URBANUIT : Pansy Ass Ceramics, l’art de démocratiser la porcelaine sexu

C'est tout sauf les bibelots de votre grand-mère.

Qu’est-ce qui arrive quand deux étudiants en art de Toronto décident de transformer leur collection de vaisselle en art queer : de jolis bibelots de porcelaine qui ne traineraient sûrement pas sur le buffet chez ta grand-mère.

Les créations de Pansy Ass Ceramics mettent entre autres en vedette des cowboys dorés qui rident des pénis géants, des vases en forme de butt plugs et beaucoup de bondage. Le duo décrit son travail comme une « exploration de l’identité des hommes gais à travers la porcelaine et l’ornementation. » Nous avons eu la chance de discuter avec Andrew Walker, l’une des moitiés de Pansy Ass, des débuts du projet, de la réappropriation de termes offensifs et des installations qu’ils ont créées dernièrement.

Au bout du fil, Andrew est beaucoup plus posé que ce à quoi on pourrait s’attendre en parlant à l’un des cocréateurs des vases « Anal Slut » que Lena Dunham a déjà vantés sur IG. Il nous explique que le projet a commencé tout bonnement parce qu’il se cherchait une activité créative à faire avec son amoureux et partenaire, Kris. « On voulait faire un projet d’art ensemble et on avait tous les deux des collections d’articles de porcelaine qui dataient des années 1950 et 1960. C’est comme ça que ça a commencé. » Leurs premières créations ressemblaient un peu à ce que fait l’artiste montréalaise MC Marquis par exemple, comme des assiettes avec des mots ou des illustrations drôles/coquines.

Au fil du temps, leurs oeuvres ont évolué et ils ont eu envie de créer leurs propres morceaux en céramique. « On a un peu appris sur le tas, me raconte Andrew. Kris a un background en art classique et moi une éducation des liberal arts, mais nous avons appris [la céramique] grâce à la communauté artistique autour de nous. » Avec leurs nouveaux skills en poche, Pansy Ass pouvait en quelque sorte passer à une autre étape. Ils créent maintenant leurs propres figurines et ont une liberté artistique plus grande. Ils peuvent par exemple reprendre un toutou bien kitsch et le transformer en leather daddy pour ébranler des valeurs et transformer l’esthétique plus conservatrice de l’objet.

Les oeuvres d’Andrew et Kris ont fait partie d’expositions comme Queer Biennial II : Art and Action Through the Generations à Los Angeles et The Male Gaze à Vancouver. Depuis, ils ont collaboré à beaucoup d’autres projets et ont même fait des shows solos en 2017, Pansy Ass Ceramics : GAG et Tease à Toronto. Ils ont créé des oeuvres spécifiquement pour ces expositions, mais à la base ce qu’ils voulaient faire avec ce projet, ce sont des pièces que les gens peuvent avoir dans leur logis. « Ce qui est le fun avec la céramique, c’est que ça finit par faire partie de ta maison. On aimait l’idée de l’art décoratif, de quelque chose qu’on peut accrocher chez soi », continue l’artiste. Ils ont même créé toute une gamme de merch (pins, porte-clés, prints, etc.) à prix abordable pour que leurs oeuvres soient accessibles à un plus grand public.

Dans le travail du duo, des mots qui peuvent faire sourciller reviennent souvent : « cunt », « bitch », « faggot », entre autres. Même le nom du projet, Pansy Ass, contient un terme souvent utilisé en anglais comme insulte homophobe. « J’aime le mot “pansy”, je le trouve intéressant. C’est une fleur délicate, mais c’est aussi un truc qu’on se faisait dire souvent quand nous étions plus jeunes, se souvient Andrew. On voulait prendre ces termes [utilisés de façon dégradante] et en changer le sens pour se les réapproprier. » Clairement, ils ont touché quelque chose avec cette façon de faire, puisque même l’un des critiques d’art visuel du New York Magazine, Jerry Saltz, a été séduit par leur démarche et a partagé l’une de leurs oeuvres sur son compte Instagram personnel.

Si vous voulez vous procurer la parfaite conversation pièce de chez Pansy Ass Ceramics, c’est par ici et pour les suivre sur Instagram, c’est par .

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