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URBANIA et le Festival de cinéma de la ville de Québec s’unissent pour vous faire découvrir cinq femmes inspirantes qui transforment le cinéma contemporain, un film à la fois.
Elles brassent de grosses affaires, ces femmes cinéastes qui, malgré leur talent indéniable, ont dû se battre pour se tailler une place derrière la caméra.
Sure, il reste encore un petit bout de chemin à faire, mais la croissance de la présence féminine dans l’industrie du cinéma est considérable (enfin!), et son impact sur la culture populaire transcende les enjeux de parité de genre.
C’est à grands coups d’œuvres exceptionnelles que les femmes changent foncièrement le visage de notre cinéma, grâce à la diversité de leurs perspectives narratives et à la déstabilisation des stéréotypes à l’écran – pis pour vrai, c’est libérateur. Vous en voulez du bon cinéma? En v’là.
Parce qu’on avait envie de les applaudir à notre façon, on a décidé de vous présenter cinq femmes inspirantes, dont l’œuvre, le parcours, l’impact sur l’industrie et les projets à venir font jaser.
C’est parti les ami.e.s.
Vous avez encore la chair de poule après avoir vu Chien de garde en 2018? Eh bien nous aussi. Reconnue pour son écriture à la fois rough et délicate, Sophie Dupuis est rapidement devenue une des grandes cinéastes de la relève, si ce n’est pas une des grandes cinéastes tout court.
C’est seulement quelques années après avoir terminé ses études en cinéma que cette jeune réalisatrice a secoué le reste de l’industrie (sorry, la gang) par son envie de brasser les codes. Ses œuvres sont léchées, intimistes, percutantes, et son regard sur le monde est indéniablement en train de transformer le cinéma québécois, un long métrage de haut calibre à la fois.
On pense évidemment à Chien de garde, une immersion émotionnelle profonde dans la réalité d’une famille dont les liens sont aussi intenses que le dysfonctionnement. Ou encore à Souterrain (2020), un regard intime sur la masculinité chancelante et les enjeux individuels d’une communauté de mineurs de Val-d’Or.
Son dernier bébé, Solo (2023), s’annonce déjà comme une des œuvres les plus attendues de l’année. À cheval entre une histoire d’amour électrisante et un drame familial, le film nous permet d’accéder à l’univers de Simon, une étoile montante de la scène drag queen montréalaise. Esthétiquement achevé et écrit d’une main de maître, ce film pourrait bien se révéler un des plus grands de la jeune réalisatrice.
Tous ces films-là ont un point en commun : une direction d’acteurs impeccable. Sophie réussit à ébranler ses spectateurs à tout coup grâce à un jeu complexe, physique et ultra réaliste. La réalisatrice dit d’ailleurs s’inspirer de gens qu’elle rencontre et qui la bouleversent, une marque de fabrique qui élève son cinéma à un autre niveau.
Ah! Et on espère que ses étagères sont solides, parce qu’elle a déjà reçu plus de 50 prix et nominations à l’étranger, un nombre qu’on pourrait qualifier de pas pire excellent pour une cinéaste en début de carrière qui s’enligne pour en remporter pas mal plus. Bien joué, littéralement.
Même les âmes les moins sensibles furent bouleversées par l’univers dystopique de The Handmaid’s Tale, la fameuse série adaptée du livre de Margaret Atwood, reconnue pour son arc narratif anxiogène et ses visuels saisissants.
Cette direction artistique impeccable, on la doit à Elisabeth Williams, une Montréalaise qui grâce à son approche avant-gardiste et à son œil aiguisé s’est rapidement taillé une place de choix dans l’industrie.
C’est lorsqu’elle travaillait à sa maîtrise en théorie de l’éducation qu’Elisabeth a déniché son premier emploi étudiant en cinéma, un poste de coordonnatrice de production, loin de penser que, quelques années plus tard, elle serait sur la scène des Emmy Awards en train d’accepter son troisième trophée.
En jasant de la place des femmes dans l’industrie, Elisabeth nous raconte son expérience :
En 2014, sa carrière prend officiellement son envol : elle quitte Montréal pour travailler à la série à succès Fargo, à la tête du département de direction artistique. Son travail est raffiné, réfléchi, recherché et, surtout, acclamé.
C’est normal : son style est unique. Elisabeth dit traiter chaque plateau comme s’il s’agissait d’un personnage. Chaque micro-univers a droit à sa profondeur, à ses subtilités et à sa personnalité. Son besoin d’intellectualiser ses visuels, c’est ce qui fait que ses projets sont aussi détaillés et impeccables. Sa direction artistique raconte une histoire, une vraie, une bonne – comme quoi même un décor peut nous faire vivre des affaires.
Parlant de succès à l’étranger, il serait difficile de dresser un portrait des étoiles montantes de l’industrie sans parler de Kattia G. Zúñiga. Comme elle est trop talentueuse pour être mise dans un moule, on a envie de la qualifier d’artiste multidisciplinaire, étant donné la quantité de cordes qui se trouvent à son arc, un super pouvoir qui fera d’elle une des cinéastes les plus prometteuses de sa génération.
De preneuse de son à productrice, à directrice artistique, à interprète, à auteure, à danseuse, à réalisatrice, Kattia est l’heureuse victime de sa curiosité et de son envie de toucher à tout. La jeune réalisatrice travaille sur une tonne de projets en même temps parce que pour elle, c’est la meilleure façon de demeurer inspirée et de tirer profit de sa créativité.
