AJ Batac

Urbanisme d’hiver : on veut des cabanes pour se réchauffer dans les parcs

Elles n'ont même pas besoin d’arborer le look « bûcheron ».

Êtes-vous déjà sortis dehors l’hiver par une journée de grand soleil, plein d’enthousiasme à l’idée d’aller vous promener dans un parc?

Et avez-vous déjà reviré de bord dès que vous avez senti le vent glacial sur votre visage, sachant que vous ne tiendriez pas une heure dans ces conditions?

C’est dans un scénario comme celui-là que les petites cabanes qui ornent certains parcs de la ville d’Edmonton sont utiles. Ces mignonnes installations peuvent accueillir une dizaine de personnes à la fois, sont faites en bois et sont abondamment vitrées pour laisser passer les rayons du soleil. D’ailleurs, il n’y a pas de chauffage à l’intérieur : le but étant surtout de couper le vent et de laisser entrer la chaleur naturelle du soleil. S’il fait -10 ou -15 à l’extérieur, la température peut monter à 2 degrés dans la cabane, c’est-à-dire assez confortable pour s’asseoir et prendre une pause du grand froid.

Ce qu’il y a de beau également, c’est qu’elles ne coûtent pas très cher à construire, et qu’elles peuvent être démontées au printemps. Ça serait l’fun d’avoir ça à Montréal, non?

« L’hiver, il y a toujours une relation entre l’extérieur et l’intérieur qui est très intime. Quand il y a un lieu où une masse critique de gens vont pratiquer une activité hivernale, ça prend aussi un bâtiment pas loin, pour se réchauffer ou prendre un chocolat chaud… À partir de là, on peut utiliser l’option pas chère de faire de petites serres comme celle-là », explique Olivier Legault, urbaniste chez Vivre en ville.

Il souligne par ailleurs que les modèles économiques et pratiques d’Edmonton ne sont pas les seuls à exister à travers le monde. Il se tient même chaque année à Winnipeg une compétition de design de warming huts, et on doit avouer que les résultats sont assez impressionnants. On veut un concours comme celui-là à Montréal!

On a justement repéré sur le Mont Royal de jolies installations vitrées, utilisées par le personnel de la montagne, qui pourraient faire de bien belles huttes pour se réchauffer si on y avait accès…

Des mini parcs hivernaux

Bien souvent, ce genre de cabane est nécessaire dans les grands parcs parce qu’on y reste longtemps. Pour les petits parcs, c’est un autre genre d’aménagement qui pourrait les rendre plus utilisés l’hiver.

« Dans les grands milieux urbains denses, on retrouve de petits espaces enneigés ici et là, mais ils ne sont jamais assez grands pour faire du ski de fond ou de la raquette, par exemple. On pourrait toutefois y installer un tas de neige pour glisser, et organiser l’espace pour maximiser l’ensoleillement et minimiser le vent, tout en s’assurant qu’il y ait de l’ombre l’été », suggère notamment Olivier Legault.

Des détails tout simples, comme l’installation de bancs publics en bois plutôt qu’en métal (qui devient glacé l’hiver), peuvent également faire la différence.

Sommes-nous si mauvais?

On vous a parlé, dans cet article et dans deux textes précédents, d’initiatives qui pourraient nous aider à mieux profiter de l’hiver à Montréal. Mais sommes-nous si mauvais que ça? Peut-être pas, quand même.

Une des règles importantes du design hivernal est l’utilisation de couleurs (pour éviter de passer des mois dans les teintes de blanc et gris).

« On est une meilleure ville d’hiver qu’Edmonton », croit Olivier Legault. Si la capitale de l’Alberta a lancé une stratégie hivernale en 2010, c’est parce qu’elle était particulièrement mal adaptée à son climat. « Leurs lignes directrices sont intéressantes, mais ça reste un positionnement pour des développements d’avenir. Ils nous regardent plus qu’on les regarde. »

Une des règles importantes du design hivernal est l’utilisation de couleurs (pour éviter de passer des mois dans les teintes de blanc et gris). Et à cet égard, des réalisations d’ici, comme l’illumination de la rue Cartier, à Québec, sont inspirantes.

Reste qu’on peut certainement s’améliorer. « C’est une sensibilité qui reste à développer. Ce qui nous sauve, c’est que les noyaux de nos villes datent d’une époque pré-automobile, donc on a gardé une espèce d’échelle humaine qui fait que nos bâtiments sont rapprochés les uns des autres, et en général pas trop hauts. Des quartiers de triplex à Montréal avec des ruelles, c’est un type de développement assez bien adapté à l’hiver », explique Olivier Legault (à part peut-être les mozus d’escaliers extérieurs qu’il faut continuellement pelleter).

Quand tout n’est pas perdu, ça donne encore plus le goût de s’améliorer, non?

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