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Depuis bientôt une décennie, le Québec peine à pourvoir des postes en restauration. La province est bien connue pour sa gastronomie, son art de la table et ses restaurants accueillants et conviviaux. Pourtant, il reste très difficile de trouver du talent, en salle comme en cuisine, pour faire perdurer cette tradition.
Et, comme l’on peut s’en douter, la crise sanitaire n’a fait qu’aggraver le problème. Depuis le début de la pandémie, ce sont près de 80 000 emplois qui ont été perdus dans ce secteur, et beaucoup de ces travailleurs se sont reconvertis. Et les propriétaires de bars et de restaurants ne savent plus par où commencer pour dénicher de nouveaux talents. La réouverture des bars et restaurants après près de 16 mois est donc amèrement vécue par les proprios, qui doivent limiter leurs opérations, car ils manquent d’effectifs.
Tous les intervenants avec qui je me suis entretenu dans mon dernier reportage sur la pénurie de main-d’oeuvre ont travaillé dans le milieu de la restauration, soit en salle ou en cuisine. S’ils croyaient avoir trouvé leur métier dans cette industrie avant la pandémie, Étienne, Stéphanie et Thomas concèdent qu’il leur faudrait beaucoup pour retourner travailler dans un restaurant.
Sans contredit, c’est le climat de travail toxique qui a poussé nos trois intervenants, comme bon nombre de leurs collègues, à quitter l’industrie de la restauration. Tous avouent penser que les problèmes auxquels fait face cette industrie sont très différents de celle vers laquelle ils se reconvertissent.
«C’est vrai que si tu travailles deux soirs par semaine, le week-end, dans un bar ou un resto assez occupé, tu peux faire pas mal d’argent», confie Étienne. «Mais c’est beaucoup de pression, tu te mets à boire, ta productivité est affectée le lendemain. J’aime l’idée d’avoir une carrière semi-stable, que je peux faire durant le jour.»
«Il va falloir que l’industrie s’organise, et que ce soit clair pour le client que si on veut des restos, il faut bien payer ses employés.»
Même son de cloche chez Stéphanie, pour qui le stigma rattaché à travailler dans l’industrie de la restauration est devenu trop pesant. «Je n’aimais pas la manière dont les clients se permettaient de nous traiter, souvent parce qu’ils ne considéraient pas notre métier comme étant une “job d’adulte”, ce qui est selon moi un concept très subjectif », dit-elle. «Oui, on doit faire face à un manque de respect et de reconnaissance dans plusieurs industries, mais la restauration est particulièrement malsaine. Et on ne peut rien dire au client, car on ne voudrait pas avoir des commentaires négatifs en ligne.»
Les restaurants redoublent donc d’inventivité pour attirer et garder leurs employés. Meilleur salaire, programmes d’avantages sociaux, gym sur place et planchers optimisés pour les cuisiniers ne sont que quelques-unes des solutions auxquelles ont eu recours les propriétaires.
«Plus de la moitié (51,2 %) des entreprises ne savent pas combien de temps elles peuvent continuer à poursuivre leurs activités avant d’envisager la fermeture ou la faillite».
Le gouvernement du Québec a récemment annoncé un investissement de 1,2 million de dollars pour aider 2400 jeunes à étudier dans l’industrie de la restauration, de l’hôtellerie et du tourisme. Même si ça sera un coup de pouce bien accueilli, ça ne reste qu’une petite fraction des 150 000 emplois à combler dans l’industrie.
Au-delà du stress et des horaires qui viennent avec l’industrie, un fossé économique est creusé entre la cuisine et la salle. Un serveur fait en moyenne (pas mal) plus d’argent qu’un cuisinier, et jouit généralement de plus d’avantages. Et certains restaurants à Montréal, dont le Larry’s, adoptent de nouvelles politiques qui abolissent le pourboire, afin d’aider à pallier cet écart de salaire entre salle et cuisine.
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Si le concept est bien enraciné au Québec, il vaut la peine de rappeler que la plupart des pays ne fonctionnent pas avec un système de pourboire, et que celui-ci est discriminatoire. Pourtant, 49.5% des répondants d’un sondage sur le site web de l’Association Restauration Québec disent préconiser un plus grand partage des pourboires entre salle et cuisine, comme solution à la pénurie de main-d’oeuvre. Une autre alternative envisagée est d’engager du talent de l’étranger.
Peu importe les solutions que préconiseront les restaurateurs et tenanciers de bars, il faudra qu’elle arrive vite. De récentes données de Statistique Canada nous apprennent que «plus de la moitié (51,2%) des entreprises ne savent pas combien de temps [elles] peuvent continuer à poursuivre leurs activités avant d’envisager la fermeture ou la faillite».
«Je crois qu’on est dû pour un reset. On le voit que c’est surtout au niveau de la cuisine que la main-d’œuvre manque. Mais après avoir connu un an sans être sous-payé, se brûler ou se couper, c’est dur de vouloir retourner à ce genre d’environnement là », conclut Thomas. « Il va falloir que l’industrie s’organise, et que ce soit clair pour le client que si on veut des restos, il faut bien payer ses employés. Et ça commence par charger un prix juste aux clients pour les plats. Il n’y a pas un million de solutions!»