Une université se mérite officiellement le titre de pionnière vaccinale : l’Université d’Ottawa. Pour entrer sur son campus cet automne, les étudiant.e.s ainsi que les membres du personnel devront avoir reçu une première dose de vaccin avant le 7 septembre et une deuxième avant le 15 octobre. Certaines exceptions très précises s’appliqueront, mais la mesure touchera la vaste majorité de celles et ceux qui fréquentent l’établissement.
Si on se fie aux commentaires sous les articles partagés sur Facebook qui abordent le sujet, cette décision relève de la « ségrégation » et est « illégale ». Plusieurs internautes invitent les étudiants de l’Ud’O à changer d’université, et un certain Jo propose de rebaptiser l’université en l’appelant « École communiste Ottawa ». Mention spéciale à Maryse qui s’insurge devant la décision de la direction avec un « bravo gang de jambons » bien senti. Après une courte enquête journalistique, il se trouve que la majorité des internautes qui se positionnent sur les réseaux sociaux n’étudieront pas à l’Ud’O cet automne. Alors qu’en est-il de l’opinion des gens réellement concernés par la nouvelle ?
Le désir du présentiel
S’il y a des anti-vaccins qui étudient à l’Université d’Ottawa, vous ne lirez malheureusement pas leurs états d’âme dans cet article. Il s’agit d’un hasard (ou d’une simple illustration que le groupe représente la majorité), mais les six étudiants et étudiantes interviewés sont tous et toutes doublement vaccinés (on leur souhaite d’ailleurs la meilleure des chances pour la loto-vaccin). L’ensemble se déclare en faveur de la nouvelle mesure, bien qu’apportant certaines nuances au passage. Jacob Dallaire, étudiant au baccalauréat en sciences commerciales, se réjouit de l’annonce du vaccin obligatoire : « Peut-être que ça en incitera plusieurs à aller se faire vacciner, comme ça nous n’aurons plus à étudier de la maison et nous pourrons retrouver une certaine vie étudiante. »
Tout ce que je veux cette année c’est d’avoir la chance d’être sur le campus pour avoir des cours en présentiel. Si cette nouvelle règle le permet, alors, je l’appuie. Je n’ai encore jamais vu le campus.
Le désir de retourner physiquement à l’école est tout aussi tenace chez Émilie Gendron, étudiante en sciences biomédicales. « Je peux sonner un peu égoïste, mais tout ce que je veux cette année c’est d’avoir la chance d’être sur le campus pour avoir des cours en présentiel. Si cette nouvelle règle le permet, alors, je l’appuie. Je n’ai encore jamais vu le campus », affirme-t-elle. Au sujet de la réaction de son entourage à l’annonce de la nouvelle, elle mentionne : « Vu que je suis en sciences, je pense que la majorité de ma communauté est d’accord avec cette règle. »
Après cette année extrêmement exigeante, tous les étudiants et étudiantes ont enfin la chance de s’en sortir.
Émilie Gendron n’est pas la seule à absolument vouloir retourner sur les vrais bancs d’école, et à considérer le vaccin obligatoire comme une manière d’y parvenir. « La dernière année a transformé le passage à l’université en défi plus négatif que positif. Après cette année extrêmement exigeante, tous les étudiants et étudiantes ont enfin la chance de s’en sortir », rappelle Ève, qui n’a pas souhaité dévoiler son nom de famille. L’étudiante de quatrième année en Étude des conflits et des droits humains ajoute que puisqu’elle souffre d’une maladie respiratoire chronique, le fait que tous ses collègues de classe seront nécessairement vaccinés la rassure.
L’étudiant de troisième année en droit civil Charles-Étienne Joly se réjouit lui aussi de l’annonce, et rappelle les risques sanitaires inhérents à la fréquentation d’un campus universitaire: « L’Université d’Ottawa accueille des personnes de plus de 150 pays différents sur son campus et dans la ville ».
Une résistance douce
Si quelques étudiants et étudiantes peuvent avoir des réticences, elles sont beaucoup moins marquées que les vitupérations auxquelles on associe le mouvement anti-vaccin. Ilona Szabo, étudiante au bac en communication, affirme ne connaitre personne qui s’oppose à la vaccination. Elle trouve néanmoins « dommage » que le vaccin obligatoire force des gens à choisir entre leur éducation et un vaccin qu’ils et elles ne veulent peut-être pas. Par rapport à la possibilité que les universités québécoises imitent celle d’Ottawa, elle croit que « cette décision pourrait créer une division, ce qui est un élément à prendre en considération ». Thomas Guillemette, étudiant de première année en droit civil, appréhende lui aussi des tensions : « Je vois déjà des gens dans mes groupes de programme montrer leur stupéfaction à la suite de cette décision ».
Mais même en dépit de tous les commentaires Facebook du monde, la communauté étudiante de l’Ud’O ne devrait pas débarquer dans les rues en brandissant des pancartes anti-vaccin de sitôt.
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