Je suis jaloux de votre bonne hygiène de vie

Soyez fiers de vos maudits marathons et de vos jus verts

La tenue du marathon de Montréal sous une chaleur tropicale cette fin de semaine a engendré de drôles de discussions sur les médias sociaux et auprès de mes amis et collègues.

Durant celles-ci, un sentiment très fort s’invitait quand venait le temps de se moquer des marathoniens qui, fiers de leur coup, envahissaient Instagram et Facebook pour partager leur exploit.

La course n’est pas répréhensible en tant que telle, mais le fait d’en faire un show de boucane en agace plusieurs.

Le marathon, c’est un exemple parmi tant d’autres qui expose, via la réussite des autres, l’étendue de ma propre paresse.

Même si j’ai déjà fait quelques boutades en ce sens par le passé, notamment sur mon Instagram, j’aimerais profiter de ma tribune ici pour tricoter autour de tout ça et, surtout, vous faire une confession :

Je suis jaloux des gens qui ont une bonne hygiène de vie.

Le marathon, c’est un exemple parmi tant d’autres qui expose, via la réussite des autres, l’étendue de ma propre paresse.

La jalousie, vous le savez, ce n’est pas un sentiment noble. Ça s’exprime tout croche, ça fracasse des gens, des choses, des relations et ça ne laissent pas vraiment un héritage positif. Les gens jaloux restent amers et les gens qui subissent la jalousie développent une rancœur.

Personne ne gagne.

Les gens jaloux restent amers et les gens qui subissent la jalousie développent une rancœur.

Quand je vous dis que je suis jaloux des gens avec de saines habitudes de vie, dans le fond, c’est la laideur de mes sentiments que j’étale.

Jalousie et paresse

Je suis jaloux des gens avec de bonnes habitudes de vie parce que je ne trouve pas la force ni la motivation de faire la même chose. Ma tête connaît le chemin, les trucs, les tutoriels Buzzfeed et le DDP Yoga — mais ma tête ne contrôle pas grand-chose quand elle doit convaincre tout mon corps et mon être d’agir en harmonie.

C’est un peu comme crier face au vent et finir avec une poignée de poussière dans le fond de la gorge.

« Vas-y, fais-le, gros nigaud, ce n’est pas tellement compliqué de mettre ses vieux joggings et d’aller courir. »

Vos saines habitudes de vie sur les médias sociaux, vos jus verts, vos courses, votre CrossFit, j’en suis jaloux parce que j’aimerais ça être l’artisan de ces photos-là au lieu de l’architecte de ma propre déchéance.

Mon ventre qui prend de l’expansion d’une année à l’autre a plus de motivation et de régularité que moi et mes bonnes intentions. Lui, il ne saute pas son tour, contrairement à moi devant l’idée de faire une « p’tite série d’abdos à la maison avant le travail ».

Vous me direz : « vas-y, fais-le gros nigaud, ce n’est pas tellement compliqué de mettre ses vieux joggings et d’aller courir. »

Et pourtant.

La volonté fuyante

Je suis en admiration devant votre volonté, ce fameux déclic que vous semblez vivre quand l’adrénaline embarque ou quand votre corps vous remercie de bien le traiter. Le mien, habitué aux mauvais traitements, ne s’exprime presque plus, sauf quand vient le temps de tirer sur la petite corde de la perpétuelle fatigue. Avoir accès à vos cerveaux, comme un observateur attentif, je m’attarderais à ce qui fait que vos envies d’être sains parlent plus fort que celles de ne rien faire dans la pénombre.

Pour moi, c’est de la science-fiction, même si je suis une personne très rationnelle qui comprend et analyse les choses de façon maladive.

Changeons nos mauvaises habitudes, qui sait, peut-être que ça va se traduire en bonnes habitudes.

Je suis conscient de mes travers, mais je ne fais rien pour les corriger. Ça rend la conscience de la chose encore plus pesante et, forcément, plus difficile à gérer.

Ça, c’est ma façon de le vivre, du mieux que je peux, en essayant de me convaincre que j’aime ça, dans le fond, être un peu rond et plus allumé intellectuellement. C’est un mensonge sans victime (sauf moi).

Cesser de se moquer

Ceci dit, je suis persuadé que je ne suis pas le seul à envier les gens qui étalent leurs bonnes habitudes et leurs résolutions bien tenues. Et, idiots comme nous sommes, on va se moquer d’eux au lieu de les féliciter.

Un bête réflexe et je vous invite à faire l’effort du contraire.

Disons « bravo » au lieu de se moquer et « continue, lâche pas » au lieu de souligner l’irritant de voir 28 photos consécutives d’un Color Run autour du Stade olympique.

Je suis jaloux de votre volonté.

Changeons nos mauvaises habitudes, qui sait, peut-être que ça va se traduire en bonnes habitudes éventuellement et, rêvons, en saines habitudes de vie pour tout le monde.

J’dis ça, mais je sais que je vais quand même m’échouer sur le divan ce soir, quand ma fille dormira, au lieu de sortir mon petit tapis de yoga pour faire des étirements et des exercices. Comme je vous disais, ce n’est pas le savoir mon problème…c’est le vouloir. Ça, j’ai beau l’intellectualiser, le partager et le décortiquer de toutes les façons — je cherche encore comment le provoquer.

La volonté, ouais, je suis jaloux de votre volonté aussi et, surtout, jaloux de vos sourires de fierté.

Ce n’est pas noble, mais c’est comme ça et je ne suis malheureusement pas le seul. Souvenez-vous-en la prochaine fois qu’un petit comique se moquera de votre kit de jogging.

 

Pour lire un autre texte de Stéphane Morneau : le poids de la paresse.

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