Un artiste a fait mon portrait avec son pénis, mais Facebook refuse de vous le montrer

Brent Ray Fraser, un peintre pas comme les autres.

Il est 22 h. Des centaines de personnes me fixent en hurlant de rire, d’excitation et de surprise. Je suis assise au milieu d’une scène. Autour de moi virevolte un homme nu, en érection. Ses mouvements ont un but précis : l’artiste réalise mon portrait sur une grande toile. Avec son pénis.

Je mentirais si je vous disais que c’est un vendredi comme les autres.

Mais pourquoi?

Jeudi dernier, chez URBANIA, quand on a appris qu’un artiste peignant avec son pénis s’apprêtait à performer au Salon de l’amour et de la séduction, on a immédiatement contacté l’organisation pour en savoir davantage.

On est curieux de nature, vous le savez.

La réponse a été au-delà de nos espoirs : question de me faire comprendre pleinement la puissance de son art, Brent Ray Fraser m’invitait à monter sur scène avec lui. Je serais, l’espace d’une performance, sa muse. Une occasion rare, une invitation impossible à refuser.

J’ai évidemment accepté l’offre.

Pour faire profiter le plus grand nombre, on a convenu de partager ce moment de communion artistique par l’entremise d’une vidéo diffusée en direct, sur la page Facebook d’URBANIA. Reste qu’avant de me lancer dans cette entreprise, je désirais parler à Brent. J’avais besoin de comprendre sa démarche et ses motivations.

Après une heure de discussion téléphonique, c’était limpide : il ne s’agissait pas d’un freak. L’expérience serait intéressante.

Je souhaitais réellement me faire « pénissiner ».

La naissance de Brent Ray Fraser

Brent Ray Fraser est originaire de Colombie-Britannique et diplômé en arts. Il a toujours été fasciné par les artistes qui font fi des conventions, par ceux qui, comme Jackson Pollock, réinventent l’outil, ceux pour qui ce n’est pas le moyen qui compte, mais le message.

Un marchand d’arts bien au fait de la fascination qu’avait Brent pour la transgression des règles artistiques lui a passé une commande : il souhaitait que pour son 27e anniversaire, l’artiste tente d’imbriquer sa sexualité dans un canevas.

Défi accepté. Pour la première fois, Brent allait mettre de la peinture sur son pénis. (Pour l’histoire, sachez qu’il l’a ensuite déposé 27 fois sur une toile, avant de la signer avec son sperme. Sachez aussi que cette œuvre est maintenant exposée à côté de toiles de l’iconique Groupe des sept.)

Brent Ray Fraser vit alors une révélation. La communion entre son corps et son art est si forte qu’elle crée une expérience à la fois sensuelle et spirituelle. L’homme réalise qu’il est « artsexuel ». C’est dorénavant avec son art qu’il souhaite être en relation; une flamme qui engendrera plusieurs conflits dans sa vie personnelle, puisqu’elle sera plus forte que toute autre forme de passion.

Ok, mais c’est quoi le message?

Pour Brent Ray Fraser, utiliser un pénis à titre de pinceau, c’est on ne peut plus littéralement donner naissance à une œuvre. D’ailleurs, il m’avoue candidement parfois souhaiter être doté d’un vagin.

Sa démarche s’inscrit dans un mouvement de sexualité positive. Il s’agit d’une façon d’utiliser le corps différemment, mais fièrement. Brent transforme le sien en outil d’expression et son message est le suivant : on peut aller au-delà des conventions, on peut voir bien plus loin que les limites enseignées dans les écoles d’art. On peut faire ce qu’on veut.

Pour Brent Ray Fraser, utiliser un pénis à titre de pinceau, c’est on ne peut plus littéralement donner naissance à une œuvre.

Par ailleurs, l’artsexualité affichée de l’homme en inspire plusieurs autres – gais, comme hétérosexuels. Chaque jour, Brent reçoit des courriels de fans lui demandant des conseils pour vivre pleinement, eux aussi, leur passion pour les canevas.

Et ce rôle de mentor crachant à la face des préjugés le remplit de fierté.

