Germain Barre

Top 3 du monde pas fin qu’on croise en camping

Chroniques d'un (pas si vieux) « camper van ».

Avec les chroniques d’un (pas si vieux) « camper van », Mélanie Leblanc vous amène sur la route, la vraie. Des chemins sans filtres Instagram, pas toujours glam, souvent bordéliques, mais ô combien divertissants. À bord de John Mel & Camper, son truck de 21 ans (pas de rouille, pas de trou), c’est un départ vers la liberté… et le chaos.

Il faut le dire : chaque voyage en camper van amène son lot d’observations sociales. C’est qu’on en croise, du drôle de monde. Des fois les gens sont fins, des fois ils ne le sont pas ben ben, même que certains sont pas finfins. Ma grand-mère les aurait traités de « petits pas fins »… Dans son temps, on avait le droit de dire ça. Bref, c’est sur la faune de campeurs pas toujours d’adon que je vais aujourd’hui vous éclairer. Profitez de mon expertise. Faut bien que ça serve à quelque chose, le jugement que je subis… et que je fais subir, avouons-le.

Catégorie 1 : ceux qui ne veulent pas t’aider

Notre première sortie de la saison a eu lieu pendant le long week-end de mai, dans un parc québécois. J’ai une relation amour-haine avec nos parcs, leur personnel et leurs tarifs. En début de saison c’est encore pire. Comme si les employés avaient tous eu un gros reset mental durant l’hiver et que tout était à réapprendre le printemps venu…

— Si vous prenez la carte annuelle du camping, vous aurez droit à une nuit gratuite et à un accès au parc sans frais.

— OK, on va payer deux cartes annuelles et on donne nos droits d’accès à mes parents. Ils arrivent tantôt, vous allez les voir.

— Ah ben non, je ne peux pas faire ça. Comment je vais faire pour leur remettre l’accès? Pour savoir qu’il s’agit de vos parents?

— Ben, ils vont vous dire qu’ils sont les parents de Mélanie Leblanc (ça, c’est moi) et qu’elle vous a laissé un accès gratuit pour eux…?

— Je ne peux pas prendre cette responsabilité. Il faudra revenir les accueillir à leur arrivée.

–  Il y a 10km à rouler dans le bois, entre mon terrain et votre accueil. Ça fait 20 km aller-retour.

– C’est exact.

– Est-ce que ça vous tenterait, vous de rouler 20km pour le fun?

– Pas vraiment, surtout avec la pluie qu’on a eue.

– Parfait, on se comprend bien. Vous pourriez peut-être coller un aide-mémoire sur votre bureau? Mettre une note au dossier électronique? Ils seront là sous peu.

– Mais le parc est TRÈS occupé, tout à coup qu’un autobus arrive…

– Ça tombe bien, mes parents ne seront PAS dans l’autobus. Colette, Colette, Colette [j’ai la manie de regarder les name tags…], vous n’êtes pas en train de gérer le Centre Bell en plein soir de Bon Jovi! Vous pouvez le faire, j’ai confiance en vous.

– Ok, mais c’est bien parce que vous êtes drôle.
Perso j’aurais dit “baveuse”, mais “drôle” me convient! Faut croire que le fait d’être divertie c’est traumatisant, parce que les fonctions de Colette ont été un peu affectées. Le lendemain, le gardien est venu aviser TOUS les campeurs de quitter les lieux. Sa collègue avait écrit des mauvaises dates de départ. Voir qu’on allait tous quitter le samedi midi du premier long week-end de mai. Colette, Colette, Colette…

Je parle d’elle, mais j’aurais pu dire Réjean, Alexandre, Christine… ou tout autre employé habillé en grand explorateur dans sa chemise beige un peu rêche. Ah, le pouvoir de la chemise beige! Mais bon, ils ont peut-être compris, eux, le secret de la béatitude éternelle: «On applique le règlement, on ne se questionne pas et on est heureux». C’est sûr que quand ils nous voient débarquer de la ville, pressés, exigeants, stressés, il y a un certain décalage. Ils vivent dans la nature, nous dans le béton. Ça fait qu’on se colle un sourire dans la face, on rit de leurs blagounettes, on accepte de se faire parler comme si on était dans un camp de vacances, on suit le règlement et on ne se questionne pas. Mais seulement à partir de la deuxième journée dans le bois, une fois qu’on a décompressé et qu’on commence à lâcher prise un brin…

Catégorie 2 : les pas fins qui t’observent

Été 2015. Camping les Voltigeurs. Début de vie de vaners.

