Une balade dans Gouin avec Françoise David

La fois où j'ai été prendre une marche avec Françoise David, et qu'on a jasé élections.

Mercredi, 19 heures. 16e jour de la campagne électorale. Lorsque j’arrive devant le local de QS, dans Gouin, Françoise David est au téléphone. Elle me sourit depuis la fenêtre de son bureau. À peine revenue de chez Gérald Fillion, à RDI, la voilà encore à répondre patiemment aux questions d’un interlocuteur X. Au milieu du local électoral trône une grosse pancarte jaune. Un « 367 » tracé au crayon feutre recense le nombre d’adresses affichant pavillon Québec Solidaire, à travers Gouin. Pas mal, pour la mi-campagne. Surtout qu’en 2008, paraît qu’on n’en dénombrait que 300, le jour des élections. La conversation téléphonique s’étire. « Les gens, ils ont parfois des questions très spécifiques», s’est ensuite excusée Mme David – Vraiment, y’a pas de quoi. C’est déjà remarquable qu’une co-chef de parti prenne le temps de répondre personnellement aux questions « des gens ». «Bon ben t’es prêt, François? On y va.» François, comme dans François Larose, son conjoint et fidèle acolyte. Dès que l’horaire le permet, entre les plateaux de télévision, les points de presse et les tournées à travers les villes du Québec, le couple Solidaire sillonne la circonscription à pied. Ce soir, on rend visite à ceux que le pointage téléphonique identifie comme indécis. Comme ça, sans tambour ni trompettes; juste des dépliants. Je ne sais pas pourquoi, mais je m’étais imaginé quelque chose de plus cérémonieux. Comme si les candidats vedettes venaient nécessairement avec un cortège. Mais ça, visiblement, c’est dans ma tête d’ado-princesse qui n’a pas vu grand’ campagne électorale. De porte en porte, Françoise David aborde les citoyens avec une prestance totalement décomplexée. Décontract, vraie. « J’adore le porte à porte! » Il s’agit d’une occasion d’établir un contact privilégié avec les citoyens de sa circonscription, explique-t-elle. Dès le début,  un enthousiaste : « Oh! Mademoiselle David! » s’exclame l’homme, dans l’embrasure de la porte. Il félicite la candidate pour sa non-langue-de-bois, souligne le caractère rafraichissant de Québec Solidaire, puis, après un bref échange, conclut : « Entécas, je sais pas encore si j’vais voter pour vous ou pour la CAQ, mais continuez votre beau travail! » Chose certaine, cet indécis en était bel et bien un. Mme David quitte le perron avec un sourire en coin. Amusée, je lui demande si les gens sont toujours aussi enthousiastes? « Eh bien disons que les gens qui sont pour moi, c’est avec enthousiasme » répond-elle humblement. Plus qu’en 2008? « Le jour et la nuit! » Pas si surprenant. Depuis les dernières élections, le capital de sympathie envers Québec Solidaire a chopé tout un Hockey Stick Syndrom. Et avec le Printemps Érable, un sacré vent de gauche semble souffler sur la société québécoise. En ce sens, Gouin est un endroit névralgique. Sondages à l’appui: mercredi, le site web Threehundredeight accordait à Françoise David 43% des intentions de vote, contre 35,3% pour le candidat péquiste sortant, Nicolas Girard. C’est pas rien. Grosse pointure, quand même, Nicolas Girard. Mais la circonscription se rajeunit. De plus en plus d’étudiants et de jeunes familles. « Pour te dire : 600 portes avec des carrés rouges. On les a comptées! » m’informe Mme David, qui porte d’ailleurs sans complexe son petit carré rouge. Crocheté, en plus. À ce sujet, arrive-t-il que les gens soient rebutés ou se montrent choqués par le symbole? « Jamais! Les gens sont très courtois. Eh puis, je ne le porte pas tout le temps. Des fois j’oublie. C’est pas un dogme. » Selon elle, de toute façon, les gens savent très bien quelle est la position de