Thriller féministe et comédie noire : Killing Eve remporte son pari

Et c'est parfait pour occuper un weekend pluvieux.

Réalisée par Phoebe Waller-Bridge (Fleabag) à partir des livres intitulés Codename : Villanelle écrits par Luke Jennings, la série Killing Eve est un drame d’espionnage qui nous amène ailleurs. Ce qui la différencie des autres séries à la trame similaire (The Fall, The Killing, etc.) ? C’est une agente secrète (Sandra Oh) qui poursuit une psychopathe-meurtrière des plus talentueuses (Jodie Comer). Pour Villanelle, tuer est un art qui mérite d’être réfléchi, original, sobre, mais aussi impressionnant. La dynamique qui s’installe entre les deux femmes ajoute une touche de jamais-vu à une histoire qu’on a déjà entendue sous d’autres formes. 

L’histoire

Tout commence lorsque le MI6 repère un nouvel assassin redoutable aux méthodes particulières. Ses meurtres ont l’air aléatoires et ses manières de les commettre créent de la confusion chez les analystes. L’agente Eve Polastri (Oh) doit surveiller un survivant du meurtrier en question. Jusque là, tout le monde s’attend à ce que ce soit un homme. Eve souligne quelques détails du modus operandi qui laissent croire que le meurtrier pourrait être une meurtrière. 

S’en suit une longue poursuite de Villanelle à travers l’Europe. Celle-ci, impressionnée par le sens déductif d’Eve Polastri, commencera à s’adresser directement à elle et lui envoyer des indices, des cadeaux et autres stratagèmes qui trahissent une obsession grandissante pour l’agente. D’où vient Villanelle? Qui la paie pour ces meurtres sordidement efficaces? De fil en aiguille, Eve deviendra à la fois obsédée et terrifiée par la meurtrière. 

Psychopathie au féminin

Ces dernières années, on remarque une volonté de réinventer des histoires déjà entendues et souvent de les féminiser. Villanelle et Eve s’inscrivent parfaitement dans ce mouvement. Comme dans toutes bonnes histoires de tueurs en séries ou d’assassins, un lien étrange se crée entre la poursuiveuse et la poursuivie. Un lien tissé par la fascination et qui se traduit à travers une tension sexuelle montante. 

Villanelle est charismatique, jolie, forte, mais elle n’a de fatal que sa légendaire capacité à tuer. Certes, elle séduit et se sert parfois de sa beauté pour arriver à ses fins, mais son style est plutôt naïf, voire enfantin. 

Eve est mariée à un homme tandis que Villanelle a une sexualité ouvertement fluide. Alors que cette partie de l’histoire aurait pu être grossièrement exécutée, Phoebe Waller-Bridge réussit un tour de maître en jouant pleinement sur une ambiguïté sexuelle grandissante entre les deux femmes. Elle le fait sans tomber dans les clichés de femmes fatales à la Basic Instinct. Villanelle est charismatique, jolie, forte, mais elle n’a de fatal que sa légendaire capacité à tuer. Certes, elle séduit et se sert parfois de sa beauté pour arriver à ses fins, mais son style est plutôt naïf, voire enfantin. 

Beaucoup de médias anglais se sont intéressés aux rouages du personnage de Villanelle qui a toutes les caractéristiques les plus connues d’une psychopathe. Afin de créer une psychopathe qui se tient, Phoebe Waller-Bridge et Luke Jennings ont fait appel à un psychologue consultant qui a pu les aider à complexifier la meurtrière.

Selon des analyses extérieures, Villanelle serait une psychopathe au premier degré, ce qui veut dire qu’elle serait née avec cette condition. Son passé, qui se révèle au fur et à mesure de la série, reflète une absence d’empathie et un besoin étrange de connecter avec quelqu’un d’une manière à la fois intensément émotionnelle (lire : obsessive) et détachée (lire : si elle est blessée elle va tuer). Est-ce qu’on peut dire que le personnage est réaliste? Plusieurs experts disent « pas vraiment ». Est-ce que c’est grave? Pas tellement puisque ça ne nuit pas à l’histoire, au contraire, ça l’enrichit. 

Le réel et la fiction

Fictif ne veut pas dire irréaliste, et réaliste ne veut pas dire vrai. Ça veut dire plausible. Pour rendre une histoire intéressante, il faut parfois sacrifier une part de réalisme, de plausibilité.  Étant dans l’univers des agents secrets qui, par définition, est secret, comment peut-on dire si l’histoire est plausible? Il n’y a probablement que les vrais agents secrets qui pourraient nous le dire! Mais peu importe les bases réelles de l’histoire, il faut toutefois s’assurer qu’il y a cohérence dans le ton, dans l’interprétation et l’écriture des personnages. Ça, Killing Eve y arrive avec brio. 


Si vous avez aimé In Bruges, un film de 2008 avec Colin Farrell et Ralph Fiennes, vous apprécierez sans aucun doute le ton de Killing Eve. C’est une comédie noire, parfois complètement exagérée, mais toujours amusante. On rit, on pleure et on veut toujours en savoir plus, ce qui en fait la série idéale à regarder d’un trait lors d’un weekend pluvieux!

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