Peindre Gilbert Rozon et devenir célèbre

En 2015, Brent connaît la gloire en peignant le portrait de Gilbert Rozon, juge de l’émission La France a un incroyable talent. On le pardonne, il ne pouvait pas savoir… Reste que depuis cette apparition télé, l’artiste fait le tour du monde en tant qu’artiste de performance, ce qui lui laisse peu de temps pour réaliser son véritable objectif : peindre avec des pinceaux.

En même temps, comme il me le dit : on a beau adorer peindre de façon plus classique, une fois qu’on se sait « artsexuel » et qu’on commence à peindre avec notre pénis, ça rend les pinceaux pas mal moins excitants…

On le croit sur parole.

Showtime!

Vendredi 19 janvier. 21 h. Salon de l’amour et de la séduction. Place Bonaventure.

Je vous avoue que j’ai bu deux bières avant de me rendre au point de rendez-vous. J’avais l’impression que c’était impossible de se faire peindre par un pénis tout en étant à jeun. Préjugé de néophyte, mes excuses.

Je me rends dans les coulisses de la scène où m’attend Brent. Son corps archi musclé est couvert de paillettes. Son sourire est franc et chaleureux. Je l’aime déjà.

Il m’explique en détail ce qu’on s’apprête à vivre et j’en profite pour poser quelques questions pratiques.

Oui, c’est dangereux. Il a déjà perdu toute sensation dans son pénis, pendant une semaine. Ce qui l’a fait capoter.

Après plusieurs essais-erreurs, il a finalement opté pour de la peinture acrylique à base d’eau.

Selon sa médecin, ce qu’il fait n’est pas plus dangereux que fumer la cigarette… [Mais on ne vous le recommande certainement pas, à la maison].

Sur scène, il ne ressent pas la douleur. Mais après chaque performance, son pénis est très endolori. (Là encore, on le croit sur parole.)

Puis, c’est l’heure de monter sur scène. On commence le Facebook live. Brent me prend par la main et m’installe sur scène. Ma collègue, iPhone en main, nous suit de près. Le spectacle commence.

Oui, c’est dangereux. Il a déjà perdu toute sensation dans son pénis, pendant une semaine. Ce qui l’a fait capoter.

Pour une raison que j’ignore, l’artiste porte un casque de cascadeur. Il est nu et fier. La foule raffole de ses mouvements rigolos à saveur cochonne. Reste qu’entre deux « flexs » de muscles et roulements de bassin, Brent peint habillement mon portrait avec son pénis.

Je le regarde, fascinée. Et j’ai mal pour lui. J’ai peine à comprendre comment il peut se donner autant pour un canevas.

En sept minutes, c’est fait. Il réussit à recréer mon visage sur une toile. Et je vous jure que le résultat est impressionnant. Je ne cesse de m’exclamer : « Ben voyons, c’est moi! »

Le tout est retransmis en direct, des milliers de personnes voient ce que je vis sur scène. Jusqu’à ce que ça coupe. On se fait (évidemment) censurer par Facebook. Qu’importe! On réussit à sauvegarder le fichier avant sa suppression, en se promettant de vous en montrer un extrait censuré…

TADAM!

Le deuil

Une fois sortis de scène, Brent et moi prenons un moment pour discuter. Il n’est pas du tout surpris de la censure imposée par les réseaux sociaux. Son compte Instagram a été effacé plus de sept fois, cette année seulement. Depuis l’achat de la plateforme par Facebook, il remarque une censure plus accrue. Il la comprend, mais il trouve du même coup dommage que la nudité soit cachée. Il aimerait qu’on arrive à faire une distinction entre « pornographie » et « art ».

Avant de le quitter, je lui demande quelle personne il rêve de peindre. J’aurais dû deviner sa réponse : Madonna, icône de la sexualité positive s’il en est une. Or, il me répond du même souffle qu’il aimerait aussi, un jour, peindre sa mère.

Mais pour l’instant, il doit se concentrer à peindre son frère, décédé il y a deux ans. À titre d’hommage, c’est son portrait qu’il réalisera sur scène, le lendemain.

Et sa mère a déjà l’intention de poser le tableau sur le plus beau mur de la maison familiale.

Pour en savoir plus sur Brent, vous pouvez consulter son site web (c’est pour adultes et yeux avertis seulement)!

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