Alors qu’elle nous a tous virés à l’envers avec son écriture vibrante, sa mise en scène et sa performance touchante dans J’aime Hydro, Christine Beaulieu a indéniablement gagné sa place dans le Hall of Fame des créatrices québécoises inspirantes.
Diplômée de l’École de théâtre du Cégep de Saint-Hyacinthe en 2003, l’actrice s’est rapidement fait remarquer pour son incontestable talent et sa capacité à interpréter des personnages complexes, souvent aux antipodes les uns des autres. On a pu la voir dans plus d’une quarantaine de productions télévisuelles et cinématographiques (pas pire), et c’est sans compter les projets où elle est derrière la caméra.
Humaniste, Christine a toujours eu envie de prendre la parole par l’écriture et elle a bien fait de suivre son instinct. J’aime Hydro, c’est un gros projet, un projet théâtral mais surtout social. C’était l’occasion pour elle de participer à une réflexion de société et de transformer le théâtre en un lieu ou on peut traiter d’enjeux sociopolitiques importants.
À l’heure où on se parle, l’actrice (et maintenant auteure) a plusieurs projets sur le feu, et on a tous hâte de voir jusqu’où son désir de changer les choses et sa passion viscérale pour l’écriture la mèneront, créativement parlant.
On l’aime pour sa présence, sa sensibilité et sa curiosité, qui font décidément d’elle une inspiration pour les jeunes femmes de la relève du théâtre et du cinéma – yééé!
Parlant de relève, on a un petit crush pour le travail de la jeune réalisatrice Priscillia Piccoli, dont le style documentaire, l’approche humaine et le ton engagé témoignent d’un vent de changement dans les codes narratifs du cinéma québécois.
Ma cité évincée (2023), son dernier long métrage, coréalisé avec la talentueuse Laurence Turcotte-Fraser (allez voir son travail, ça vaut la peine), dresse un portrait poignant des évincés de Montréal, un cri du cœur qui agit comme porte-voix de cette communauté ostracisée.
C’est en 2020, alors que la jeune réalisatrice se formait comme intervenante sociale auprès de personnes en situation d’itinérance, que la plus grande crise du logement frappait le Québec, et il lui est alors apparu impossible de garder le silence. C’était l’occasion pour elle d’avoir un réel impact sur la crise et d’ouvrir les yeux du public sur les enjeux sociaux du moment, tout ça en montrant ce qu’elle voyait à travers sa lentille.
Son travail de haute voltige fait ses preuves, et Priscillia accumule déjà les prix de la relève pour ses projets, acclamés par l’industrie. Si on était vous, on garderait un œil ouvert sur ses projets à venir : ça risque d’être beau pis bon.
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Envie de vous plonger encore plus dans le travail de ces cinq créatrices? Rendez-vous au Festival de cinéma de la ville de Québec!
Psssst : fun facts, c’est Christine Beaulieu qui est porte-parole de l’événement, et Elisabeth Williams qui orchestre sa direction artistique. Une occasion en or d’assister à leurs classes de maître et de leur piquer une petite jasette.
Pour la programmation complète, c’est ici.
« Lorsque j’ai commencé à participer aux réunions de préproduction comme directrice artistique il y a 20 ans, j’étais la seule femme assise à la table. J’ai assisté, au fil des ans, à l’augmentation de la proportion de femmes chefs de département dans l’industrie et, depuis une dizaine d’années, à l’ascension des jeunes femmes à la direction photo et à la réalisation. Mais il ne faut pas se leurrer, la parité des genres n’est pas acquise. Nous ne la connaîtrons que lorsque notre présence ne résultera plus d’une discrimination positive mais sera plutôt une normalité, et qu’à la tête de toutes les sphères économiques il n’y aura plus de “white boys’ clubs”. Pour en arriver là, il faudra qu’il y ait au Québec, comme partout ailleurs, une participation équilibrée de l’ensemble de la population, afin que nous puissions tous et toutes prendre part à l’expression de la culture et à la construction d’une société riche et diversifiée. »
À ses débuts, l’absence de parité dans l’industrie n’a pas empêché la jeune Elisabeth d’assouvir sa curiosité et de faire confiance à son instinct. Elle est immédiatement tombée amoureuse de la direction et de la production artistique et a rapidement monté les échelons, un petit métier à la fois. À l’époque, son horaire était plus que chargé. Elle est déjà maman, et travaillait à temps plein sur une grosse production tout en suivant des cours dans à peu près tous les domaines pouvant lui permettre de peaufiner son art, du dessin au design intérieur.
D’origine panaméenne et costaricienne, Kattia a récemment réalisé et écrit son premier long métrage, Sister & Sister (Las Hijas) (2023), un film doux et immersif inspiré de son expérience personnelle et traitant de la complexité de la relation entre deux sœurs qui quittent la maison pour retrouver leur père, qu’elles n’ont pas vu depuis une décennie. La dynamique qui lie les deux personnages féminins a rarement été vue au cinéma, et le point de vue narratif apporté par Kattia tient du génie. Le jeu des acteurs est percutant, l’écriture est « confrontante », la direction photo est esthétiquement impeccable, bref, tous les éléments sont là pour en faire un film qui saura marquer l’imaginaire collectif.
Les années pendant lesquelles Kattia a œuvré dans l’univers de la danse ont eu un impact important sur sa carrière de réalisatrice et sur sa façon de travailler avec le jeu physique. De plus, qui dit industrie du spectacle dit petits rituels quotidiens. Chaque matin, Kattia commence la journée en rassemblant toute son équipe de tournage dans un cercle pour un cri de ralliement digne d’une entrée sur scène, et chaque soir, elle la termine avec une douche froide et un petit dance party en solitaire. Cute, non?