Mathieu Potvin

Touche-moi

Toucher : Mettre sa main, ses doigts au contact de quelque chose, de quelqu’un, en particulier pour apprécier, par les sensations tactiles, son état, sa consistance, sa chaleur, etc. // Émouvoir quelqu’un, faire impression sur sa sensibilité [Larousse, 2015].

Dans la vie, on peut se palper les enveloppes corporelles sans se toucher l’dedans : se croiser, s’effleurer, se caresser, se masser, se tâter, se tripoter. Se faire du bien. Physiquement.

Dans la vie, on peut aussi s’étreindre les âmes sans se toucher les corps : se rencontrer, se considérer, s’estimer, s’attacher, s’attirer, s’aimer. Se faire du bien. Affectivement.

Sexe sans amour.
Amour sans sexe.

J’ai envie de toi + Tu as envie de moi = SUPER.
Cherche-t-on à diagnostiquer un “oui”?
Non.

Il est plutôt unanime de croire que s’interstimuler le récepteur sensoriel et s’explorer la zone érogène en tout consentement peut amener un beau party de sensations physiques plutôt jouissif.

Observons maintenant un autre scénario :

J’ai envie de toi + Tu n’as pas envie de moi, du moins, pas tout de suite =
Es-tu frigide/prude/inhibé?
As-tu eu des traumatismes de jeunesse?
Es-tu gai/lesbienne?
Bref…
QUESSÉ ÇA ?!? + ÇA VA DURER COMBIEN DE TEMPS ?!?
Cherche-t-on à diagnostiquer un “non”?
Oui.

Souhaiter être touché du dedans d’abord et avant tout pour apprécier pleinement la caresse du dehors peut amener son lot de questionnements. Il semble y avoir une option plus compréhensible que l’autre. L’acceptation est définitivement plus facile à gérer qu’un refus.

Pourquoi rejeter l’offre de ce qui s’annonce être une partie de plaisir?
Pourquoi refuser un moment de partage de sensations?
POURRRQUOI?!?!
Parce que non…
Juste “non”.
“Ça ne me/lui tente pas”.

Il semble qu’une croyance persiste autour dudit refus sexuel. Peut-être est-ce dû aux idées propagées par ce genre de grand philosophe oh combien féministe qu’est Robin Thicke, qui nous a répété avec conviction “Blurred lines, I know you want it but you’re a gooood giiirl!” -ou un “gooood boooy!” (je parle de mon vécu de femme, mais n’oublions pas que la pression peut se faire ressentir auprès des gens de toute allégeance sexuée).

Rappelons ici une notion de base :
Les lines sont pas trop blurred quand quelqu’un dit “NON “.

En fait, c’est une commande plutôt simple qui peut même être comprise par la plupart des chiots de ce monde.
“Puppy, non!”
Puppy se rétracte.

“Maxime, non!”
Il est possible que Maxime se rétracte.
Mais il est possible que Maxime se réessaie.
S’acharne légèrement.
“Come on, déniaise-toi un peu..!”
Tout d’un coup que la good girl would gone bad?

Doit-on cultiver la croyance voulant que nous sommes privilégiés d’être tripotés par un être un peu random qui ne nous intéresse pas, mais qui, OH GLOIRE! nous aurait choisi parmi d’autres êtres, ce qui devrait être suffisant pour nous émoustiller la libido?
Nah.

L’être humain n’est pas un p’tit fruit qu’on a nécessairement besoin de bien tâter avant de le sélectionner. Dans la transaction alimentaire, le fruit n’a pas grand-chose à dire. En tant qu’être humain, on peut exercer notre droit de choisir et je confirme qu’il est possible qu’on ait plus de jugement qu’une Granny Smith.

On peut dire oui.
On peut dire non.
On peut être sélectif.

Notre excitation externe est étroitement liée à notre excitation interne. Notre désir sexuel, on a le droit de l’actualiser auprès de qui l’on veut bien. Et il est possible que quand quelqu’un nous touche le corps, on ait besoin qu’il nous touche le cœur d’abord et avant tout. C’est confirmé, les sentiments peuvent être de sacrés catalyseurs de sensations et oui, il faut se l’avouer : dans la rencontre sexuelle humaine, il y a une dimension définitivement plus profonde que la pénétration.
Et c’est riche.
C’est beau.
C’est chaud.

Pour lire un autre texte sur le consentement et la sexualité: Le plaisir de Véronique Grenier.

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