Jade Bressan

URBANIA a testé : Le plogging

On a enfin trouvé une mauvaise idée qui vient de Scandinavie.

Courir en ramassant des déchets, voilà la nouvelle lubie fitness selon le Washington Post. La pratique, qui nous vient directement de Suède, intrigue le web ces jours-ci, et la rédaction d’URBANIA n’échappe pas à la frénésie.

Je cours. J’aime l’environnement. Ramasser des déchets? Bah comme tout le monde je porte mon sac vert chaque semaine sur le bord de la rue et ceux qui jettent leurs cochonneries par la fenêtre des voitures me donnent des envies de violence. C’est donc à moi qu’on a confié le mandat de tester le plogging [insérez votre blague de butt plug ici], contraction de « jogging » et de « plocka upp » (« ramasser » en suédois).

Récit d’une insupportable sortie de course.

KM 0 – L’équipement

Jusqu’ici, tout va bien. Ça pourrait se compliquer dans un futur proche, maintenant que les sacs de plastique sont bannis à Montréal, mais pour l’instant, dénicher un sac à plogging est relativement facile. Mon ambition? Faire mes habituels 10 km en « ploggant » (et en me disant que le champ lexical du plogging est limité). C’est parti!

Plogging – Starter pack

KM 1 – Le protocole

Armée de mon sac et de ma mauvaise foi, je pars. Rapidement, je réalise qu’il me manque une information capitale. Faire du plogging, ça veut dire ramasser chaque déchet sur mon passage? Je veux dire tout? Est-ce que je peux ignorer un déchet? Parce que ça fait beaucoup. Mouchoirs humides, sac de caca de chien, vieux botch : la fonte des neiges ne montre pas le meilleur des Montréalais. À vue d’oeil, 2 coins de rue seront largement suffisants pour faire déborder mon sac. La perspective de traîner des vidanges pour les 45 prochaines minutes m’enthousiasme assez peu. Je décide de suspendre mon ploggage pour les 5 premiers kilomètres et plogguer à la fin de mon parcours.

Heille. J’ai juste UN sac.

KM 2 – Interlude

Les endorphines viennent d’embarquer. Il fait -2 °C mais je transpire comme une saucisse à hot-dog du IKEA, roulant sur son réchaud. L’avenir m’appartient. Cette nouvelle aventure de plogging sera formidable. J’y crois. À MOI LES DÉCHETS DE VILLERAY! BRING IT ON!

Mon premier déchet

KM 5 – On ploggue

Les choses deviennent sérieuses. Je sors mon sac et récolte mon premier déchet, une chaussette mouillée et orpheline. L’image d’un pied avec des ongles ravagés par les champignons surgit dans ma tête. Le coeur me lève. Je comprends trop tard que des gants de travail doivent faire partie de l’ensemble du parfait ploggueur. Personne ne m’avait averti, évidemment. Trop tard. Si je suis pour faire du plogging à main nue, une sélection des déchets devra s’opérer. Les Kleenex, c’est non. Les cheveux? Nop. Mon déchet favori? Clairement les paquets de cigarettes. Secs la plupart du temps, ils se ramassent bien et ont peu de chances d’être entrés en contact avec des fluides corporels.

Ruelle > Salon de coiffure

KM 6 – Ceci est une fraude

Mon sac s’est rempli au ⅔ , au prix de ma dignité. Je trotte plus que je ne cours. Entre 2 déchets, j’ai l’air de faire du Prancercise avec un sac poubelle format cuisine. Si je suis capable de vivre dans le ridicule, je digère un peu moins le fait de me faire arnaquer. Dans cette vidéo, le narrateur nous promet un entraînement pour tout le corps. Ce journaliste devrait se faire radier de son ordre professionnel. Même en faisant des intervalles entre deux détritus et en squattant à chaque ramassage de vieux papiers, je ne vois pas comment tout le corps peut-être sollicité. Cet homme a-t-il déjà entendu parler d’un biceps? On ne dirait pas. Je décide de marcher (ce qui, on se rappellera, n’est pas un synonyme de courir).

Mon déchet pref.

KM 9 – Voyons don’

Vêtements mouillés par l’effort soutenu des 5 premiers kilomètres + marche pour les 4 suivants = j’ai froid. Je maudis chaque résident de Villeray qui a un jour laissé tomber une facture de sa poche sans la ramasser. Mon sac est plein, j’ai marché la moitié du trajet, il me reste 1 kilomètre à parcourir (cette fois-ci à la course, soyons sérieux), avec une poche d’ordures dans les mains qui entrave chacun de mes mouvements. Ce sera un calvaire jusqu’à la fin.

Tétanos? Non merci.

KM 10 – Non.

Bilan : j’ai failli attraper le tétanos avec un couvercle de pot de cornichons, me suis enfargée dans une toilette, j’ai délesté le quartier d’un peu moins de 3 litres de déchets (alors qu’on pourrait facilement remplir trois dix roues uniquement en ratissant ma rue) et mon cardio rit de moi. Ceci n’est pas un sport au service de l’environnement, c’est l’enfant d’une fausse bonne idée qui a fait l’amour avec un cauchemar.

Disons-le et soyons clairs, le modèle scandinave a une faille et elle s’appelle plogging.

Un déchet à l’image de cette course.

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