Germain Barre

URBANUIT : la photographie pour apprivoiser notre nudité

Comment réussir à se trouver beau ou belle grâce à la photothérapie.

À la suite de mon expérience au FestivulveJean-François O’Kane a pris ma vulve en photo, j’ai enfin regardé, bien comme il faut,  la photo de ma vulve. Après plusieurs grandes inspirations, j’ai réussi à la fixer une bonne minute et même à faire des zooms.

Mieux, je l’ai comparée aux autres vulves du Vulva Project 2018, et je me suis rendu compte qu’elle était unique, comme toutes les autres d’ailleurs.

J’ai même réalisé que si je montrais à un extra-terrestre une photo de ma vulve à côté d’une autre vulve, il ne pourrait pas deviner que c’est le même organe.

L’évolution de ma perception vulvaire m’a fait me questionner : est-ce que le fait de se découvrir nu(e) dans l’objectif d’un inconnu modifie, pour le mieux, la perception que l’on a de notre corps?

Pour répondre à ma question, j’ai contacté Eva*, Clémence* et Catherine, qui ont toutes les trois posées nue et se font faite mouler la vulve par JF O’Kane.

*noms fictifs

La confiance mise à nue

Eva a eu envie de poser nue pour un photographe à la suite d’une relation particulièrement toxique, il y a 3 ans et demi. « Après des années de violence conjugale, j’ai eu envie de participer à une séance photo qui allait me libérer de l’emprise de mon ex ».

«Après avoir passé plusieurs années à me faire dire que j’étais pas belle, trop grosse, c’était toute une expérience de pouvoir se regarder et dire “wow!” »

Très restrictif, cet ancien conjoint lui dictait par exemple quels vêtements porter, ou bien quoi faire au lit. Eva a donc vécu son shooting photo avec JF O’Kane comme une libération. « Quand j’ai vu les résultats, j’ai été impressionnée par ma personne, je me trouvais belle! Après avoir passé plusieurs années à me faire dire que j’étais pas belle, trop grosse, c’était toute une expérience de pouvoir se regarder et dire “wow!” »

Les témoignages sont donc unanimes : oui, poser nue, ça « boost » la confiance en soi. Dans une société où les corps qu’on dit «idéaux» sont encore et toujours minces et uniformes, nos kilos, malgré leur normalité et leur légitimité, sont parfois lourds à porter.

Catherine, diplômée en danse, est plus douce avec son corps depuis qu’elle prend régulièrement des photos avec O’Kane. « Ça m’arrive encore de me regarder et de vouloir perdre du poids. Mais depuis que je passe du temps avec ma nudité, je me trouve confrontée à moi-même et j’accepte qu’avec mon parcours de vie, mon corps puisse changer. Je suis beaucoup plus en harmonie avec lui… et beaucoup moins dans la comparaison. »

 

Réparer les idéaux

La photothérapie est une méthode de plus en plus utilisée pour restaurer l’estime de soi, apprivoiser son image et se réconcilier avec son corps. Le fait de poser nu a pour résultats non seulement la découverte d’un soi désirable, mais aussi l’acceptation de sa vulnérabilité, sans avoir à la communiquer verbalement.

« Quand je suis allé voir JF pour la première fois il y a un an et demi, je n’allais vraiment pas bien. J’avais envie de m’embarquer là-dedans pour plusieurs raisons : je me foutais de tout, donc si ça virait mal c’était pas grave, et je trouvais paradoxal que la nudité, ce soit l’état le plus naturel, mais aussi le plus difficile à accepter. Finalement, ça a super bien été, JF et moi on travaille ensemble souvent maintenant! Oui, ç’a été difficile de se confronter à soi au début, mais ça en a tellement valu la peine! », raconte Catherine avec fougue. « Ton corps parle de toi. Ce qu’on est intérieurement finit par se construire extérieurement. Par exemple, moi je suis une fille avec de bonnes épaules, et c’est normal, j’ai fait du sport toute mon enfance. »

« J’ai réalisé que même avec des petits seins et des formes plus larges au bas, mon corps peut donner de magnifiques photos, et il me rend maintenant fière et à l’aise! »

Quand Catherine a réalisé, en se regardant, que c’était le passé qui avait forgé sa structure corporelle, elle a voulu l’apprivoiser, jusqu’à la trouver belle. Intégrer la beauté de son propre corps est sans équivoque le processus le plus souhaitable, quand on décide de poser nu.

