URBANUIT : ASMR et pornographie, ou quand on jouit grâce à nos oreilles

Exploration d'une branche nouvelle de la pornographie.

Tout peut être érotique : de l’odeur d’une aisselle à l’ASMR. Ce terme, l’abbréviation de Autonomous Sensory Meridian Response (Réponse Autonome Sensorielle Culminante, en français), a été inventé par Jennifer Allen en 2010. Elle soupçonnait alors ne pas être seule à ressentir des sensations distinctes, et pas nécessairement sexuelles, comme des frissons à la nuque, en réponse à des stimulis visuels et auditifs. L’expression « orgasme cérébral » ou « orgasme du cerveau » est depuis souvent utilisée pour parler des réactions spécifiques à certains sons ou images.

L’ASMR est maintenant devenue une tendance réelle sur les réseaux sociaux, et pas seulement dans la tête de Jennifer Allen : c’est un des objets de recherche les plus populaires sur YouTube et plus de treize millions de vidéos y sont consacrés. Des personnes y sont filmées en train de manger des Captain Crunch, se brosser les cheveux ou de tapoter des brosses de maquillage contre un micro.

De la porno subtile sur YouTube

Si imaginer quelqu’un déguisé en Bridget Jones, en infirmière ou en sirène, chuchotant des trucs sur sa journée, peut déjà avoir l’air érotique pour certains, l’ASMR est aussi pornographique, sans faire semblant.

Si imaginer quelqu’un déguisé en Bridget Jones, en infirmière ou en sirène, chuchotant des trucs sur sa journée, peut déjà avoir l’air érotique pour certains, l’ASMR est aussi pornographique, sans faire semblant. Des actrices de films X y ont trouvé une niche particulière. En 2018, la Chine a banni tout vidéo de relaxation ASMR, parce que ça encourageait la vulgarité et des contenus pornographiques.

C’est Cybèle Lespérance, une travailleuse du sexe, activiste et autrice, qui m’a fait découvrir ces vidéos qui fascinent des millions de spectateurs, utilisant l’ASMR pour relaxer, s’endormir, méditer, ou être aussi excité autrement que par des pénétrations en gros plan. Elle est tombée par hasard sur des vidéos de pornstars, intriguée par l’ASMR mainstream. Plusieurs femmes y ont d’ailleurs des ongles aussi longs que les actrices de films X, prêtes à les taper contre le micro pour provoquer frissons et envie de se faire griffer.

Carpe Diem devant une pornstar qui tape une gourde

Sur Pornhub aussi, l’ASMR est populaire. Des actrices y sucent des dildos, envoient des bisous soufflés, branchent un micro sur leurs vulves pour y faire entendre les clapotements de leur mouille, font couler leur douche, frottent leurs seins contre certains tissus ou boivent avec une paille pas en plastique. Pornstar ASMR est actif sur Twitter et produit plusieurs vidéos. Dans l’un deux, Felicity Feline reproduit et explique qu’elle adore le son de ses doigts contre le clavier d’ordinateur, car ça lui rappelle des souvenirs d’école. Elle secoue aussi une gourde d’eau et lui donne quelques tapes. Pour elle, l’ASMR est une façon d’entrer en contact et d’offrir une présence différente, mais importante.

Romi Rain, une autre actrice de films pornographiques, connecte également avec les gens à l’aide de vidéos ASMR. Elle y chuchote, roule ses ongles rouges sur le micro et critique les auditeurs qui lui demandent de toujours montrer son cul.

Pour Conrad*, ces vidéos explicitement érotiques aident à contrôler son anxiété, tout en le stimulant sexuellement. « C’est excitant, mais pas assez pour que je bande. Ça me relaxe. C’est peut-être un fétiche, mais je pense pas trop à ça. J’aime écouter les pornstars comme Audrey Royal chuchoter, mais aussi d’autres femmes qui font du pudding ou qui tapent des bureaux. » Il n’en a jamais discuté avec sa partenaire, parce qu’elle « comprendrait que je regarde des gang-bang, mais pas des filles qui se brossent les cheveux pour relaxer. » Il aime sentir qu’il fait partie d’une expérience, mais il est incertain s’il restera toujours intéressé par ce genre de vidéos.

«C’est excitant, mais pas assez pour que je bande. Ça me relaxe. C’est peut-être un fétiche, mais je pense pas trop à ça. J’aime écouter les pornstars comme Audrey Royal chuchoter, mais aussi d’autres femmes qui font du pudding ou qui tapent des bureaux.»

Alors que les acteurs pornos tentent de déjouer la tendance des tubes mainstream qui proposent des films gratuits, les vidéos personnels (ou « custom porn », lorsque les acteurs et actrices réalisent des vidéos privées selon les désirs d’un client) et la porno audio deviennent de plus en plus populaires. La tendance de l’ASMR porno pour payer le loyer des performeurs et pour passer de bonnes nuits calmes et relaxantes pour les spectateurs est potentiellement là pour rester, même s’il manque encore de base scientifique au phénomène des orgasmes cérébraux.

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