Germain Barre

URBANUIT : la fois où mon amante m’a « peggé »

Le pegging : une pratique sexuelle dont on parle peu, mais qui a beaucoup d'adeptes.

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« Tout le monde se lèche l’anus maintenant », me dit Ariane*, qui ne comprend pas pourquoi pas plus de gens essaient le pegging. Elle aime beaucoup stimuler la prostate de son partenaire avec un jouet ou le sodomiser avec un strap-on; tellement, qu’elle l’a expérimenté avec trois personnes différentes.

Elle ne se souvient pas si toute jeune elle glissait une bouteille d’eau en plastique ou un concombre bio dans son pantalon pour faire semblant d’avoir un pénis, mais aujourd’hui, à 32 ans, elle porte le strap-on avec joie. « Mon ex et moi nous étions très aventuriers. On s’était composé une liste d’activités sexuelles à essayer au moins une fois, comme faire l’amour dehors, jouer à Twister tout nu, aller dans un club échangiste et participer à un trip à trois. Et il y avait “ utiliser un jouet pour stimuler la prostate ” dedans. »

Un bibelot fancy et un lubrifiant pas collant

Ariane ne savait pas au départ qu’il existait des jouets spécialisés avec cette fonction précise. Elle avait donc choisi un dildo en verre sur son copain. « Je ne l’utilisais même pas pour moi. Je l’avais acheté surtout parce que je le trouvais beau », se rappelle-t-elle, contente d’y avoir trouvé finalement une utilité autre que bibelot fancy caché dans le fond de sa commode. Elle avait utilisé le même lubrifiant qu’à l’habitude. « C’est un lubrifiant qui ne demande pas un million de baby wipes pour se décoller les doigts. » Trouvant l’expérience plaisante, ils avaient ensuite trouvé un stimulateur anal, « un genre de vibrateur pour la prostate », sur un site de boutique de jouets sexuels.

Quand ils ont rompu, Ariane a continué de proposer des jeux sexuels anaux à ses partenaires. « Jamais je n’ai été avec un homme qui répondait par autre chose que de la surprise et de la curiosité. Aucun n’a trouvé ça déplacé ou s’est demandé si c’était une blague. »

Le problème des positions et d’un enthousiasme démesuré

L’un d’entre eux lui a demandé si elle avait déjà eu envie d’essayer de porter un gode-ceinture. « J’ai trouvé ça amusant d’en essayer un pour la première fois. Je me sentais déguisée, un peu comme une superhéroïne. Je ne savais pas trop comment me placer. C’était pas naturel pour moi. On a essayé quelques positions. Lui à quatre pattes, avec ou sans oreillers sous son ventre. Moi debout, accroupie, à genoux. Quand je l’ai pénétré, il a joui rapidement. Mais le lendemain il avait mal. On avait peut-être passé trop de temps à trouver comment on serait à l’aise, sans penser à ajouter assez de lubrifiant. J’étais peut-être trop enthousiaste aussi. »

«J’aime ça, le plaisir qu’il a, son laisser-aller. Je ne sais pas si c’est parce que j’aime plus la domination que je pense, mais c’est le fun, avoir l’impression de plus contrôler la relation [sexuelle] que si c’est lui qui me pénètre.»

Avec son chum depuis maintenant 4 ans, le strap-on fait partie de leurs pratiques sexuelles fréquentes. « J’aime ça, le plaisir qu’il a, son laisser-aller. Je ne sais pas si c’est parce que j’aime plus la domination que je pense, mais c’est le fun, avoir l’impression de plus contrôler la relation [sexuelle] que si c’est lui qui me pénètre. » Ariane apprécie aussi se faire sodomiser : « C’est une sorte d’orgasme différent. J’ai l’impression que tout mon corps réagit. C’est très intense. Et comme mon chum connait les sensations que ça peut provoquer, j’ai l’impression qu’il est plus sensible et à l’écoute des réactions de mon corps. Surtout si je compare à d’autres amants avec qui je n’avais pas utilisé de strap-on. »

