Un Québécois refait sa vie dans un paradis fiscal

Qu’est-ce que le canal de mauvaises nouvelles continuelles essayait de me faire comprendre avec son titre racoleur qui barrait la moitié de l’image du téléviseur? Qu’on est mieux ailleurs? Qu’on paye trop d’impôts ici? Que le paradis existe sur terre? Qu’on peut refaire sa vie, comme on refait ses seins?

Je n’ai pas écouté le vrai débat de faux experts. Le téléviseur allumé par habitude au café du coin n’avait pas de son. Mais je me suis demandé ce que ce genre de « nouvelles » pouvait apporter aux téléspectateurs prêts à tout gober.

On vit d’impressions. On bâtit nos convictions sur le béton friable de nos perceptions. On pense et on agit sous influence.

Les diffuseurs de nouvelles ont des responsabilités et pas seulement envers leurs actionnaires. Quand une société est bombardée d’idées reçues comme des manifestants de gaz lacrymogènes, il ne faut pas s’étonner qu’elle ne voit plus très clair.

D’où l’importance d’avoir des médias diversifiés, indépendants et rigoureux.

C’est malheureusement de moins en moins le cas dans nos sociétés de plus en plus privatisées. La Grèce a fermé avant-hier sa télévision publique. Ici (!), Radio-Canada est malmenée de tous bords tous côtés, les médias sont plus concentrés que le nouveau javellisant et les journalistes se font régulièrement les porte-paroles involontaires de communiqués de presse concoctés par des gosseurs de la langue de bois.

À force d’entendre toujours les mêmes infos formatées pour entrer dans le moule uniformisé des journaux télés, le téléspectateur/consommateur n’a plus beaucoup de choix pour se faire sa propre idée.

Heureusement, il y a des irréductibles comme Urbania. (Il y a aussi Le Devoir ou Nouveau Projet, mais, vous me connaissez, j’ai un parti pris pour le magazine de la rue St-Alexandre)

Ça fait 10 ans qu’Urbania existe! Demain on le célèbre à la ToHips, oups, à la Tohu.

En 10 ans, le fanzine de graphistes est devenu un média multiplateforme et polycontenu respecté et envié. Vous m’excuserez si je suis dithyrambique et biaisé, je ne suis pas journaliste, je suis chroniqueur d’opinion… et mon opinion n’engage que moi.

Pour m’avoir donné la chance d’écrire ce que je veux et me permettre de partager mes coups de cœur comme mes coups de gueule, pour donner à des voix discordantes la possibilité de s’exprimer, pour l’audace d’inviter des plumes qui chatouillent notre confort, pour l’ouverture sur la différence et le regard qui dérange, pour avoir publié des lettres comme celles de Maryse ou de Sarah, pour le portrait sans concession des villes de la semaine, pour la créativité, pour le design, pour les bières et les partys, pour les découvertes, les séances de brainstorming et les amis, merci Urbania.

Par contre, pour la typo illisible, je ne dis rien.

Quel rapport avec l’intro de ce texte, me demanderez-vous avec le sens de l’à-propos qui vous caractérise? Ça fait aussi partie de la liberté de ton et l’indépendance d’esprit d’Urbania.

Mais je ne voudrais pas terminer sans avoir bouclé la boucle. Alors, quoiqu’il arrive, sachez que je ne referai jamais ma vie dans un paradis fric sale. On oublie trop vite qu’on est bien ici et que là-bas, ils n’ont pas Urbania…

Pour me suivre ailleurs qu’ici, c’est sur Twitter, par là: @pascalhenrard

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