Michel Gondry : quête érotique et papier construction

La presse a viré sexu au lancement média

Après Moscou, Tokyo et Casablanca, l’usine de films amateurs de Michel Gondry débarque à Montréal du 1er septembre au 15 octobre 2017. Le réalisateur tout en carton et en rêves nous présente son projet utopiste de permettre à n’importe qui de créer un court-métrage complet en trois heures et entouré d’une équipe d’inconnus. Pour nous aider : de vrais décors de cinéma, des costumes fantaisie et un peu de papier construction.

Hier, URBANIA était invité au lancement de presse de ce studio mobile. Il faut croire que les vrais experts culturels étaient occupés parce que c’est moi qui ai eu la chance d’y aller, sur la seule base que j’ai un bac en télévision (qui m’a menée vers une carrière dans la porn) et que j’ai vu tous les films de Michel Gondry (même que j’ai déjà été amoureuse de lui).

J’ai vu tous les films de Michel Gondry (même que j’ai déjà été amoureuse de lui)

Comme on était toute une tripotée de journalistes à regarder Michel avec des cœurs pleins les yeux, vous aurez en masse l’occasion de lire des comptes-rendus pertinents dans la presse. Pour éviter d’être redondante, j’ai décidé de pimenter un peu l’expérience en assumant mon background en porno. Car qui ne rêve pas voir les journalistes de La Presse, du Voir et du Métro brainstormer ensemble sur un scénario de film érotique ?

Premier obstacle : il est interdit d’être tout nu dans l’Usine de films amateurs. C’est à croire qu’ils me voyaient venir…

Fantasme Fatal ?

L’activité se divise en 4 étapes. Le premier atelier est un remue-méninges de 45 minutes qui nous fera décider du titre, du genre (ou des genres, c’est full gender fluid) et du synopsis. Alors que les blogueurs partent le bal avec des envies de poursuites et de gangsters, je lève timidement la main et propose un film érotique. Je dis « timidement », parce que sincèrement, j’avais un peu peur que Michel arrive avec ses grosses mains en papier mâché pour me gronder d’avoir voulu souiller le cuteness de son univers avec du sexe. Mais — c’est marqué sur les murs de l’Usine — ici, « l’imperfection est votre meilleure alliée », et « les timides doivent être encouragés à participer ». En plus, mon idée passe bien. Tout le monde rit et se décoince un peu. Les gars de CIBL et du Métro sont partants.

J’avais un peu peur que Michel arrive avec ses grosses mains en papier mâché pour me gronder d’avoir voulu souiller le cuteness de son univers

Michel Gondry nous l’explique après, le premier atelier permet toujours de construire une intimité rapidement grâce à son système de vote : tout le monde est encouragé à donner une idée, puis on fait le choix final à main levée. Notre équipe se lance dans la confection d’une « comédie érotique à saveur criminelle et existentialiste ». Pour le titre, on penche vers « fantasme fatal », mais ça manque de quête existentielle… alors le gars de The Gazette propose d’ajouter un point d’interrogation à la fin. J’aime comme il pense.

Le scénario prend forme. Une forme de quête sexuelle thérapeutique impliquant un psychologue criminel, pour tout vous dire. J’aimerais qu’on aborde la question « Sommes-nous nos fantasmes? », mais l’idée passe un peu dans le beurre. Les gens des médias sont vraiment stimulés créativement et les idées fusent. Il me semble entendre le gars de La Presse mentionner un fétichisme des fourchettes. Un minuteur à four est là pour freiner nos ardeurs et nous forcer à penser toutes nos scènes avant la fin du temps imparti. DRIIIIIIIIING.

Un minuteur à four est là pour freiner nos ardeurs et nous forcer à écrire notre scène à scène avant la fin du temps imparti.

Mission cul pour URBANIA

Le deuxième atelier consiste à préparer le tournage. Michel Gondry trouve ça ben important que tout le monde apparaisse dans le film afin d’avoir un sentiment d’appartenance et d’accomplissement avec le produit fini. Le rythme commence à s’emballer parce qu’il faut découper les accessoires en carton, écrire les panneaux de titre et se déguiser en dedans de 45 minutes. Une fois le tournage commencé, on n’aura pas le droit à l’erreur, car il n’y aura aucun montage. On tournera directement la version finale en pesant sur « record » et « pause ».

J’essaie d’encourager la promiscuité et les jeux de mots cochons dans les dialogues. Je me sens en mission cul pour URBANIA… Mais je fais moins la fière au moment de choisir les acteurs. Le gars de Voir est téméraire, tout comme celui de CIBL, qui ne se fait pas prier pour interpréter le rôle du thérapeute libidineux. Je serre les fesses pour ne pas être obligée de jouer la femme dans notre épopée sexu. Heureusement, la fille de Maudits Français a déjà fait du théâtre. Fiou ! Je me porte volontaire pour le rôle de « passante n° 1 au marché Atwater ». Les autres journalistes sont des lapins, des serveuses ou des policiers. C’est réjouissant à quel point on se sent comme des enfants. DRIIIIIING.

Il me semble entendre le gars de La Presse mentionner un fétichisme des fourchettes.

Eternal Sunshine… en moins bien

Rendus au tournage, nous sommes carrément dans Eternal Sunshine of the Spotless Mind. On court d’un décor à l’autre pour tourner nos scènes bizarres. Le terrain de camping donne directement sur le bureau de police, et puis de l’autre côté du panneau en bois, il y a le cabaret jazz et la demi-voiture devant le green screen. Le gars de la Gazette est à la caméra et ça paraît qu’il tripe. Les autres journalistes (qui arrivent pour les entrevues sans faire l’activité) nous regardent bizarrement parce que la direction d’acteur prend une chire : « touchez vous de plus en plus quand vous cambriolez le Second Cup, on doit sentir la tension sexuelle. » On a à peine le temps de finir le tournage, mais on refuse de couper la scène clé de notre film, quand Robert joue de la flûte pour Diane (qui est en train de caresser une aubergine), dans le train qui les ramène à leur vie tranquille de banlieue.

La dernière étape, c’est la projection du film sur grand écran. En attendant que le DVD de « Fantasme fatal? » finisse d’être gravé, on échange nos adresses courriel. On n’est plus des inconnus depuis qu’on a tourné un court-métrage érotique ensemble. Le résultat est plus drôle que sexy, désastreux par bouts, bourré d’erreurs et de clichés… mais jouissif. Je ne sais pas s’il y a des critiques de cinéma parmi nous qui sont en train de réaliser à quel point on peut brainstormer monts et merveilles puis se heurter à un mur quand on en arrive à l’exécution des idées. Peu importe. On s’est bien amusés, et on a surtout renoué avec la partie de nous qui était tombée en amour avec le cinéma au tout début : le kid qui tournait des westerns sur VHS avec les copains après l’école.

Si ça vous intéresse, vous pouvez visionner notre chef d’oeuvre (ainsi que tous ceux qui suivront) au «club vidéo» de l’Usine de films amateurs, jusqu’au 15 octobre.

Pour lire un autre texte de Lucie Piqueur : « Les leçons que j’ai apprises en travaillant dans la porn »

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