« J’ai réalisé que même avec des petits seins et des formes plus larges au bas, mon corps peut donner de magnifiques photos, et il me rend maintenant fière et à l’aise! », affirme quant à elle Clémence, qui accompagnait une amie qui posait pour Jean-François il y a deux mois, et qui a ressenti elle aussi le besoin de se découvrir.

Clémence a expérimenté la totale : photos nues, bodypainting, moulage de vulve. Pourtant, avant cette expérience, Clémence n’était pas du tout à l’aise avec son corps, et encore moins avec sa vulve.  « Mais à force de la regarder, j’ai réalisé qu’elle était très bien! »

Là-dessus, je comprends beaucoup Clémence. Mais, qu’est-ce qu’une vulve « bien »?

« En plus du culte de la minceur, il y a aussi le culte des organes génitaux. C’est important ce que JF fait, parce que plusieurs femmes ne savent pas si elles ont une vulve faite “correctement” », insiste Catherine.

En effet, l’image de cette vulve d’enfant, avec une petite ligne au milieu et des lèvres bien rentrées, a pris d’assaut les salles de chirurgies plastiques à travers le monde.

Le plus ironique, c’est qu’au Royaume-Uni, 156 MINEURES avaient subi une labiaplastie en 2015. La plupart chérissent le rêve que leurs petites lèvres soient davantage dissimulées à l’intérieur de leurs grandes lèvres. Pourtant, 8 femmes sur 10 auraient les petites lèvres dépassant les grandes lèvres!

Nudité et sexualité

La ligne entre la nudité et la sexualité est encore difficile à défricher pour certains. Une photo en tenue d’Ève n’est pas nécessairement suggestive, et un cliché habillé peut quant à lui proposer une sensualité volontaire.

« Le corps, c’est juste une carapace. Ce qui le rend sexuel et érotique passe par nos expériences passées, nos fantasmes, par des jeux de regards. Une photo nue peut être excitante pour quelqu’un et pas pour d’autres », rectifie Catherine.

« Le corps, c’est juste une carapace. Ce qui le rend sexuel et érotique passe par nos expériences passées, nos fantasmes, par des jeux de regards.»

Eva remarque quant à elle que « les gens confondent souvent nudité et sexualité ». Elle a d’ailleurs montré quelques photos à ses trois filles. « Je veux leur faire comprendre qu’on n’a pas à se cacher, qu’on ne doit pas se laisser réprimander par qui que ce soit, qu’on est toutes différentes, et surtout toutes belles. Elles me disent d’ailleurs qu’elles me trouvent belle lorsqu’elles voient mes photos ».

L’œil du photographe a un grand rôle à jouer dans le message que nous renvoie une photo. « Si j’ai choisi JF pour la séance, c’est parce qu’on peut deviner l’âme des modèles à travers leurs corps », poursuit Eva.

« JF sait quel est le meilleur angle pour que moi corps soit avantagé », ajoute Catherine.

Mais en même temps, c’est quoi un angle avantageux? Un angle qui donne l’impression qu’on est heureuse, ou un angle qui nous fait entrer dans le moule universel de la minceur?

« C’est un excellent point », laisse tomber la danseuse.

Quant à Clémence, elle admet avoir ressenti de la gêne en début de séance, mais que cette gêne s’est aussitôt transformée en admiration. « Plus je voyais les résultats des photos, plus je me trouvais belle et plus je me sentais comme une œuvre d’art. Et ça, ça a changé ma perception de la beauté. De la mienne et de celle des autres femmes. »

La réponse à ma question est donc sans équivoque : se voir nu dans l’objectif d’une tierce personne modifie définitivement la perception de notre corps. Et si c’est fait avec autant de respect que semble le faire Jean-François O’Kane, cette perception est en effet, changée pour le mieux.

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