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Stéréotypes de genre chez les enfants : c’est quoi, le problème?

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Quand j’ai su que j’attendais une petite fille, les commentaires affluaient. « Tu vas voir, c’est tellement le fun, une fille, c’est tranquille! », me disaient les gens. News flash : finalement, c’est une véritable tornade.

Et comme on ne l’habille pas en rose, les gens au parc ou dans la rue pensent souvent que c’est un garçon. Parmi les phrases récoltées, je note : « Ça parait que c’est un petit gars avec son énergie! » et « On voit tout de suite que c’est un garçon, il est vraiment casse-cou! »

Pas besoin de vous dire que tout ça m’a fait réfléchir à la question du genre chez les enfants.

Si j’avais habillé ma fille en robe, les commentaires que j’aurais reçus au parc auraient probablement été pas mal différents.

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Les stéréotypes de genre, ça commence quand, dans le fond? Quel impact ont-ils sur le développement de nos petit.e.s? Et surtout, comment faire pour les prévenir? J’ai contacté deux spécialistes pour en discuter.

L’effet Pygmalion

Les stéréotypes de genre, ça veut dire de séparer le monde en deux : d’un côté, les choses « pour garçons » (le bleu, les camions) et de l’autre, celles pour les filles (le rose, les poupées). Les clichés, quoi!

Dans le milieu scientifique, la question de l’inné et de l’acquis en ce qui a trait aux stéréotypes de genre est sujette à débat. Certaines études tendent à prouver que la manière dont on interagit avec les enfants forme leur comportement face au genre alors que d’autres penchent plutôt vers des différences biologiques innées.

C’est une zone grise, mais comme l’affirme la Dre Marie-Claire Sancho, enseignante en psychologie au et autrice du livre Colère, peur et joie : accompagner mon garçon dans ses émotions, « il y a peut-être une composante biologique, mais ce sont des stéréotypes qu’on crée, qu’on maintient et qu’on entretient ».

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Même son de cloche du côté de Gabrielle Richard, chercheuse associée à l’Université de Paris-Est Créteil, en France, et à l’UQÀM. « Notre cerveau est plastique, c’est-à-dire qu’il va s’adapter en fonction de la manière dont on le stimule, m’explique-t-elle. Si je présume que les petites filles aiment les choses différentes ou interagissent différemment des garçons, je vais contribuer à faire advenir cette différence. »

Dès la naissance, notre perception du bébé qui se tient devant nous diffère selon le genre qu’on lui attribue. Un peu comme pour ma fille au parc, des mots comme « énergique », « fort » ou « tonique » sont davantage utilisés pour décrire un bébé présumé garçon alors qu’un vocabulaire comme « douce » est utilisé pour les bébés de sexe féminin.

Marie-Claude Sancho me parle du concept de l’effet Pygmalion. « Si je m’attends à ce que ma fille soit tranquille, elle va probablement l’être. Nos attentes vont avoir un impact sur la situation et ça, c’est très important à comprendre dans les stéréotypes de genre », résume-t-elle.

Cette présomption affecte, on s’en doute, nos pratiques parentales — et, par le fait même, le développement de nos enfants.

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« Si je permets davantage à mon bébé garçon d’explorer son environnement, il y a fort à parier qu’effectivement, il va devenir plus habile au niveau moteur », m’explique Gabrielle Richard.

En laissant notre petit gars prendre plus de risques, il devient meilleur, ce qui renforce notre biais inconscient : les petits gars sont plus physiques que les petites filles.

Double standard

J’entends déjà certains parents se dire : ouin, pis? Est-ce que c’est vraiment grave que mon garçon aime les camions et soit plus habile sur son vélo que sa sœur?

La réponse, c’est non, évidemment. « Le véritable problème avec les stéréotypes de genre, c’est le sexisme qui vient avec, déclare Gabrielle Richard. Dans nos sociétés patriarcales, ce qui est perçu comme moins bien, c’est ce qui est du côté du féminin, et pas du masculin. »

Pensez-y : une petite fille qui se déguise en Spiderman à l’Halloween? Super cool. Un petit garçon qui veut se déguiser en Reine des neiges? Les parents vont y penser à deux fois avant d’accepter.

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Et ceux qui obtempèrent se font féliciter pour leur « courage ». Personne ne complimente un parent de petite fille si elle joue avec des autos : les gens applaudissent quand un petit garçon « a le droit » de mettre du vernis pour aller à l’école.

À long terme, ces stéréotypes ont aussi des impacts considérables. Marie-Claire Sancho m’explique : « Dès 4 ans, les filles ont une meilleure compétence émotionnelle que les garçons. On amène des hommes à l’échec. »

Parmi les stéréotypes qui font mal, cette socialisation des émotions plus forte chez les filles est l’une des plus dommageables, croit la professeure. D’un côté, on valorise l’autonomie, l’indépendance et la force chez les hommes, et de l’autre, la douceur, la compréhension et l’empathie chez les filles.

« On n’aime toujours pas les petites filles en colère ou celles qui s’affirment trop. Implicitement, on les façonne comme on les désire », souligne Dre Sancho.

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L’importance des modèles alternatifs

Pour aider à contrer les fameux stéréotypes de genre, il faut d’abord prendre conscience de nos biais, et surtout, ne pas se présumer intouchable parce qu’on se dit féministe ou sensible aux enjeux de genre.

Marie-Claire Sancho renchérit : « Bien plus que la discussion et le renforcement, la plus grande source d’apprentissage, c’est le modelage », affirme-t-elle. Une famille hétéronormative où papa ne pleure jamais et maman fait tout le ménage, par exemple, aura un bien plus grand impact sur notre enfant que tout l’éventail de jouets qu’on pourrait lui présenter.

C’est peut-être ce qui explique pourquoi les enfants élevés par deux pères, deux mères ou un parent trans vont être plus susceptibles de réfléchir de façon ouverte à leur genre et, selon les études, de moins incarner les stéréotypes qui y sont associés.

C’est encourageant, mais ce n’est pas non plus la panacée. « Les enfants vont penser le monde à partir des mots qu’on leur donne, indique Gabrielle Richard. Ceci dit, ils et elles se font rappeler constamment qu’il y a une manière adéquate de se comporter quand tu es une fille et un garçon, même s’ils ont des modèles alternatifs à la maison. »

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