Québec Solidaire sur la hausse des frais de scolarité. Contrairement au PQ, qui s’est montré plutôt « bizarre », avec ses tergiversations, souligne la candidate. Françoise David dénote d’ailleurs que les jeunes, tout particulièrement, lui témoignent une sympathie nouvelle : « En 2008, je ne signifiais rien pour les moins de 30 ans! La marche du pain et des roses, tout mon militantisme passé, ils étaient trop jeunes pour que ça soit significatif pour eux!» Mais à présent,  les 18-30 ans font preuve de « gentillesse, de respect et d’affection », remarque-t-elle. Le soutien inébranlable de Québec Solidaire au mouvement étudiant n’est sans doute pas étranger à tout ça. Facile de s’attacher à ses indéfectibles défenseurs, après tout! « Mais il n’y a pas que les droits de scolarité. Les questions environnementales, aussi. Ça rejoint beaucoup les jeunes. Ils ont du temps devant eux, ils sont conscients de l’importance de prendre soin de la planète. Et pour ça, à mon avis, on est les meilleurs ! Les Libéraux, c’est les pires. Le PQ, c’est mou. La CAQ est… surprenante… Mais y’a une infinité de raisons qui font qu’il ne faut pas voter pour elle. Alors il faut aller ailleurs, avoir de l’audace!» Pas fou. Ce sont effectivement les plus jeunes qui devront dealer avec une planète toute pourrie, si on fait pas attention. Et c’est sûr que ça pogne, chez les Y, ça : pas gâcher les ressources tout d’suite, parce que nous aussi on veut en profiter! Ha! Et le débat politique, au Québec, est-ce qu’on le sent plus polarisé que jamais? « Le débat a été très polarisé au printemps, ça c’est sûr. En mars, avril et mai, les esprits étaient échaudés. Mais là, tout le monde a pris des vacances et c’est plus facile d’avoir un vrai débat.  Là, les gens veulent s’exprimer. Et ils vont le faire par les urnes.» Mais même si la volonté de contester le gouvernement actuel est palpable au sein de la population, et que Québec Solidaire peut être fier de sa progression des derniers mois, le parti fait face à une menace plus insidieuse: le vote stratégique.  Le fameux « vote stratégique ». Ou encore cette idée reçue selon laquelle il serait convenable de voter pour le moins pire, plutôt que pour le meilleur. Pour Françoise David, il s’agit d’un réflexe qui n’a pas sa place. Aussi, il y aurait une lassitude évidente à l’endroit des vieux partis : « Les gens vont voter pour les vieux partis, mais pas avec enthousiasme.» Dans cette frénésie de vouloir à tout prix défaire les Libéraux, chez une certaine portion de l’électorat, on peut en effet appréhender que beaucoup de votes seront alloués au PQ par défaut;  pour jouer safe, comme on dit. Mais la co-chef de Québec Solidaire persiste et signe : « On veut faire comprendre aux gens qu’on peut voter Québec Solidaire et défaire les Libéraux! Faut que les gens osent voter avec leurs valeurs. » Voter avec nos valeurs. Pas toujours le vote le plus facile, remarquez. Ni le plus tentant. Mais reste qu’analyser attentivement ce que chaque candidat propose, indépendamment du poids stratégique du vote, c’est très important. Éviter un vote purement émotif, pour punir un gouvernement qui ne nous sied pas. On s’assoit, on lit, on réfléchit et on décide. Et faudrait pas oublier que dans une circonscription considérée « gagnée d’avance », la variable  stratégique devient obsolète. Ça, c’est moi qui le dit. Mais quand même. Après tout, la démocratie, ce n’est pas voter contre quelqu’un, mais bien voter pour quelqu’un. Et ça, c’est plutôt difficile à réfuter, peu importe les allégeances politiques. Somme toute, c’était une balade bien intéressante. *** Et moi, sur twitter, c’est @aurelolancti !–

Photo: quebecsolidaire.net

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