Trépanation double

Laissez-moi ce plaisir. Je me suis retenu durant toutes ces semaines. J’ai rien dit parce que j’avais rien vu. Ou presque. Mais là, j’ai regardé, comme un voyeur sachant watcher dans son téléviseur.

Et franchement, OD, c’est hilarant. Je me demande cependant si le million sept cent mille, parfois même huit ou neuf, voyeurs qui étaient pendus aux lèvres, mais pas seulement, de Chrystina jusqu’à ce qu’elle s’évapore, le prennent aussi bien que moi. Je veux dire au 17e degré de l’humour abjecte et au degré zéro de l’intelligence vive.

Je vous ferai grâce des répliques tellement triviales et des gestes tellement prévisibles des participants. D’autres, et non des moindres, l’ont fait abondamment avant moi. Je ne vous rappellerai pas les situations navrantes et les gros plans pervers, vous êtes plus d’un million et demi à les scruter chaque dimanche soir d’automne. Je glisserai à peine sur les décolletés indécents et les échanges de fluides obscènes entre des poupées gonflées et des douchebags de pacotille. Ça serait rigolo, mais ça ne nous apporterait rien.

Il y a cependant quelque chose qui m’a complètement mis hors de moi.

Les rapprochements.

Comprenez-moi bien, quand je dis « mis hors de moi », il n’y aucune allusion sexuelle. L’usage du terme « rapprochement » dans cette émission sans aucune prétention intellectuelle m’a révolté parce qu’il fait preuve d’un manque flagrant de vocabulaire, d’une carence totale d’imagination et, surtout, d’une absence immense de sensibilité.

Les rapprochements d’Occupation Double sont à l’amour ce que le Tim Horton est à la gastronomie. Aucune tendresse. Aucun élan. Pas la moindre goutte d’émotion. Pas de saveur. Pas de fraîcheur. C’est aussi fake qu’un bagel de supermarché. Et aussi rapide qu’un service au volant.

La célèbre locomotive télévisuelle du dimanche soir ne fait pas dans la dentelle, même pas dans les dessous de dentelle, et ça, on s’en doutait. Mais là où elle pourrait remettre les sentiments à l’honneur, réinventer les histoires d’amour, redonner le goût du romantisme, elle banalise les coups de cœurs, appelle une « palpitation » un « rapprochement » et écrase le moindre vol de papillon.

Les amours de centre d’achat de la téléréalité sont d’une navritude déprimante. On ne fait plus la cour, on teste des candidates. On ne courtise plus, on élabore des stratégies. On ne rêve plus au prince charmant, on aspire à une maison de banlieue.

Je m’ennuie des effleurements de Julien Sorel et de Madame de Rênal (Ne les cherchez pas au générique d’OD, ils sont plutôt à celui du livre de Stendhal « Le Rouge et le Noir » publié en 1830).

La vidéo du jour ne convient pas à tous les âges. C’est pourquoi vous serez nombreux à cliquer dessus.


(Photo: Agence QMI)

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