Mike Schultz

Tout sacrer là et disparaître : le mystère Connie Converse

Qu'est-ce qui nous fascine tant chez les artistes reclus ?

Avez-vous déjà rêvé de toute crisser là et de disparaître? Recommencer votre vie à zéro, incognito (cc Céline) dans une autre ville ou un autre pays? Disparaître de sur la mappe, changer de nom, vous inventer une nouvelle vie là où personne ne vous connaît?

Je dois avouer que j’ai déjà eu des moments où cette idée me paraissait séduisante.

Alors imaginez mon intérêt quand j’ai entendu parler du mystère de Connie Converse, cette auteure-compositrice et interprète, considérée comme une précurseure du genre singer-songwriter (oui oui, avant même Bob Dylan) et qui a paqueté ses petits un beau jour pour disparaître totalement, laissant derrière elle une vingtaine de chansons enregistrées s’une gosse, des chansons qui hantent ma tête et mon cœur depuis que je les ai écoutées pour la première fois.

Pour ma part, après avoir été fascinée par l’œuvre de Sixto Rodriguez ainsi que par le documentaire à son sujet, et après avoir regardé avidement le documentaire sur la mystérieuse photographe Vivian Maier, j’ai plongé avec enthousiasme dans le mystère Connie Converse.


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Connie (Elizabeth Eaton Converse, de son p’tit nom) est née en 1924 dans le New Hampshire. Elle a abandonné ses études assez tôt, même si elle était considérée comme particulièrement douée, pour aller vivre à New York, dans les années 50. Là-bas, dans son petit studio du Greenwich Village elle a composé et enregistré une série de chansons qui ont d’abord charmé ses amis, avant de plaire aux oreilles d’un cercle d’amateurs très restreint.


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Elle a passé quelques années à New York pour tenter de se faire un nom dans l’industrie de la musique, apparaissant même dans The Morning Show avec Walter Conkrite en 1954, mais sans succès. Elle a fini par perdre patience et elle quitte New York en 1961 (la même année où Bob Dylan ARRIVE dans la Grosse Pomme) pour s’installer au Michigan. C’est drôle parce qu’en apprenant ce fait, je me suis dit que Connie aurait fait un bon personnage dans Inside Llewyn Davis, tsé.


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Après quelques années à travailler pour une publication de l’Université du Michigan jusqu’au début des années 70, après quoi sa famille s’est rendu compte qu’elle était dépressive et qu’elle semblait avoir quelques problèmes de consommation d’alcool.

En août 1974, à l’âge de 50 ans, Connie a écrit une dernière série de lettres à ses proches, leur faisant part de son désir de disparaître. Ce sont les dernières nouvelles qu’ils ont reçues d’elle. Elle a fait ses bagages, a sauté dans sa Volksvagen Beetle et est disparue dans » brume. On n’a plus jamais entendu parler d’elle.

Si elle est encore vivante aujourd’hui, elle aurait 94 ans. Est-ce qu’elle a refait sa vie? S’est-elle mariée? A-t-elle mis fin à ses jours? Personne ne sait.

Fast forward en 2009, où l’album How sad, How Lovely apparaît sous l’étiquette Lau derette Recordings. Tout le monde tombe sous le charme de Connie. Son talent de parolière et de compositrice est relevé et célébré. Mais le mystère reste entier.

Même si on scrute à la loupe les paroles de ses chansons, qui semblent pour plusieurs à la fois lucides et mélancoliques, Connie reste insaisissable.

Qu’est-ce qui nous fascine tant chez les artistes-ermites? Ceux qui produisent une œuvre forte et significative, mais qui l’abandonnent dans l’univers au profit d’une vie personnelle farouchement privée. Est-ce que c’est parce qu’on vit dans une époque de partage et d’exhibitionnisme extrême qu’on trouve extraordinaire qu’une personne paraisse aussi désintéressée d’elle-même?

Difficile à dire, mais une chose est certaine: qu’elle l’ait souhaité ou non, Connie Converse n’aura pas réussi à disparaître totalement.

Je vous laisse ici découvrir sa voix, son œuvre, son talent fantastique.

Pour se procurer son album, c’est ici.

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