Shake ta graine devant la vitrine d’un Starbucks

Devant la prolifération aliénante des chaînes de multinationales américaines au Québec, je propose un mouvement d’action directe : « shake ta graine devant la vitrine d’un Starbucks ».

Des centaines de verges molles qui claquent à l’unisson! Come on! On va peut-être déranger et faire peur aux zombies modernes qui se tiennent là. Les Starbucks vides n’auront plus alors qu’à fermer. Rien de moins. Je veux aussi que les femmes participent. Mais ne shakez pas vos seins, la clientèle va augmenter. (J’attends vos suggestions).

C’est Gaston Miron qui m’a donné cette brillante idée. Je vous le cite : “Et quand je me bats, c’est pour ma différence, c’est-à-dire ma culture au monde. C’est ma version à moi de vivre l’humanité. Et cette version est une contribution et un enrichissement à la culture universelle.”

L’équation est simple : plus on se fait envahir par les mêmes multinationales, plus notre version de vivre l’humanité, c’est-à-dire notre culture, s’amenuise. Le résultat final : un ennui mortel.

L’impérialisme, à la sauce Starbucks et compagnies, représente le dernier stade du capitalisme sauvage. D’ailleurs, sur leur page Facebook, ces conquistadors caféinés ne cachent pas leur mission : “Inspirer et nourrir l’âme au gré des rencontres, café après café, d’une communauté à l’autre”. Voilà une belle façon de parler d’assimilation. Je crois que Georges W. Bush avait une phrase dans le même genre pour justifier l’invasion de l’Irak.

En voyage au Pérou, j’ai vu un Starbucks pratiquement au pied du Machu Picchu. Cette mondialisation transforme notre planète en aéroport. Quelle est la différence entre l’aéroport de Hong-Kong et celui de Montréal? Aucune. Mêmes codes, même odeur. Un jour, le monde sera un gigantesque aéroport, où chacun attendra dans l’ennui de s’envoler pour l’autre monde.

Est-ce qu’on veut une culture uniforme, factice, prévisible, sans nuance et identique de Las Végas à Charlevoix? McDo pour la bouffe, Starbucks pour le café et le gros Guzzo (ce Jabba the Hutt du pop-corn) pour les films de propagande hollywoodienne. On va manquer de graines, les amis.

Que l’assimilation soit capitaliste ou communiste, ses méthodes demeurent les mêmes. En 1968, lors de l’invasion de la Tchécoslovaquie par la Russie, le nom des rues, des infrastructures et des musées avaient été changés. Les nouveaux noms provenaient de la culture russe. Les maîtres laissent souvent leur nom en héritage. À Rimouski, ma ville natale, la salle culturelle s’appelle “Desjardins-Télus”; à Québec, on a le Colisée Pepsi; à Montréal, on a le Centre Bell et le cinéma Banque Scotia, etc. Partout, les puissantes corporations écrivent leur Histoire. Comme dirait Alexandre le Grand roi de l’Antiquité qui a conquis l’ensemble du monde connu : “Allez-y mollo, gang”.

À force d’occuper autant de place sur le territoire, ils l’occupent aussi dans nos têtes. Pouvez-vous me nommer trois poètes québécois de notre génération? Peu seront capables. Ne culpabilisez pas, vous n’êtes pas idiots. Mais demandons-nous quand même pourquoi cela constitue un défi? Imaginons un Québec où l’on remplace toutes les publicités de l’espace public par des vers et des citations de nos poètes, de nos philosophes et de nos scientifiques. Au lieu d’avoir une grosse pub débile d’une radio commerciale débile avec des faces d’animateurs débiles aux slogans débiles « La puissance des hits », on aurait un vers du poète Jean-Philipe Bergeron : “Je fais de l’âme une économie fatale”. Tabarnak que ça commence bien un matin! Tu marches encore et au lieu de voir une pub d’iPhone de marde, tu lis une phrase de Kim Thùy : “Le paradis et l’enfer s’étaient enlacés dans le ventre de notre bateau”. Câlisse que ça développe de la compassion envers les immigrants qui débarquent au pays, non? Imaginons qu’à chaque coin de rue, on nous remplisse d’humanité au lieu de cossins à acheter. Si tu me traites d’utopisse, fais-toi greffer une âme : y’a des artistes qui ont signé leur carte de don d’organes.

Camarades, la diversité culturelle a besoin de nous. Seul ou en groupe, shakons nos graines à couilles rabattues jusqu’à laisser deux traces rouges sur nos cuisses meurtries devant les vitrines des Starbucks. Ajoutez-y vos propres coquetteries. Les gentlemen se trimeront un nœud papillon dans le pubis. Les pudiques se mettront une bande noire de protection des témoins sur les burnes. Les musiciens claqueront au rythme de solo de djembé. Les sportifs circoncis seront les plus rapides. Le long prépuce mou des hippies ondoiera dans le vent. Les jumeaux seront synchronisés. Les transgenres déploieront les prouesses de la médecine.

Nous avons tous en chacun de nous de la graine de militant!

PS : Les actes de vandalisme ainsi que les pénis bandés ne seront pas tolérés. 

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