par l’envie d’être désirable. Le problème, c’est qu’on nous a appris que les sous-vêtements étaient faits pour plaire à celui ou celle qui regarde plutôt qu’à celle qui les porte. Est-ce possible d’avoir du confort tout en se sentant jolie?

Des marques comme Thinx, Knixwear, Gap et même H&M ont commencé à faire des collections plus inclusives pour de vrai.

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Il semblerait que oui, de plus en plus du moins. Des marques comme Thinx, Knixwear, Gap et même H&M ont commencé à faire des collections plus inclusives pour de vrai. Pas de « on a inclus du XL dans notre dernière collection ». Non, de la diversité qui passe du XXS à du XXL +.

« On a constaté que ce n’est pas qu’une question de taille plus, c’est une question de morphologie différente. »

Au Québec, Laurence Lafond et Jeanne Lebel ont fondé J3L Lingerie, une compagnie qui a pour mission de faire de la lingerie à la fois jolie et confortable pour toutes les tailles. « Au départ, on voulait vraiment faire de la taille plus parce qu’il n’y avait pas ou peu de marques qui le faisaient. Finalement, on a constaté que ce n’est pas qu’une question de taille plus, c’est une question de morphologie différente. On a donc opté pour la création de sous-vêtements pour toutes les tailles, de manière inclusive », explique Laurence Lafond.

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Une question de changement d’image

Cette dernière remarque que le mouvement prend de l’ampleur. Les femmes veulent se reconnaître dans les publicités, elles ne veulent plus se faire vendre un modèle auquel elles ne correspondent pas. Tout ça commence par un souci des marques de projeter une image plus réaliste du corps de la femme. « Plusieurs petites entreprises essaient de faire des photos naturelles. Chez J3L, on retouche la luminosité, mais pas le corps des femmes. On prend des mannequins qui sont des femmes comme toi et moi qui veulent participer au mouvement. Ça nous ”empower” et ça fait du bien! »

Malheureusement, comme dans toute progression d’ordre social, il arrive que le mouvement rencontre de la résistance. On l’a vu lors de la campagne « Real Beauty » de Dove, lancée en 2004, et les conversations qu’elle a engendrées. Plusieurs disaient qu’encourager la diversité corporelle « faisait la promotion de l’obésité ».

« Les gens ne sont pas habitués des voir des photos d’un corps “normal” (dans le sens de non retouché). »

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Jeanne et Laurence ont fait face au même phénomène, mais à très petite dose. « Les gens ne sont pas habitués des voir des photos d’un corps “normal” (dans le sens de non retouché), confie-t-elle. Pourtant, on n’encourage pas un poids ou un style de vie malsain, on encourage à être bien dans son corps et l’acceptation de soi. »

Vers une définition plus complexe de « la beauté »

Je pense, peut-être naïvement, que notre définition de la beauté est plus large qu’elle ne l’était quand j’étais adolescente. Je pense que les femmes et les hommes de demain auront plus de discernement sur la question de « ce qui est beau » parce qu’ils auront grandi avec une image plus diversifiée.

Cela dit, il reste encore beaucoup de travail à faire et comme le dit Laurence, « c’est la mentalité qui doit changer ». À titre d’exemple, elle raconte avoir fait face aux commentaires de certaines personnes qui lui disaient que des photos de corps non retouchées ce n’était pas très vendeur. Pourtant, c’est ça l’idée : vendre du réel au lieu de vendre un rêve auquel seulement une petite partie des femmes peuvent aspirer.

« C’est là qu’il y a de l’éducation à faire », nous dit-elle.

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Au revoir « corps parfait »

Le « corps parfait » n’existe pas et n’existera jamais puisqu’il n’a pas de forme unique. Le « corps parfait », c’est un tout, c’est une personne qui nous attire pour des raisons diverses. Pourquoi ne pas se laisser tout l’espace de découvrir celui qui nous plaît réellement, sans être obligé de plier notre désir à ce qu’on nous dit que l’on devrait désirer?

Ceci n’est pas un texte commandité. De ma propre initiative, j’ai eu envie d’écrire sur un changement que j’observe chez certaines marques de sous-vêtements qui utilisent des femmes de toutes les tailles dans leurs campagnes publicitaires. Non seulement les formes de corps sont diversifiées, mais les couleurs de la peau et les textures le sont aussi. On voit des femmes avec des vergetures, des estomacs d’après-grossesse, etc.

Je crois sincèrement que c’est à force de voir des photos non retouchées et des corps de toutes les tailles et de toutes les formes que des millions de femmes se sentiront plus facilement à l’aise dans leur peau. Je dis « femmes », mais j’imagine qu’il en va de même pour les hommes. Peut-être que ce trouble de l’image ne se vit pas à travers la lingerie, mais à repenser à certaines publicités qui mettent en scène des corps sveltes et très musclés, ça doit se vivre ailleurs.

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Est-ce qu’on s’en va finalement vers une définition plus complexe de « ce qui est beau »? Est-ce qu’on est sur le point d’incarner la vérité toute simple qui dit que le « corps parfait » n’existe pas?

En attendant les réponses à ces questions, j’applaudis très fort les initiatives comme J3L Lingerie.