Un Jour du disquaire 100% québécois

Vinyle, toujours vinyle

Le vinyle n’en finit plus de faire un retour fracassant dans les bacs, et se permet même d’avoir une série à sa gloire au petit écran. Le montréalais Pierre Markotanyos est là pour témoigner de cette passion pour le microsillon.

Après avoir ressorti l’année dernière le Tabarnac d’Offenbach, le propriétaire de la boutique Aux 33 Tours a réédité, sous son label Return to Analog Records, de nouveaux classiques de la musique québécoise pour l’édition 2016 du Record Store Day qui célèbre tous les ans les disquaires indépendants.

URBANIA : Pourquoi avoir créé ton label Return to Analog Records?
Pour promouvoir mondialement la musique québécoise et canadienne. On essaye d’aller chercher des droits sur des albums qui ne sont plus disponibles, ou difficiles à trouver.

URBANIA : Tu as notamment réédité l’album Tabarnac d’Offenbach en 2015. Pourquoi ce disque en particulier?
C’est un disque de 1975, et c’est un album qui a fait beaucoup de partys, dans les années 70. C’est un disque qui s’écoutait bien en gang, avec de la bière et d’autres produits. Donc on le retrouvait souvent très abimé, avec la pochette toute détruite et le disque dans un sale état. C’est pour ça qu’on a eu l’idée de le rééditer. On a fait 500 copies en vinyle noir et 100 copies en vinyle rouge, exclusives au magasin Aux 33 Tours. Cet été, on va aussi sortir Bulldozer et le live à l’oratoire Saint-Joseph de Offenbach pour finir la trilogie qu’on a commencée avec eux.

URBANIA : Cette année, pour le Record Store Day du 16 avril, tu proposes deux rééditions de groupes québécois, dont l’album éponyme de Vos Voisins qui était absent des bacs depuis 1970, et qui avait fait scandale à l’époque…
Oui. Le journal Allo police avait engagé des poursuites contre le groupe parce qu’ils avaient repris leur formule et leur présentation un peu splash et sensationnaliste pour la pochette du disque, avec la mention “Holocauste à Montréal” (en référence à la crise d’octobre 1970. Suite à ces poursuites, le disque avait été retiré de la circulation, avant de ressortir avec une nouvelle pochette plus anodine). On a fait une réplique à 100% de cette pochette.

On cherche toujours à avoir la meilleure qualité possible pour nos rééditions, y compris au niveau du carton.  

URBANIA : La deuxième réédition concerne l’album Deluxxx de Atach Tatuq qui avait remporté plusieurs prix en 2006, dont un Félix à l’ADISQ pour l’album hip-hop de l’année…
Avec cette réédition, on voulait marquer le 10e anniversaire du disque. On a fait presser 300 copies régulières et 100 copies couleur de l’album. Le groupe nous a aussi donné l’album au complet en instrumental. Et on a mis une carte de téléchargement avec la réédition, pour ceux qui seraient intéressés à faire des remix ou autres.

URBANIA : Quelle est la chose la plus compliquée quand on réédite un disque?
C’est de sécuriser les droits sur l’album original et de trouver la personne à qui appartiennent ces droits. Il y a beaucoup de labels qui ont totalement disparu, qui ont fait faillite ou qui ont été rachetés par d’autres qui ont fait faillite ensuite. On passe des semaines et des semaines au téléphone pour essayer de trouver la bonne personne. C’est un vrai casse-tête, d’autant que les majors n’ont plus de départements axés sur les droits.

URBANIA : Avec ton label Return to Analog Records, tu fais seulement de la réédition?
Non. On cherche aussi des artistes locaux pour promouvoir la scène montréalaise. On a signé The Sangomas sur le label. C’est un band punk montréalais. J’ai été moi-même musicien dans des bands punk, rock, et j’ai fait de l’électro, du drum and bass, de la new-wave… Je baigne dans la musique depuis que j’ai 10-11 ans, donc je pense avoir développé une bonne oreille pour aller découvrir des talents. J’écoute beaucoup de démos pour voir si on peut embarquer des bands avec nous.

URBANIA : Le format vinyle séduit toujours autant les foules. Comment l’expliques-tu?
On parle beaucoup du retour du vinyle, et ce depuis pas mal d’années maintenant, mais je pense qu’il n’est jamais vraiment parti. Même dans les années 90 et au début des années 2000, il y avait des vinyles qui se faisaient. Je pense aussi qu’il y a une espèce de rituel de sortir un disque d’une pochette pour le mettre sur une table tournante, et droper l’aiguille dessus. J’ai des clients, dans la vingtaine, qui organisent des espèces de listening partys le soir avec leurs amis et leurs blondes, pour écouter des vinyles, comme on le faisait nous à l’époque. Moi, j’allais chez mon ami avec un disque de Def Leppard, et lui me faisait découvrir un disque de Motörhead. Au lieu d’aller sur iTunes écouter des échantillons, on allait chez des amis.

URBANIA : Quels sont les autres événements prévus pour le Record Store Day le 16 avril au magasin?
Pour les 15 ans de Dare To Care, on a fait presser un vinyle à 1000 copies avec l’historique des 15 dernières années du label (avec des chansons de Fred Fortin, Les Sœurs Boulay, Cœur de Pirate, Bernard Adamus et d’autres). Et ces copies vont être distribuées gratuitement à la boutique aux 1000 premières personnes qui vont acheter un disque dans le magasin le 16 avril. On a aussi une réédition de l’album Mexico de Jean Leloup (paru il y a 10 ans sous son vrai nom, Jean Leclerc), avec un pressage couleur de 333 copies exclusif, en plus de 1000 copies en vinyle noir, disponible en boutique à partir du 16. Et on a des spectacles prévus en fin de journée, avec notamment une performance acoustique de Fred Fortin.

À l’image de Pierre Markotanyos et de son label Return to Analog Records, des passionnés de musique œuvrent, souvent dans l’ombre, pour rééditer de vieux classiques introuvables ou retombés dans l’oubli. Réalisée par le journaliste Fabien Benoit, la série Dig it!, à retrouver en exclusivité sur URBANIA.ca, a consacré un épisode à ces diggers émérites qui permettent à ces disques et artistes de retrouver une seconde vie.

Pour lire une autre entrevue de Malik Cocherel : “Poirier et sa sonorité des Caraïbes”

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