Être infidèle pour enfin pouvoir se faire sodomiser

Grégoire* est en couple depuis huit ans. « J’ai toujours aimé jouer avec mon anus. Quand je me masturbe, je me rentre un doigt. J’ai entendu parler de pegging il y a max  trois ans. Ça m’a vraiment excité. Je l’ai proposé à ma blonde  » Celle-ci n’a pas été réceptive : « Elle trouve ça sale et gênant. Elle n’a pas de préjugés, mais elle ne veut pas essayer. » Elle a peut-être quand même des perceptions erronées sur ce que le pegging peut représenter. « Je pense pas que j’aurais l’air moins mâle ou viril pour elle, mais je pense qu’elle tient à ce que notre relation reste plus traditionnelle », m’assure Grégoire, qui ne veut pas pousser quiconque à satisfaire ses fantasmes, s’ils ne sont pas partagés.

Lors d’une soirée chez un ami, il rencontre une jeune femme avec qui il en vient rapidement à parler de sexualité. « C’était la voisine de mon ami et elle étudiait en sexologie. C’était facile de lui parler de tout. C’était pas juste à cause de la bière. C’était ce qu’elle projetait. Pas de jugement, pas de drame, beaucoup de simplicité dans sa façon de me décrire ses envies, ses expériences. » Il en vient à tromper sa blonde. C’est une révélation : « Je me sentais mal un peu d’être infidèle, mais c’était extraordinaire, me faire pénétrer par son gode. Je bandais plus dur. J’ai joui plus fort. »

Soumis à des coups de hanche et au lavement rectal

« Elle m’a dit qu’elle aimait avoir un pénis, jouer un rôle plus actif sexuellement. Moi j’ai aimé pouvoir suivre ses mouvements, être soumis à ses coups de hanche. »

L’étudiante en sexologie lui a demandé après de la toucher, pour qu’elle jouisse aussi. « Elle m’a dit qu’elle aimait avoir un pénis, jouer un rôle plus actif sexuellement. Moi j’ai aimé pouvoir suivre ses mouvements, être soumis à ses coups de hanche. » Son amante s’était également assuré qu’il soit propre : « Quand elle avait utilisé un strap-on pour la première fois, elle avait été turned off par le manque d’hygiène de la personne avec qui elle l’avait expérimenté. » Grégoire en avait été stressé. Il s’était fait un lavement rectal. Par la suite, il avait utilisé le dildo de sa conjointe, pour s’assurer qu’il était prêt à prendre quelque chose de plus gros qu’un doigt entre les fesses, sans douleur ni reste de matière fécale (#jeusexy à proposer : répéter l’expression « matière fécale » sans avoir l’air d’un docteur qui porte des gants en latex même pour boire son latte.)

Grégoire réalise qu’il souhaiterait garder le pegging comme pratique plus courante et non juste comme fantasme auquel il pense sous la douche en se masturbant. Il ne fréquente plus l’étudiante en sexologie, mais se demande comment satisfaire son besoin, sans n’avoir recours qu’au dildo de sa blonde. « Je ne sais pas comment l’expliquer et si quelqu’un d’autre peut comprendre. Je sais que ce n’est pas fairplay d’avoir une double vie, mais j’aurais vraiment l’impression de me priver de quelque chose, si j’abandonnais le pegging. »
Il reste en conflit entre son désir de se faire pénétrer et celui de ne pas aller au-delà du confort de sa blonde.

Je n’ai pas de boule de cristal mais je sais qu’il n’attendra jamais sa blonde avec des ballons, des confettis, des roses sans épines et des jouets à essayer sur lui au lit. J’espère juste que pour eux, la conversation n’est pas terminée et qu’il y aura toujours un espace d’écoute pour accueillir avec bienveillance, courage et lubrifiant au silicone les besoins de l’autre.

Sur le pegging

Tout est une question de perception lorsqu’il est question de pegging. Le fait est que ça n’a rien à voir avec l’orientation sexuelle de quelqu’un, ou même son genre.
 
C’est une pratique sexuelle, une expérience qu’un couple, par exemple hétérosexuel, peut avoir envie d’essayer afin d’échanger de place lors de la relation physique, bousculer le « schéma traditionnel ». Cela peut d’ailleurs être très excitant d’amener ce changement. Pour d’autres, il est uniquement question de sensations physiques.

  • * Prénoms fictifs

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