Un vent de brutalité policière souffle sur le Québec ?

[La Gazette de Port-au-Prince] « On est un peu ébranlé en voyant des images de cette nature », a du reconnaitre en février le ministre de la Sécurité publique du Québec, Stéphane Bergeron. Il se disait «secoué» par une nouvelle vidéo représentant encore une fois des policiers frappants un suspect couché au sol. Comme lui, plusieurs groupes de citoyens et associations de la province canadienne affirment être inquiets face à cette montée de la brutalité policière. Le gouvernement vient d’annoncer une commission d’enquête sur la crise sociale qui a mobilisé des centaines de milliers de manifestants l’année dernière, mais en exclut d’emblée les questions relatives au travail policier.

Environ quatre mille manifestants opposés au pouvoir, la grande majorité pacifique, ont été arrêtés puis relâchés à Montréal depuis un an. De nouveaux règlements permettent aux policiers d’arrêter quelqu’un soupçonné d’avoir participé à une manifestation non-autorisée.

En Haïti, une loi empêchant les manifestations spontanées serait une véritable blague. Le directeur général de la police nationale haïtienne, Gotson Aurélus, l’a encore démontré mardi dernier interdisant sans succès aux partisans d’Aristide de prendre la rue. La jeune démocratie haïtienne n’est probablement pas prête d’oublier la nécessité de la contestation populaire, à la racine de l’acte d’indépendance du pays en 1804, comme pour la France quelques années plus tôt. La législation française punit d’ailleurs toujours les organisateurs d’une manifestation non-autorisée, mais pas l’acte de manifester.

Une seule policière de la métropole québécoise a été suspendue suite à deux abus de pouvoir violents filmés par une caméra. Les autorités québécoises viennent de créer une commission secrète pour étudier les questions entourant le soulèvement étudiant et populaire de l’année dernière. À peine annoncée vendredi, le ministre a dû reconnaître que celle-ci devra probablement exclure la question des abus des forces de l’ordre.

Des cas de mâchoire fracturée, d’oeil perdu et de nombreuses arrestations non-fondées sont pourtant attribués à des policiers. En chute libre dans les sondages d’opinion depuis le soulèvement populaire de 2012, l’image des policiers semble entachée par des dizaines de cas documentés de blessures et de violence policière, particulièrement à Montréal.

La crédibilité des forces de l’ordre est « nulle », expliquait un professeur d’histoire dans une lettre ouverte la semaine dernière. Il citait en exemple le préfet de police de Paris, Maurice Grimaud, durant les émeutes de mai 1968, alors qu’un jeune manifestant poursuivi par la police française venait tout juste de mourir. « Frapper un manifestant tombé à terre, c’est se frapper soi-même en apparaissant sous un jour qui atteint toute la fonction policière », avertissait à l’époque le haut-fonctionnaire dans cette missive envoyée à tous les policiers de la capitale française.

De notre correspondant Étienne Côté-Paluck pour la Gazette de Port-au-Prince, avec la participation de l’Agence de presse Urbania internationale (APUI).

Photo: mecanopolis.org

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