Un quart de siècle sans Lévesque

Heureusement que René Lévesque est né dans les années 20 du siècle dernier, sinon il n’aurait sans doute pas eu la carrière politique qu’on lui connaît. Nous y reviendrons.

D’abord, il me semble opportun, en début de collaboration comme ça, de me présenter un brin avant d’établir nos rendez-vous hebdomadaires. D’autant plus que le fait de parler de moi rassurera tous ceux qui pensent que mes efforts des dernières années n’étaient que le projet d’un gros égo. Allons donc. Moi, me prendre pour un autre! Jamais de la vie, pourquoi me rabaisserais-je? (Note aux trolls: c’est une blague)

Alors je me présente : Jean-Martin Aussant, musicien et compositeur. J’avoue que c’est une facette moins connue de mon existence d’économiste et de financier, mais la composition musicale demeure tout de même ce qui me définit le mieux dans la vie. Après avoir suivi une formation de plusieurs années en piano très classique chez les bonnes Sœurs, je me suis mis à la composition et je n’ai jamais arrêté d’écrire depuis.

Je vous entends d’ici réclamer d’entendre ce lyrique matériel et, un jour prochain, vous le pourrez. J’y travaille quand j’ai un peu de cette chose rare qu’on appelle le temps. Parce que j’ai quand même hâte de savoir si je suis le seul à trouver ma musique intéressante ou s’il pourrait y avoir preneur. Ou preneuse, pardon. C’est ici que je dois préciser que tous mes textes seront écrits en vieux français. C’est-à dire en français d’avant la rectitude politique de tout doubler en masculin-féminin. L’équité homme-femme est une évidence comme objectif de base, mais j’ai toujours trouvé affreusement langue-de-boisiens les discours à la Québécois-Québécoises, citoyens-citoyennes, laveuses-sécheuses. Comme me le disait un ami, on dirait que ça brise la musicalité de la langue française. Et j’ai quand même des amis intelligents.

Bon, maintenant qu’on se connaît mieux après cette exhaustive biographie, de quoi parler cette semaine ?

Je dois avouer que les sujets d’actualité ne manquent pas pour une première chronique, c’est le moins qu’on puisse dire. Je jetterai mon dévolu sur le 25e anniversaire du décès de René Lévesque, qui manque cruellement à tous ceux qui pensent que la politique doit redevenir cette chose noble et belle qu’elle peut être. Où logerait René Lévesque aujourd’hui s’il était dans la force de l’âge?

Ayant quitté le Parti libéral pour fonder le Parti québécois, on peut certes faire l’hypothèse qu’il parlerait de souveraineté. Rappelons qu’à son époque, le taux d’appui à l’idée d’un pays bien à nous était beaucoup moins élevé qu’aujourd’hui. Il serait encore plus naturel pour lui d’en faire la promotion sans relâche dans un environnement relativement plus favorable. Cette hypothèse élimine donc le Parti libéral et l’adéquo-CAQ.

Restent trois partis parmi les cinq à avoir siégé ces dernières années. Serait-il à Québec solidaire ? Je ne pense pas. René Lévesque tenait le discours de celui qui a conclu que la souveraineté est souhaitable et nécessaire. Il n’en était plus à deviser sur la pertinence de la faire, mais plutôt dans la pédagogie, dans la conviction des indécis et des réfractaires.

Ne restent que deux partis. Serait-il au Parti québécois ? Je ne pense pas non plus. Lévesque lui-même disait qu’un parti ne devrait pas durer plus d’une génération. Le PQ d’aujourd’hui n’est pas le PQ des années 70. Tous les partis qui ont connu le pouvoir (cinq fois dans le cas du PQ) acquièrent des réflexes de politiciens professionnels et deviennent davantage des machines à pouvoir que des génératrices de beauté collective. Quand on fonde un parti sur une idée centrale qui est de faire la souveraineté, il faut être prêt à en parler même si ça rend la tâche plus difficile dans certains contextes. Seuls les partis moins usés peuvent avoir le courage de leurs convictions, du moins c’est ce que l’expérience semble indiquer.

Tout le monde vante ses immenses qualités de leader, et avec raison. Mais personne ne parle d’une réalité incontournable dans le monde politique actuel. Comme je le disais au tout début, il n’est pas clair que René Lévesque serait en politique active s’il vivait aujourd’hui. Son personnage bourru, mal coiffé, mal habillé, fumeur en chaîne et dont le sourire paraissait inconfortable plus souvent qu’autrement, n’aurait pas bien passé la barre des médias. Vous imaginez bien qu’Infoman, par exemple, en aurait fait la cible de quelques commentaires assassins. En 2012, les bonnes idées de Lévesque auraient malheureusement eu plus de mal à se faire entendre. Très malheureusement.

Des cinq principaux partis, il ne reste donc selon moi qu’un parti dans lequel René Lévesque se serait senti chez lui. Un parti qui fait une véritable promotion de la souveraineté et qui ne passe pas d’abord par un calcul électoraliste. Un discours franc et direct sur le plan de la nationalisation des ressources naturelles, de la gratuité scolaire, de la réforme des institutions et bien d’autres. La population mérite cette audace et cette clarté. La confiance suivra. Option nationale n’a pas encore de grands moyens financiers, mais sur le plan des idées et de la fougue, c’est là que ça se passe.

« Coudonc, te prends-tu pour René Lévesque ? » est une question qu’on me pose de temps à autre. Je n’ai jamais aimé être comparé à René Lévesque, il n’était même pas beau. (Note aux trolls : c’est une blague)

L’anniversaire de la mort d’un libérateur de peuple ne survient pas toutes les semaines. J’ai donc l’intention de traiter plus précisément des avantages reliés à la souveraineté du Québec au cours des prochains mois. D’ailleurs, si vous avez des arguments fédéralistes à déboulonner, je les attendrai avec plaisir. J’ai toujours aimé démonter les mythes fédéralistes et les arguments mensongers qui visent à nous faire dire que nous ne sommes pas capables de gérer nos propres affaires.

Oh que oui, nous en sommes capables. Et ça s’en vient. Just watch me, comme disait Belzébuth.

JMA

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