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Les vacances, ça m’angoisse.

Quoi faire quand le mot « vacances » dans notre Google Agenda nous angoisse plus qu’il nous réjouit ?

Juin, les balbutiements de l’été qui fait un retour en force dans nos vies. Le retour des sandales, des gougounes, des shorts et des robes soleil. Des belles choses, du confort, du soleil, de la peau exposée et des sourires alcoolisés.

L’été est populaire.

Il sonne aussi le temps des vacances pour plusieurs. Les voyages, le bris d’une routine qui alourdit le quotidien des travailleurs envieux de s’extirper temporairement de leur vie pour goûter à quelque chose de différent.

Sauf qu’on fait quoi quand le mot vacances dans notre Google Agenda nous angoisse plus qu’il nous réjouit?

C’est mon cas et j’ose croire que je ne suis pas le seul.

Les vacances soulignent ma solitude, mes vieilles cicatrices.

Je m’explique.

Pour moi, les vacances exacerbent plusieurs de mes angoisses et non, je ne parle pas ici d’une peur de voyager ou de faire des découvertes. Ça, c’est le diagnostic bonbon qu’on me lance à la figure dès que j’ose dire que les vacances, ça me stresse.

Mes angoisses vont bien au-delà du simple fait d’utiliser mon passeport durant la saison estivale.

Deux semaines de vacances, c’est aussi un joli rappel que j’ai la fâcheuse tendance à gérer mes finances comme un ado attardé.

Les vacances soulignent ma solitude, mes vieilles cicatrices. Deux semaines sans travail, seul avec ma fille par exemple, c’est deux semaines à réaliser que je n’ai personne à qui rendre visite. Pas de destinations familières vers où me tourner pour une dose de réconfort ou de détente. Pas de rituels, pas de tradition, pas de retour à la maison de mon enfance, pas de petite chaleur à revoir mon coin de pays que j’ai quitté cavalièrement aussi tôt mon secondaire terminé.

Deux semaines de vacances, c’est aussi un joli rappel que j’ai la fâcheuse tendance à gérer mes finances comme un ado attardé et je suis assez incorrigible sur ce point, malgré les remords occasionnés et les frustrations qui se pointent quand vient le temps de planifier des activités, des déplacements ou même un voyage.

Les vacances, c’est aussi un carburant redoutable pour le FOMO (Fear of missing out) qui sommeille en moi dès que j’ouvre mon iPhone, c’est à dire aux deux minutes, quand je ne suis pas devant un ordinateur.

Malgré mes envies de faire vivre à ma fille de belles choses quand l’école se termine, l’angoisse des vacances ne me quitte jamais complètement.

Je n’ai pas de traumatisme réel par rapport aux vacances, sinon qu’une poignée de déceptions accumulées plus jeune quand les tensions entre mon père et ma mère, séparés depuis toujours, se soldaient par une autre visite avortée chez mon paternel qui ne ressentait pas trop l’urgence de me voir plus qu’une fois par année.

Il faut aussi admettre que les vacances, les voyages et les projets extravagants, ce n’est pas une réalité accessible quand une mère sur l’aide sociale, comme la mienne, doit plutôt stresser à savoir comment elle sera en mesure de payer la fourniture scolaire en août. Disney World et Marine Land, devant cette réalité, ne dépassent jamais le stade d’une publicité à la télé avec un jingle insistant.

Sans avoir de traumatisme concret avec les vacances, je ne suis pas moins affecté par cette habitude que j’ai d’appréhender ces périodes où les gens semblent s’amuser plus que d’habitude. Noël en est une, et ça c’est un autre dossier, mais les vacances estivales en sont aussi et je dois avouer que malgré mes envies de faire vivre à ma fille de belles choses quand l’école se termine, l’angoisse des vacances ne me quitte jamais complètement, même qu’elle augmente en vieillissant.

Le plaisir me file entre les doigts aussi facilement que le sable des plages chaudes que l’on visite quand le mercure grimpe.

J’ai peur qu’elle s’ennuie. Peur qu’elle trouve le temps long seule avec son père. Peur qu’elle réalise trop jeune la grisaille que je dissimule sous ma barbe qui lui chatouille le cou quand je la borde le soir.

Juin, quand je regarde mon calendrier, c’est tout ça qui bouillonne en moi. Le plaisir se fraie difficilement un chemin dans tout ça, malgré mes efforts.

Avant d’être père, m’emmurer dans ma solitude n’était pas un réel problème. Mes vacances, c’était une coupure du reste du monde, pas sans rappeler celles que j’exerçais assez souvent durant mes années formatrices et qui ont sans doute contribué à ma solitude d’aujourd’hui. Voyez-vous, c’est un cercle vicieux tout ça.

Vous me direz que je peux toujours faire ma chance et changer la direction du vent, mais ce sont des belles paroles que j’applique difficilement, parce que le plaisir me file entre les doigts aussi facilement que le sable des plages chaudes que l’on visite quand le mercure grimpe.

Je vais dire tout le contraire à ma fille cet été pour qu’elle n’associe pas son père à de mauvais souvenirs tandis que sa mère est une bombe d’énergie

J’aime écrire, j’aime visionner, j’aime prendre mon temps, réfléchir et observer. Mes amours se partagent difficilement, sauf à distance via des écrans, des pages ou des pensées. Si le temps m’a appris une chose, c’est que les gens heureux ne gravitent pas longtemps autour des satellites plus orageux comme moi.

Les vacances, ça m’angoisse et, forcément, je n’aime pas prendre des vacances… et je vais dire tout le contraire à ma fille cet été pour qu’elle n’associe pas son père à de mauvais souvenirs tandis que sa mère est une bombe d’énergie, de projets et d’entregent.

Quand on se compare, on se console, dit-on, sauf quand on se compare avec le ventre noué par le poids du temps qui passe. Et si on fait la gaffe de se comparer aux merveilleuses vacances projetées sur Instagram au quotidien par les utilisateurs réguliers, disons qu’on se magasine une soirée à fixer le vide en se trouvant particulièrement insipide.

Pierre Lalonde nous chantait à l’époque que le temps des vacances est la saison pour s’aimer, et bien aujourd’hui, tandis que mon téléphone se recharge, j’ai envie de te dire «Fuck you, Pierre», j’ai envie d’amour même si les vacances, ça m’angoisse.

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