J’ai réservé à Drummond. Ce ne sera pas la grande bucolie, mais on fait avec. Notre terrain est sur deux niveaux, le premier : crissement haut ; le deuxième : crissement bas.

Il a plu toute la semaine (les balbutiements de notre karma météo-de-marde), ce qui veut dire que la deuxième partie du terrain est TRÈS boueuse. Et, excellent timing : les administrateurs du camping viennent de poser de la nouvelle tourbe belle et fraîche.

Belle et fraîche. Ça c’était avant que John Mel&Camper décide de rouler par là…

Je sors du truck pour guider Antoine, qui est au volant. J’essaie de lui dire vers où reculer, mais les quatre roues soutenant la tonne que pèse le truck s’enlisent, sans aucune subtilité.

Plus ils essaient (Antoine et John), plus ils se calent. Le terrain est maintenant une ruine. Les voisins septuagénaires sortent de leur méga gros VR (autobus style), déplient leurs chaises et s’installent pour regarder le spectacle. ON EST LEUR SPECTACLE. Puis les voisins #2 et les voisins #3 les imitent.

Pour se déprendre, Antoine actionne ses réflexes hivernaux : avance, recule, avance, recule, donne une swing. Sauf que la swing, Jonh Mel&Camper, il l’a pas vue venir, pis il l’a pas aimée. J’ai vu mon camper descendre la côte, que dis-je, PLANER sur la pente entre le premier niveau crissement haut et la deuxième partie du terrain.

Au ralenti : un coup de gaz / un sourire de victoire de mon chum / une swing de la mort / la face de mon chum en plein vol plané / sa tête qui cogne au plafond / l’atterrissage.

Les voisins applaudissent. Je veux leur kicker la gorge, mais j’éclate de rire pour avoir l’air bien détachée. Et tsé, des fois il n’y a que ça à faire : observer les autres. Je suis la première à dire «oh, regarde leur tapis, c’est cool, j’en veux un » ou «check l’autre qui essaie de parker sa tente-roulotte, 20$ que ça va lui prendre une heure…» Bref, si j’avais vu deux bozos faire du tobogamper dans une bute de boue, j’aurais profité du show moi aussi, mais en toute hypocrisie : cachée dans mon truck.

Catégorie 3 : les petits sournois

Tsé, la mésaventure du vol plané que je viens de vous raconter? Il y a pire. Une fois atteris sur le deuxième niveau de notre terrain, on a réalisé que c’était pas exactement notre territoire… On finit de s’installer, on monte l’auvent et une voiture apparaît sur «notre» nouveau terrain. Je m’avance vers le couple, un verre de blanc à la main, très relaxe.

– Salut ! Enchantée, moi c’est Mel… Avez-vous parlé à Micheline et Carol, à l’accueil? (Ma manie de mémoriser les prénoms sur les name tags me sert régulièrement).

– La madame et le monsieur? Ils avaient l’air perdus.

– Vraiment, on avait réservé un autre site ailleurs sur le camping, mais ils nous ont dit de venir s’installer ici finalement, que ce serait mieux adapté pour le camper van….

– Ah ouin, hein? Donc j’imagine que nous on est sur la butte, là-haut?

– J’imagine.

Et c’est là que mon chum a fait son entrée, deux bières à la main…

– Heille, pauvre vous autres… Votre site est détruit! Voulez-vous camper sur le bout de notre terrain? Il y a de la place.

– Non, on va s’arranger. Merci pour les bières.

Ils sont montés à leur emplacement (en empruntant la rue, et non le terrain, un peu plus intelligents que nous). Quelques moments plus tard, au bord du feu, en sirotant nos bulles, mon chum s’est penché et m’a dit : «Regarde pas, mais ils sont en train d’installer leur tente dans la rue.»

On a passé la fin de semaine à culpabiliser et à éviter les eyes contact, un peu crampés à les imaginer dormir sur la garnotte.
C’est vrai que le monde qui fréquente les campings est pas toujours fin fin…

** Aucune véritable identité n’a été utilisée dans ce billet. Sauf la mienne. Pis celle de mon chum (qui existe, je vous le jure).

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